Cinéaste, journaliste et acteur américain d'origine indienne, Vikram Gandhi naît à New York et grandit au sein d'une famille hindoue installée dans le New Jersey. Diplômé de l'université Columbia, il travaille d'abord comme journaliste vidéo, couvrant le terrorisme, les catastrophes naturelles et les troubles sociaux à travers l'Asie, avant de devenir chef opérateur et producteur de documentaires et de publicités pour des clients tels qu'American Express, Energizer ou Katy Perry. Il documente ensuite l'essor du yoga aux États-Unis en interviewant de nombreux leaders spirituels du pays, jusqu'à décider d'en devenir un lui-même par pur scepticisme. Il se transforme alors en gourou fictif nommé Kumaré, personnage inspiré de son propre deuxième prénom, Kumar, et rassemble en Arizona de véritables disciples autour d'un enseignement spirituel entièrement inventé. Cette expérience devient le documentaire Kumaré (2011), présenté en compétition au festival SXSW où il remporte le prix du public du meilleur documentaire. Il réalise ensuite Barry (2016), biopic consacré à la jeunesse de Barack Obama à l'université Columbia en 1981. Il poursuit avec la série documentaire Trigger Warning with Killer Mike (2019) pour Netflix, puis le documentaire 69: The Saga of Danny Hernandez (2020).
Sa double culture, nourrie à parts égales de mythologie indienne ancienne et de cinéma populaire américain durant son enfance, façonne durablement sa manière de raconter des histoires. Son scepticisme personnel envers certains mouvements spirituels et figures de gourous, rencontrés lors de voyages en Inde, est directement à l'origine du projet Kumaré. Le cinéma vérité et l'expérimentation sociale constituent des outils centraux de sa démarche, qu'il utilise pour explorer les mécanismes de la foi et de l'autorité charismatique.
Gandhi privilégie une approche immersive proche du cinéma vérité, avec une caméra portée et l'absence quasi systématique de voix off, laissant les situations se développer sans artifice apparent. Il recourt volontiers à la mystification et au dispositif d'infiltration comme véritable méthode d'investigation sociale, une approche qu'il prolonge dans ses films de fiction par une attention constante portée aux identités multiples et à la construction de soi.
Kumaré remporte le prix du public du meilleur documentaire au festival South by Southwest en 2011 et reçoit des nominations au DOC NYC Viewfinders Grand Jury Prize ainsi qu'au Cinema Eye Honors.
Les producteurs Brendan Colthurst et Paola von Hampeln l'accompagnent dès Kumaré, projet né à l'origine d'une commande pour le magazine Vice avant de devenir un long métrage documentaire à part entière. Il développe par ailleurs l'essentiel de ses projets de commande à travers sa propre société de production new-yorkaise, Disposable.
La construction de l'identité et la frontière trouble entre sincérité et imposture traversent l'ensemble de son œuvre, de Kumaré à Barry. La spiritualité occidentale et son rapport fantasmé à l'Inde constituent également un motif central de son travail documentaire. Gandhi s'intéresse enfin à la quête de sens et d'appartenance dans une Amérique multiculturelle, ainsi qu'à la déconstruction des figures d'autorité, qu'elles soient religieuses ou politiques.