Né le 7 décembre 1960 à Tunis, Abdellatif Kechiche arrive en France à l'âge de six ans et grandit dans un quartier populaire de Nice, confronté tôt au racisme et au mépris de classe. Passionné de théâtre, il suit des cours d'art dramatique et débute comme acteur au cinéma, notamment dans Le Thé à la menthe puis Les Innocents d'André Téchiné. Il passe à la réalisation en 2000 avec La Faute à Voltaire, récompensé du Lion d'or de la première œuvre à la Mostra de Venise. Il enchaîne avec L'Esquive en 2004, chronique d'adolescents de banlieue répétant du Marivaux, qui rafle quatre César, puis avec La Graine et le mulet en 2007, qui obtient les mêmes récompenses. En 2013, il atteint la consécration absolue avec La Vie d'Adèle, récompensée de la Palme d'or à Cannes conjointement attribuée à lui-même et à ses deux actrices principales, une première dans l'histoire du festival. Il poursuit avec le diptyque Mektoub, My Love à partir de 2017.
Son enfance d'immigré confronté au racisme dans un quartier populaire de Nice nourrit directement son attention aux personnages issus de l'immigration et des classes populaires. Sa formation de comédien de théâtre, notamment au Conservatoire d'Antibes, influence sa direction d'acteurs exigeante et son goût pour la parole et l'improvisation. Il revendique une filiation avec le cinéma naturaliste et l'exigence de metteurs en scène comme Maurice Pialat, connu lui aussi pour ses méthodes de tournage intenses.
Kechiche privilégie un style naturaliste porté par de très longues prises et une accumulation considérable d'heures de rushes, à l'image des sept cent cinquante heures tournées pour La Vie d'Adèle. Il travaille la parole et l'improvisation avec un souci d'authenticité qui le pousse à répéter et retourner de nombreuses scènes. Sa mise en scène, très exigeante envers ses acteurs, cherche à capter une vérité de jeu au plus près du corps et de l'émotion, quitte à provoquer des tournages éprouvants pour ses interprètes.
Abdellatif Kechiche remporte la Palme d'or au Festival de Cannes 2013 pour La Vie d'Adèle, conjointement décernée à lui et à ses deux actrices principales. Il obtient également quatre César pour L'Esquive en 2005, puis à nouveau quatre César pour La Graine et le mulet en 2008, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. La Faute à Voltaire lui vaut par ailleurs le Lion d'or de la première œuvre à la Mostra de Venise en 2000.
La monteuse et scénariste Ghalya Lacroix, sa compagne de longue date, collabore étroitement avec lui sur l'écriture et le montage de ses films. Hafsia Herzi, révélée dans La Graine et le mulet, retrouve le réalisateur à plusieurs reprises. Sara Forestier, révélée par L'Esquive, poursuit également une collaboration marquante avec le cinéaste.
L'immigration et l'intégration des communautés maghrébines en France, souvent racontées à travers le prisme familial, structurent une large partie de son œuvre, de La Faute à Voltaire à La Graine et le mulet. La jeunesse populaire, ses codes, ses amours et ses tensions sociales, occupe une place centrale dans L'Esquive comme dans Mektoub, My Love. La passion amoureuse dans toute sa dimension charnelle et destructrice, explorée avec une grande frontalité dans La Vie d'Adèle, constitue enfin l'un des axes les plus marquants de son cinéma.