Né Yann Lebeaut le 7 juin 1965 dans une famille de comédiens, Yann Samuell grandit entre les coulisses de théâtre et les plateaux de tournage. Doué pour le dessin, il finance ses études de cinéma grâce à ses talents graphiques, illustrant logos, pochettes et couvertures de livres pour de grands éditeurs. Il réalise son court métrage de fin d'études, Aube, en 1986, puis multiplie les formats courts durant les années 1990, parmi lesquels Mano a mano, Cata-clysm et Teddy, régulièrement primés en festivals. Sa rencontre avec le producteur Christophe Rossignon est décisive : elle débouche en 2003 sur son premier long métrage, Jeux d'enfants, une comédie romantique douce-amère portée par Guillaume Canet et Marion Cotillard, qui devient l'un des films français les plus exportés de sa génération. Il poursuit sa carrière entre la France et les États-Unis, avec My Sassy Girl en 2008, L'Âge de raison avec Sophie Marceau en 2010, puis La Guerre des boutons en 2011, avant de se tourner davantage vers la fiction familiale et la télévision dans les années 2010 et 2020, notamment avec La Guerre des Lulus en 2022.
Issu d'un milieu artistique, Yann Samuell puise dans son enfance passée entre théâtre et dessin une sensibilité visuelle et narrative très marquée. Sa formation en arts graphiques nourrit un goût affirmé pour le storyboard et une mise en scène très écrite en amont du tournage. Il revendique une approche du cinéma qui refuse d'imposer un message univoque au spectateur, préférant laisser à chacun la liberté d'interprétation. Le romantisme mélancolique et la fantaisie visuelle de ses courts métrages annoncent déjà la tonalité douce-amère qui traversera Jeux d'enfants puis l'ensemble de sa filmographie.
Le cinéma de Yann Samuell se caractérise par un mélange singulier de fantaisie visuelle et d'émotion sincère, souvent nourri par son passé d'illustrateur. Il aime construire des récits où l'enfance et l'innocence se heurtent à la dureté du monde adulte, qu'il s'agisse d'une histoire d'amour destructrice ou d'un conflit historique vu à travers des yeux d'enfants. Sa direction d'acteurs, façonnée par ses années de cours d'art dramatique, cherche à préserver une spontanéité émotionnelle même dans des scènes stylisées. Il navigue avec aisance entre plusieurs registres, de la comédie romantique au film d'aventures familial, sans jamais renoncer à une forme de tendresse pour ses personnages.
Jeux d'enfants, son premier long métrage, est distingué dans plusieurs festivals internationaux, dont celui de Toronto, et connaît un rayonnement à l'étranger suffisamment fort pour que ses droits de remake soient vendus dans plusieurs pays, dont les États-Unis, la Corée du Sud et l'Inde. Le film est également repris et diffusé aux États-Unis par Paramount Classics, une reconnaissance rare pour une comédie romantique française de cette période. Sa filmographie ultérieure, plus orientée vers le cinéma familial et la télévision, n'a pas suscité de nouvelles récompenses comparables mais confirme la popularité durable de son travail auprès du grand public.
Le producteur Christophe Rossignon occupe une place déterminante dans la carrière de Yann Samuell, leur rencontre ayant permis la naissance de Jeux d'enfants puis de plusieurs projets ultérieurs. Le compositeur Philippe Rombi signe la musique de ce premier long métrage, installant une collaboration remarquée entre les deux hommes. Sur le plan des interprètes, le réalisateur retrouve à plusieurs reprises des acteurs populaires du cinéma français, d'Alain Chabat à Mathilde Seigner pour La Guerre des boutons. Dans sa vie personnelle, il est marié à la comédienne Emmanuelle Grönvold, avec qui il partage cinq enfants.
L'enfance, ses jeux et ses promesses tenues ou trahies, constitue le fil conducteur de l'œuvre de Yann Samuell, de Jeux d'enfants à La Guerre des Lulus. L'amour contrarié ou destructeur, souvent teinté d'un humour noir, structure plusieurs de ses films les plus personnels. La question du passage à l'âge adulte, avec son lot de renoncements et de nostalgie, revient également de façon récurrente, notamment dans L'Âge de raison. Enfin, un attachement constant aux figures marginales ou vulnérables, qu'il s'agisse d'orphelins ou de rêveurs inadaptés, traverse l'ensemble de sa filmographie.