Rebecca Zlotowski est une réalisatrice, scénariste et romancière française née le 27 avril 1980 à Paris, figure majeure du cinéma français contemporain des années 2010 et 2020. Formée à La Fémis, elle commence sa carrière comme scénariste avant de se faire remarquer avec "Belle Épine" (2010), son premier long métrage qui impose immédiatement sa singularité et lui vaut une première reconnaissance critique, étant sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Ce film, qui explore les thèmes de l'adolescence et du deuil à travers le portrait d'une jeune fille en banlieue parisienne, marque le début d'une carrière riche et cohérente. Elle poursuit avec "Grand Central" (2013), drame amoureux porté par Léa Seydoux et Tahar Rahim, qui confirme son talent pour dépeindre les zones grises de l'humain. Son troisième film, "Planetarium" (2016), porté par Natalie Portman et Lily-Rose Depp, marque un tournant vers des formes plus stylisées et oniriques. En 2019, elle présente "Les Sauvages" pour la télévision, série qui confirme sa capacité à naviguer entre différents formats. Son œuvre la plus récente, "Les Déracinés" (2023), explore les liens entre mémoire individuelle et histoire collective. Parallèlement, elle publie plusieurs romans dont "Les Désorientés" (2021) et "La Vie amoureuse" (2024), qui prolongent ses questionnements sur la condition contemporaine.
Rebecca Zlotowski cite parmi ses influences majeures les cinéastes françaises comme Claire Denis et Catherine Breillat, dont l'audace formelle et l'attention aux corps ont profondément marqué sa propre vision du cinéma. Elle reconnaît aussi l'influence du cinéma américain des années 1970, notamment les œuvres de Martin Scorsese et Brian De Palma, pour leur capacité à conjuguer style et profondeur psychologique. Le cinéma de Jacques Rivette, en particulier "Out 1" et "Céline et Julie vont en bateau", a nourri son approche de la narration et de la durée. Elle s'inspire également de la littérature française contemporaine, en particulier les romans de Christine Angot et Virginie Despentes, pour leur exploration des relations amoureuses et des questions de genre. Le cinéma de Gaspar Noé, en particulier "Seul contre tous" et "Irréversible", occupe une place importante dans ses références, pour son audace formelle et sa noirceur. Son travail se veut héritier de cette tradition du cinéma français contemporain, qui refuse les conventions au profit d'une exploration audacieuse de l'humain.
Le cinéma de Rebecca Zlotowski se caractérise par une approche stylisée et sensuelle, mêlant réalisme social et onirisme dans des compositions qui doivent autant à la peinture qu'au cinéma. Elle travaille souvent avec des cadres soignés et une lumière contrastée qui créent des ambiances hypnotiques et troublantes. La musique occupe une place centrale dans son travail, participant activement à la narration et à la création d'ambiances qui doivent autant au clip musical qu'au cinéma traditionnel. Sa mise en scène, d'une grande rigueur formelle, refuse tout effet gratuit et privilégie la justesse du cadre et du jeu d'acteur. Les décors, souvent réels et investis, participent activement à la narration, reflétant l'état intérieur des personnages. Sa direction d'acteurs repose sur la confiance et l'intensité, créant un espace où chacun peut apporter sa sensibilité au projet, avec une prédilection pour les actrices qu'elle dirige avec une finesse remarquable.
Rebecca Zlotowski a reçu plusieurs distinctions importantes pour son travail, témoignant de la reconnaissance critique de son œuvre. "Belle Épine" a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2010 et a remporté le prix Louis-Delluc du premier film. "Grand Central" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes en 2013 et a reçu un accueil critique enthousiaste. En 2017, elle a été nommée au César du meilleur scénario original pour "Planetarium". "Les Sauvages" a reçu plusieurs nominations aux Emmy Awards en 2020 pour la meilleure série dramatique. "Les Déracinés" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Venise en 2023 et a reçu le prix spécial du jury. Elle a par ailleurs reçu le prix de la relève cinématographique lors du Festival du film français de Cabourg en 2011. Bien que moins médiatisée que certains de ses contemporains, elle jouit d'une reconnaissance solide parmi les professionnels et les critiques spécialisés.
Le directeur de la photographie Georges Lechaptois travaille avec Rebecca Zlotowski depuis ses débuts, apportant une contribution essentielle à l'identité visuelle de ses films par son travail sur la lumière contrastée. L'actrice Léa Seydoux, révélée par "Grand Central", est devenue sa collaboratrice privilégiée, apportant sa sensibilité unique à ses personnages féminins complexes. La monteuse Tina Baz, collaboratrice de longue date, contribue à façonner le rythme particulier de ses films, fait d'intensité et de précision. Le compositeur Rob signe régulièrement les musiques de ses réalisations, créant des partitions qui s'intègrent parfaitement à l'esthétique sonore de ses films. La productrice Miléna Poylo défend ses projets avec conviction depuis "Belle Épine", permettant la réalisation de films exigeants dans un contexte industriel souvent difficile.
Les femmes et leurs parcours, dans toute leur complexité et leurs contradictions, constituent le cœur de l'œuvre de Rebecca Zlotowski, qui explore avec sensibilité les destins féminins contemporains. Les relations amoureuses, dans toute leur complexité et leurs non-dits, traversent ses films, montrant comment les secrets et les silences structurent les liens entre générations. La question de l'identité et de l'appartenance, particulièrement dans la France contemporaine, nourrit ses personnages, souvent tiraillés entre désir et contraintes sociales. Les paysages urbains, qu'ils soient parisiens ou provinciaux, occupent une place essentielle dans ses récits, devenant des personnages à part entière. La mémoire et la transmission, qu'elle soit individuelle ou collective, sont abordées avec acuité, montrant comment le passé irrigue constamment le présent. Enfin, la liberté et la quête de soi, malgré les obstacles, constituent la marque la plus distinctive de son cinéma, fait de lumière et d'humanité.