Un fusil change de mains à travers le monde, et avec lui une série de catastrophes en chaîne qui vont affecter des familles sur quatre continents. Au Maroc, deux frères blessent accidentellement une touriste américaine. Au Mexique, la nourrice de leurs enfants traverse illégalement la frontière pour un mariage. Au Japon, une adolescente sourde-muette en deuil de sa mère cherche désespérément à communiquer avec le monde. Un film choral d'une ambition et d'une intensité rares, sur la communication, l'incompréhension et les frontières invisibles qui séparent les êtres humains.
Genèse du film
Babel est le troisième volet de la "trilogie de la mort" d'Alejandro González Iñárritu et du scénariste Guillermo Arriaga, après Amours Chiennes (2000) et 21 Grammes (2003). Les trois films partagent une structure narrative fragmentée et non linéaire, un intérêt pour les destins qui se croisent sans que leurs protagonistes le sachent, et une façon de regarder la mort et la souffrance humaines avec une intensité presque intolérable. Babel est le plus ambitieux des trois, embrassant quatre pays et plusieurs langues pour dire quelque chose sur la façon dont les êtres humains, partout sur la planète, se débattent avec les mêmes peurs et les mêmes désirs sans jamais parvenir à vraiment se comprendre. Le titre fait explicitement référence au mythe biblique de la Tour de Babel — cette punition divine qui a condamné les hommes à ne plus se comprendre entre eux — transposé dans le monde contemporain de la globalisation.
Résumé des critiques professionnelles : Babel est accueilli triomphalement lors de sa présentation au Festival de Cannes 2006, où il remporte le Prix de la mise en scène — la plus haute distinction technique du festival — avant de conquérir la critique mondiale. Les journalistes saluent l'ambition formelle du film, la beauté de sa mise en scène et la façon dont González Iñárritu parvient à maintenir une tension émotionnelle continue malgré la complexité de sa structure. La critique est quasi unanime pour saluer la performance de Rinko Kikuchi dans le rôle de l'adolescente japonaise.
Réception du public : Le film réalise un succès commercial significatif pour une production aussi exigeante, récoltant plus de 135 millions de dollars au box-office mondial. Le public américain, qui suit González Iñárritu depuis 21 Grammes, et le public international, attirés par la présence de Brad Pitt et Cate Blanchett, répondent présent avec enthousiasme.
Récompenses obtenues : Babel est nommé à sept Oscars, dont Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario original. Il remporte l'Oscar de la Meilleure musique originale pour Gustavo Santaolalla. Le film remporte le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes et le Golden Globe du Meilleur film dramatique.
Inspirations du réalisateur : González Iñárritu a confié que l'idée de Babel lui était venue lors d'un voyage au Maroc, où il avait été frappé par la façon dont les malentendus culturels et linguistiques pouvaient transformer des situations anodines en catastrophes. Il voulait un film qui montre que les frontières qui séparent les êtres humains ne sont pas seulement géographiques ou politiques, mais aussi émotionnelles et communicationnelles.
Difficultés de production : Tourner dans quatre pays simultanément avec des équipes locales différentes et dans plusieurs langues représenta un défi logistique et créatif colossal. González Iñárritu dut adapter son style de mise en scène à des contextes très différents — la chaleur sèche du Maroc, la lumière froide du Japon urbain, la frontière aride du Mexique — tout en maintenant une cohérence formelle et émotionnelle entre les quatre fils narratifs.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence des discothèques japonaises, dans laquelle Chieko — l'adolescente sourde-muette — essaie de se connecter au monde à travers la musique et la danse, a été tournée dans de vraies discothèques tokyoïtes avec un minimum d'éclairage artificiel. Rinko Kikuchi a dansé pendant des heures sous la direction d'Iñárritu pour trouver le juste équilibre entre l'abandon et la désespération du personnage.
Thèmes abordés
Babel est une méditation sur l'incommunicabilité fondamentale entre les êtres humains, toutes cultures et toutes langues confondues. Le film dit que la globalisation a rapproché les hommes géographiquement sans pour autant les rapprocher humainement — que la distance entre un village marocain et une banlieue aisée américaine ou japonaise est infiniment plus grande que les kilomètres qui les séparent. Il aborde la question des frontières — politiques, culturelles, linguistiques, émotionnelles — comme autant de Babel contemporaines qui condamnent les êtres à s'incomprendre. La culpabilité, la peur de l'autre et le deuil sont les fils qui relient les quatre histoires dans une tapisserie émotionnelle d'une richesse exceptionnelle.
Explication de la fin
Les quatre histoires de Babel ne trouvent pas de résolution heureuse. La touriste américaine survit mais la catastrophe a révélé les fractures dans son couple et dans sa relation au monde. La nourrice mexicaine est expulsée des États-Unis, perdant tout ce qu'elle avait construit en vingt ans. Au Japon, Chieko trouve un moment de connexion avec son père mais reste fondamentalement seule. Seul le Maroc offre une forme de résolution partielle. Ces fins imparfaites et inachevées sont le choix le plus honnête du film : dire que la communication peut être améliorée mais pas la solitude fondamentale de l'être humain.
Signification du titre
Babel renvoie au mythe biblique de la Tour de Babel (Genèse 11), dans lequel Dieu confond les langues des hommes pour les empêcher de coopérer à la construction d'une tour qui atteindrait le ciel. Ce titre dit que le film va raconter la malédiction des hommes qui ne se comprennent plus — non pas parce que Dieu les a punis, mais parce que la peur, la méfiance et les frontières de toutes sortes ont produit le même effet que dans le mythe originel.
Bande Originale
La bande originale de Babel est composée par Gustavo Santaolalla, musicien argentin qui avait déjà signé la partition oscarisée de Brokeback Mountain (2005). Pour Babel, Santaolalla compose un score qui intègre des instruments du monde entier — des percussions africaines aux cordes japonaises — pour créer une musique qui est elle-même un dialogue entre les cultures que le film cherche à réunir. La partition remporte l'Oscar de la Meilleure musique originale en 2007, confirmant Santaolalla comme l'un des compositeurs de cinéma les plus importants de sa génération. La façon dont la musique transcende les barrières linguistiques du film est l'une de ses dimensions les plus réussies.
Actualités
Babel est aujourd'hui reconnu comme l'une des œuvres les plus importantes du cinéma mondial du début du XXIe siècle, régulièrement cité dans les listes des meilleurs films de la décennie 2000. González Iñárritu a depuis confirmé et dépassé son statut avec Birdman (2014) et The Revenant (2015), deux films qui lui ont valu des Oscars consécutifs du Meilleur réalisateur — une performance sans précédent dans l'histoire de l'Académie. Rinko Kikuchi, révélée au monde par sa performance dans Babel, a depuis bâti une carrière internationale solide entre le cinéma japonais et les productions hollywoodiennes.
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