Né le 7 juillet 1983 à Lee, dans le New Hampshire, Robert Eggers déménage enfant avec sa mère dans le Wyoming, où il développe très tôt une fascination pour le folklore, les sorcières et les fermes coloniales délabrées. Adolescent, il met en scène une adaptation théâtrale du film muet Nosferatu dans un petit théâtre du New Hampshire, dont il conçoit lui-même les décors, préfigurant sans le savoir l'un de ses futurs projets. Il s'installe à New York à dix-huit ans et travaille pendant plusieurs années comme metteur en scène de théâtre classique et chef décorateur pour le cinéma et la télévision. Il réalise son premier long métrage, The Witch, en 2015, après quatre années de recherches sur les croyances puritaines et le folklore de la sorcellerie en Nouvelle-Angleterre ; le film remporte le prix de la mise en scène au Festival de Sundance ainsi que deux Spirit Awards. Il enchaîne avec The Lighthouse en 2019, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, The Northman en 2022, grande fresque viking portée par un casting international, puis sa relecture de Nosferatu en 2024 avec Bill Skarsgård, Lily-Rose Depp et Nicholas Hoult, bouclant ainsi la boucle avec la pièce qu'il avait montée enfant.
Robert Eggers puise ses influences dans le folklore, les mythologies comparées et les récits religieux, des intérêts qui remontent à son enfance et qu'il a conservés tout au long de sa carrière. Le cinéma muet, en particulier le Nosferatu original de Friedrich Wilhelm Murnau qu'il a découvert à neuf ans, a durablement marqué son imaginaire visuel et sa fascination pour l'horreur gothique. Sa formation de chef décorateur et de metteur en scène de théâtre lui donne un souci maniaque du détail historique, qu'il pousse jusqu'à faire appel à des historiens et des linguistes pour reconstituer avec précision le vocabulaire et la grammaire de ses personnages. Le réalisateur cite également l'importance des contes populaires et des croyances vernaculaires comme matière première essentielle de son écriture.
Le cinéaste s'est imposé comme l'un des maîtres contemporains de l'horreur d'époque, avec une attention obsessionnelle à la reconstitution historique des décors, des costumes et même du langage parlé par ses personnages. Sa mise en scène privilégie une atmosphère oppressante construite par la lenteur, le clair-obscur et une esthétique visuelle somptueuse, comme en témoignent le noir et blanc anguleux de The Lighthouse ou les teintes grises et bleues de Nosferatu. Il travaille volontiers sur de longs plans-séquences qui installent une tension progressive plutôt qu'une frayeur immédiate, une signature reconnaissable dès ses premiers films. Son cinéma mêle systématiquement rigueur historique et éléments surnaturels ou mythologiques, brouillant la frontière entre réalité documentée et cauchemar.
Robert Eggers a reçu le prix de la mise en scène dans la catégorie "U.S. Dramatic" au Festival de Sundance 2015 pour The Witch, ainsi que deux Independent Spirit Awards du meilleur premier film et du meilleur premier scénario. The Lighthouse lui a valu le Prix FIPRESCI à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2019, ainsi que le prix du jury au Festival de Deauville. Il n'a pas encore été nommé aux Oscars en tant que réalisateur, mais son travail est unanimement salué par la critique internationale pour sa maîtrise formelle.
Willem Dafoe est sans doute le collaborateur le plus fidèle de Robert Eggers, apparaissant dans The Lighthouse, The Northman et Nosferatu. Le cinéaste travaille également de façon récurrente avec Anya Taylor-Joy, révélée dans The Witch et retrouvée dans The Northman, ainsi qu'avec plusieurs membres de la famille Skarsgård, dont Alexander dans The Northman et Bill dans le rôle-titre de Nosferatu. Il coécrit régulièrement ses scénarios avec sa sœur, Sjón, ou avec des historiens spécialisés, garantissant à chaque film une exactitude documentaire rare dans le genre horrifique.
L'isolement extrême, qu'il soit géographique comme dans The Lighthouse ou psychologique comme dans The Witch, structure l'ensemble de la filmographie de Robert Eggers. La folie et la dissolution progressive de l'identité face à des forces surnaturelles ou à la solitude reviennent également de façon constante dans son cinéma. Le folklore et les croyances populaires anciennes, qu'il s'agisse de sorcellerie puritaine, de mythologie nordique ou de légendes vampiriques, constituent la matière première de chacun de ses récits. Enfin, la vengeance et la fatalité, héritées des tragédies antiques et des sagas nordiques, traversent particulièrement The Northman et Nosferatu.