René Goscinny naît le 14 août 1926 à Paris, avant que sa famille ne s'installe en Argentine, où il grandit et étudie au lycée français de Buenos Aires. De retour en Europe après la guerre, il devient scénariste de bande dessinée et rencontre en 1951 le dessinateur Albert Uderzo, avec qui il ne cessera plus de collaborer, créant notamment Oumpah-Pah puis, en 1959, le personnage d'Astérix pour le tout premier numéro du journal Pilote, qu'il a lui-même cofondé. Passionné de cinéma depuis l'enfance, au point d'avoir espéré travailler pour Walt Disney lors d'un séjour raté aux États-Unis, il voit ses bandes dessinées adaptées en dessins animés par les studios belges Belvision dans les années 1960, sans toujours en être satisfait sur le plan artistique. En 1973, avec Albert Uderzo et leur éditeur Georges Dargaud, il fonde les studios d'animation Idéfix afin de pouvoir enfin réaliser lui-même les films dont il rêve depuis l'enfance. Il coréalise ainsi avec Uderzo Les Douze Travaux d'Astérix en 1976, immense succès qui cumule plus de neuf millions de spectateurs, avant d'entamer la production de La Ballade des Dalton, adaptation de Lucky Luke. Sa disparition brutale d'une crise cardiaque le 5 novembre 1977, en pleine production de ce second film, entraîne la fermeture définitive des studios Idéfix l'année suivante.
Sa fascination d'enfant pour les studios Walt Disney, dont il rêvait de faire partie avant même de devenir scénariste de bande dessinée, constitue le moteur premier de sa vocation cinématographique tardive. Son immense culture cinématographique, nourrie du cinéma burlesque, du péplum et du western hollywoodien, irrigue également l'ensemble de son œuvre de bande dessinée autant que ses films d'animation. Sa collaboration indéfectible avec Albert Uderzo, entamée en 1951, façonne directement la genèse des Douze Travaux d'Astérix, conçu spécifiquement pour la narration cinématographique plutôt que comme une simple adaptation de bande dessinée.
René Goscinny privilégie, dans son travail de réalisateur de dessin animé, un scénario original pensé directement pour le cinéma plutôt qu'une adaptation littérale de ses albums, comme en témoigne la structure en sketches des Douze Travaux d'Astérix, directement inspirée des travaux d'Hercule. Sa mise en scène cherche à retrouver l'énergie et le nonsense propres à ses bandes dessinées, tout en repoussant les limites permises par le médium de l'animation, allant jusqu'à faire dire à son propre personnage : « Ce n'est qu'un dessin animé après tout, tout est permis ». Cette exigence de qualité, née de sa déception envers les adaptations précédentes de Belvision, le pousse à fonder son propre studio afin de garantir un contrôle artistique total sur ses films.
Les Douze Travaux d'Astérix rencontre un immense succès populaire à sa sortie en 1976, avec plus de neuf millions de spectateurs rien qu'en Allemagne et plus de deux millions en France, une performance remarquable pour un film d'animation français de l'époque.
Albert Uderzo demeure son collaborateur le plus indissociable, les deux hommes coréalisant ensemble l'intégralité des productions des studios Idéfix. Il travaille également étroitement avec le scénariste et réalisateur Pierre Tchernia, qui participe à l'écriture et aux dialogues de ses films, ainsi qu'avec les animateurs Pierre Watrin et Henri Gruel, chargés de la direction technique des studios.
L'aventure burlesque et l'anachronisme humoristique, hérités directement de l'esprit des bandes dessinées d'Astérix et de Lucky Luke, structurent l'ensemble de son travail de réalisateur de dessin animé. La parodie affectueuse des grands genres cinématographiques populaires, du péplum au western, traverse également la totalité de son œuvre au cinéma comme en bande dessinée.