New York, automne 1981. Barry Obama, jeune étudiant de vingt ans récemment arrivé à l'université Columbia après son enfance à Hawaï et ses années en Indonésie, cherche à construire son identité dans une ville et un pays qui ne savent pas encore qui il est. Tiraillé entre ses identités multiples — son héritage kenyan, sa famille blanche, sa communauté noire américaine — il tente de trouver sa place dans une Amérique encore marquée par les tensions raciales des années Reagan. Un biopic intimiste et sensible sur la jeunesse du futur 44e président des États-Unis, avant même qu'il ne songe à la politique.
Barry est né de la volonté du réalisateur américano-indien Vikram Gandhi d'explorer un moment singulier dans la vie de Barack Obama — sa période étudiante à Columbia — qui a été peu documenté et peu médiatisé, même après son accession à la présidence. Gandhi s'est appuyé sur les mémoires d'Obama, Les Rêves de mon père, publiés en 1995, dans lesquels le futur président décrivait avec une franchise remarquable ses tourments identitaires de jeune homme métis cherchant sa place dans une Amérique divisée. Le choix de se concentrer sur cette période pré-politique permettait d'aborder Obama non pas comme une figure historique mais comme un être humain ordinaire en construction, avec ses doutes, ses erreurs et ses aspirations encore indéfinies. Gandhi voulait faire un film sur l'identité raciale en Amérique à travers le prisme de ce personnage particulier, dont le destin extraordinaire donnait une résonance supplémentaire à des questionnements universels sur l'appartenance et la définition de soi. La période choisie — 1981, début du reaganisme — était particulièrement riche en tensions politiques et raciales qui contextualiseraient les conflits intérieurs du personnage.
Résumé des critiques professionnelles : Les critiques ont salué la sobriété et la sensibilité du film, appréciant son refus de tomber dans le biopic hagiographique ou dans l'exploitation facile du personnage. La performance de Devon Terrell dans le rôle du jeune Obama a été unanimement remarquée pour sa justesse et son refus de l'imitation superficielle. Certains journalistes ont cependant trouvé le film trop contemplatif et trop peu dramatique pour maintenir l'intérêt sur toute sa durée.
Réception du public : Le film, distribué via Netflix, a trouvé un public curieux et engagé, notamment parmi les spectateurs intéressés par la politique américaine et la figure d'Obama. La sortie du film en pleine campagne présidentielle de 2016 lui a donné une résonance particulière, les spectateurs cherchant à comprendre les origines de la personnalité d'un homme qui allait quitter la Maison Blanche quelques mois plus tard.
Récompenses obtenues : Devon Terrell a reçu plusieurs distinctions dans des festivals de cinéma indépendant pour sa performance. Le film a été salué par la critique spécialisée dans le cinéma indépendant américain comme un exemple réussi de biopic intimiste qui évite les pièges du genre.
Inspirations du réalisateur : Vikram Gandhi s'est largement nourri des mémoires d'Obama Les Rêves de mon père pour construire la psychologie de son personnage, mais il a cherché à aller au-delà du témoignage autobiographique pour imaginer les moments intimes et les conversations privées que le livre ne pouvait que suggérer. Il voulait un film qui ressemble davantage à un roman qu'à une biographie.
Difficultés de production : Reconstituer le New York du début des années 1980 — le Columbia College, Harlem, les rues de Manhattan avant la gentrification — représentait un défi de production et de direction artistique considérable. L'équipe a dû trouver des décors qui conservaient l'aspect de l'époque ou qui pouvaient être transformés de façon crédible.
Casting initialement prévu : La recherche de l'acteur capable d'incarner le jeune Obama a été longue et exigeante. Devon Terrell, acteur australien d'origine caribéenne, a été découvert après une recherche internationale et s'est imposé non par sa ressemblance physique avec Obama mais par sa capacité à restituer l'intelligence et la recherche intérieure qui caractérisent le futur président.
Barry est fondamentalement un film sur l'identité et la question de ce que signifie appartenir à une communauté quand on est soi-même le produit de plusieurs mondes. Le jeune Barry Obama est métis dans une Amérique qui exige qu'on choisisse son camp racial, et cette impossibilité de se réduire à une seule appartenance est la source principale de son malaise. Le film explore le racisme quotidien des États-Unis des années Reagan, avec une subtilité qui évite le manichéisme tout en ne minimisant pas la réalité de la discrimination. La question de la vocation et du sens de l'existence est présente en filigrane — ce jeune homme cherche non seulement qui il est mais ce qu'il veut faire de ce qu'il est. Les relations amoureuses traversées par la question raciale — notamment sa relation avec une jeune femme blanche — illustrent concrètement les tensions que le film explore de façon plus abstraite. Enfin, l'université comme espace de formation de la conscience politique et intellectuelle est au cœur du récit.
Le film se conclut sur un Barry qui n'a pas encore résolu ses contradictions mais qui a fait un pas décisif vers une acceptation de sa complexité identitaire. La fin n'offre pas de résolution définitive — comment le pourrait-elle, s'agissant d'un homme dont la vie entière a été un long processus de réconciliation avec ses multiples héritages ? Elle suggère plutôt un apaisement provisoire, une capacité naissante à habiter ses contradictions sans en être paralysé. Pour le spectateur qui connaît la destinée extraordinaire de ce jeune homme incertain, la fin résonne avec une émotion particulière : c'est de ce terreau de doutes et de questions que va émerger l'une des figures politiques les plus marquantes du XXIe siècle.
Barry est le surnom que Barack Obama utilisait pendant sa jeunesse et ses études, avant qu'il ne revienne à son prénom complet comme affirmation de son héritage kenyan. Ce choix de titre est un geste de subtilité : il signale que le film parle de l'homme avant le mythe, du jeune homme ordinaire avant le président extraordinaire. En choisissant ce diminutif plutôt que le nom officiel, le réalisateur place le film du côté de l'intime et du personnel, de la formation plutôt que de la consécration.
Barry continue d'être regardé et commenté dans le contexte des discussions sur l'héritage de la présidence Obama et sur la question raciale en Amérique. Devon Terrell a depuis confirmé son talent dans plusieurs productions, notamment dans la série télévisée Arthur & Merlin. Le film reste une entrée originale et réussie dans le corpus des œuvres consacrées à Barack Obama, se distinguant par son angle intime et pré-politique.
Les Rêves de mon père, les mémoires d'Obama, constituent le matériau source du film et une lecture complémentaire indispensable. Lincoln de Steven Spielberg (2012) offre un portrait présidentiel d'un tout autre registre, axé sur l'exercice du pouvoir plutôt que sur sa genèse. Selma d'Ava DuVernay (2014) explore les luttes pour les droits civiques dans la même Amérique dont Barry hérite. Moonlight de Barry Jenkins (2016), sorti la même année, explore avec une sensibilité comparable la construction identitaire d'un jeune homme noir américain. Enfin, The Butler de Lee Daniels (2013) offre une fresque sur l'Amérique noire du XXe siècle qui contextualise parfaitement les questionnements du film.