Né le 15 août 1963 à Mexico, Alejandro González Iñárritu commence sa carrière comme animateur de radio avant de se tourner vers la publicité, puis vers le cinéma. Il éclate sur la scène internationale en 2000 avec Amours chiennes, premier volet de ce qui deviendra sa "trilogie de la mort" écrite avec le scénariste Guillermo Arriaga, suivi de 21 grammes en 2003 et de Babel en 2006, qui lui vaut le prix de la mise en scène à Cannes. Après une rupture avec Arriaga, il réalise Biutiful en 2010 avec Javier Bardem, puis change radicalement de registre avec Birdman en 2014, comédie dramatique tournée en apparence en un seul plan-séquence, qui lui vaut l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. Il enchaîne dès l'année suivante avec The Revenant, récompensé lui aussi de l'Oscar du meilleur réalisateur, faisant de lui l'un des rares cinéastes de l'histoire à remporter ce prix deux années de suite. Il poursuit son exploration formelle avec Bardo, fausse chronique de quelques vérités en 2022, œuvre autobiographique et onirique tournée au Mexique.
Iñárritu revendique l'influence du cinéma latino-américain engagé ainsi que celle de cinéastes explorant la narration non linéaire et les destins croisés. Sa formation dans la publicité et la radio a nourri son sens du rythme et sa capacité à orchestrer plusieurs récits parallèles au sein d'un même film. Le travail du scénariste Guillermo Arriaga, avec lequel il a coécrit ses trois premiers longs métrages, a durablement marqué sa manière de construire des intrigues éclatées autour du hasard et de la coïncidence. Il cite également l'influence du réalisme magique propre à la littérature latino-américaine dans sa manière de mêler réalisme social et éléments oniriques, en particulier dans Bardo.
Ses premiers films se distinguent par une structure narrative fragmentée, où plusieurs histoires reliées par le hasard s'entrecroisent à travers différentes époques ou différents lieux. À partir de Birdman, il opère un virage esthétique marqué vers le plan-séquence apparent, en étroite collaboration avec le directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, donnant à ses films un sentiment d'immersion continue. Sa mise en scène privilégie souvent des tournages en conditions extrêmes et une exigence physique forte imposée à ses acteurs, comme en témoigne le tournage éprouvant de The Revenant. Il n'hésite pas non plus à mélanger les registres, entre drame social, satire et onirisme, en particulier dans ses œuvres les plus récentes.
Alejandro González Iñárritu a remporté l'Oscar du meilleur réalisateur deux années consécutives, en 2015 pour Birdman puis en 2016 pour The Revenant, un exploit rarissime dans l'histoire des Oscars. Birdman lui a également valu l'Oscar du meilleur film ainsi que celui du meilleur scénario original en tant que coscénariste. Il a par ailleurs reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2006 pour Babel, ainsi que de nombreuses récompenses de la part des syndicats de réalisateurs américains.
Le directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, avec lequel il a collaboré sur Birdman et The Revenant, a profondément influencé l'esthétique de la seconde partie de sa carrière. Le scénariste Guillermo Arriaga a coécrit ses trois premiers longs métrages, formant avec lui un duo créatif marquant du cinéma mexicain contemporain. L'acteur Javier Bardem, présent dans Biutiful, ainsi que le compositeur Gustavo Santaolalla, ont également accompagné plusieurs étapes de sa filmographie.
Le hasard et la manière dont des vies apparemment sans lien se croisent pour se transformer mutuellement structurent l'ensemble de ses premiers films. La paternité et la culpabilité qui l'accompagne reviennent de façon récurrente, qu'il s'agisse de personnages cherchant à se racheter ou à protéger un enfant. La question de l'identité, notamment mexicaine et migrante, traverse également son œuvre, en particulier dans Babel et Bardo. Enfin, la survie physique et psychologique face à l'adversité constitue un moteur narratif central de plusieurs de ses films, de Biutiful à The Revenant.