Né le 15 mars 1943 à Toronto, David Cronenberg étudie d'abord la littérature puis les sciences à l'université de Toronto, une double formation qui marquera durablement son cinéma. Il réalise ses premiers courts métrages expérimentaux en tant qu'étudiant avant de s'imposer avec une trilogie de films d'horreur underground, Frissons (1975), Rage (1977) et Chromosome 3 (1979), qui installent sa réputation de cinéaste culte du corps mutant. Vidéodrome (1983) et son remake de La Mouche (1986) confirment cette obsession pour la transformation organique, tandis que Faux-semblants (1988), avec Jeremy Irons, explore les vertiges de la gémellité et de la médecine. Il relève ensuite le défi d'adapter Le Festin nu de William Burroughs en 1991, avant de provoquer un scandale retentissant à Cannes avec Crash en 1996. Il opère un tournant plus classique avec Les Promesses de l'ombre (2007) et A Dangerous Method (2011), consacré à la rupture entre Freud et Jung, puis explore le monde de la finance et des célébrités avec Cosmopolis (2012) et Maps to the Stars (2014). Il revient à la science-fiction corporelle avec Les Crimes du futur (2022), avant de présenter en 2024 Les Linceuls, film sur le deuil inspiré par la mort de son épouse Carolyn en 2017, évoquant depuis la possibilité de tourner encore au moins un long métrage.
Sa formation scientifique à l'université de Toronto nourrit une fascination durable pour la biologie, la médecine et la mutation du corps humain, moteur constant de son œuvre. La littérature de la transgression, incarnée par William S. Burroughs qu'il adapte directement et par J.G. Ballard dont il porte Crash à l'écran, façonne également sa vision d'un cinéma sans tabou. La psychanalyse freudienne, qu'il explore frontalement dans A Dangerous Method, infuse aussi sa manière de sonder les mécanismes du désir et de l'inconscient. Plus récemment, le deuil de son épouse a directement nourri Les Linceuls, l'un de ses films les plus personnels.
Cronenberg développe depuis ses débuts une esthétique clinique et froide, où la caméra observe la mutation des corps avec la précision détachée d'un regard scientifique. Son cinéma, qualifié de body horror, mêle constamment répulsion et fascination, refusant le jump scare au profit d'un malaise diffus et progressif. Les dialogues, souvent théoriques et cérébraux, donnent à ses films une dimension philosophique rare dans le cinéma de genre. Cette approche reste identifiable qu'il s'agisse de ses films les plus provocateurs des débuts ou de ses œuvres plus tardives, plus posées mais tout aussi radicales dans leur exploration de la chair et de la conscience.
David Cronenberg remporte le Grand Prix du jury au Festival de Cannes pour Crash en 1996, film qui suscite une vive controverse lors de sa présentation. Il compte sept sélections en compétition officielle à Cannes au cours de sa carrière, un score qui témoigne de la reconnaissance constante de son travail par la critique internationale. Il reçoit également un Lion d'or d'honneur au Festival de Venise pour l'ensemble de sa carrière, ainsi que plusieurs prix Génie et Écrans canadiens.
Le compositeur Howard Shore signe la musique de la quasi-totalité de ses films depuis Chromosome 3, formant l'une des collaborations les plus durables du cinéma contemporain. L'acteur Viggo Mortensen apparaît dans plusieurs de ses œuvres majeures, d'A History of Violence à Les Crimes du futur, en passant par A Dangerous Method. Plus récemment, Vincent Cassel et Diane Kruger ont porté Les Linceuls, tandis que le chef opérateur Peter Suschitzky l'a longtemps accompagné sur le plan visuel.
La mutation et la vulnérabilité du corps humain constituent le fil conducteur le plus constant de son œuvre, de ses premiers films d'horreur jusqu'à Les Crimes du futur. La frontière trouble entre technologie et chair, qu'il s'agisse de cassettes vidéo, de voitures ou d'organes artificiels, traverse également une grande partie de sa filmographie. La sexualité comme force à la fois de transformation et de danger, ainsi que les mécanismes du désir et de la psychanalyse, reviennent constamment dans son cinéma. Plus récemment, le deuil et la perte sont venus enrichir cette exploration avec Les Linceuls.