Rana Kazkaz, réalisatrice syro-américaine du thriller The Translator et du court métrage multi-primé Mare Nostrum, professeure à l'université Northwestern au Qatar.
Née le 4 mai 1971 à Grenoble d'un père syrien et d'une mère américaine d'origine polonaise, Rana Kazkaz grandit et vit successivement en France, en Syrie, aux États-Unis, en Algérie, en Russie, au Liban, en Jordanie et au Qatar. Elle obtient une licence à l'Oberlin College puis un master en jeu d'acteur conjoint entre l'université Carnegie Mellon et le Théâtre d'art de Moscou, avant de suivre l'atelier de réalisation pour femmes de l'American Film Institute. En 2007, elle réalise et écrit son premier court métrage, Kemo Sabe, projeté notamment au Marché du court métrage de Cannes et au Festival international du film de Chicago. En 2010, elle cofonde avec son mari, le réalisateur franco-syrien Anas Khalaf, la société de production Synéastes Films, à travers laquelle ils coréalisent plusieurs courts métrages dont Deaf Day en 2011 et Mare Nostrum en 2016, sélectionné dans plus de cent festivals internationaux dont Sundance et récompensé de plus de trente prix. Contrainte de quitter la Syrie avec ses enfants au début de la révolution en 2011, elle s'installe à Doha où elle devient professeure associée à l'Université Northwestern au Qatar. En 2020, elle coréalise avec Anas Khalaf son premier long métrage, The Translator, thriller politique sur un exilé syrien retournant dans son pays pendant la révolution, présenté au Festival de Toronto et développé grâce à l'Atelier de la Cinéfondation de Cannes.
Son propre départ précipité de Damas avec ses enfants au début de la révolution syrienne en 2011, alors qu'elle pensait ne s'absenter qu'un mois, constitue la matrice émotionnelle directe de The Translator. Sa formation d'actrice au Théâtre d'art de Moscou et à l'American Film Institute, acquise avant son passage à l'écriture et à la réalisation, nourrit sa direction d'acteurs sensible aux nuances psychologiques les plus fines. Sa collaboration constante avec son mari Anas Khalaf, également syrien en exil, façonne une œuvre commune centrée sur l'identité, la migration et la mémoire du conflit syrien. Son parcours personnel de vie dans de nombreux pays différents nourrit une sensibilité particulière aux questions d'appartenance et de déracinement qui traversent l'ensemble de son travail.
Rana Kazkaz privilégie un cinéma narratif engagé, qui aborde la révolution syrienne et ses conséquences humaines à travers des personnages intimes plutôt que par le prisme du documentaire de guerre. Sa mise en scène de The Translator, coréalisée avec Anas Khalaf et coécrite avec la scénariste française Magali Negroni, construit un récit sur plusieurs décennies, remontant jusqu'au massacre de Hama de 1982 pour mieux éclairer les événements de 2011. Elle privilégie une esthétique soignée, portée par une photographie qui transforme des lieux de tournage de substitution comme la Jordanie ou le Liban en une évocation crédible de la Syrie. Son travail de courte durée, à l'image de Mare Nostrum, se distingue par une économie de moyens mise au service d'une intensité dramatique et émotionnelle immédiate.
Mare Nostrum est sélectionné dans plus de cent festivals internationaux et remporte plus de trente récompenses, dont le prix du meilleur film au Festival de cinéma latino-arabe d'Argentine et le prix CIMA de la meilleure réalisatrice en Espagne. The Translator est sélectionné au Festival international du film de Toronto en 2020 et bénéficie du soutien de l'Atelier de la Cinéfondation du Festival de Cannes en 2017, ainsi que d'une bourse Tribeca en 2018. Rana Kazkaz est membre de l'Académie des César et a été distinguée par les fellowships du Buffett Institute for Global Affairs, du Half Initiative de Ryan Murphy et de la fondation MacDowell.
Anas Khalaf, son époux et cofondateur avec elle de la société Synéastes Films, demeure son collaborateur le plus constant, coréalisant l'ensemble de ses courts métrages ainsi que son premier long métrage. La scénariste française Magali Negroni, coauteure du scénario de The Translator, ainsi que le directeur de la photographie Éric Devin, comptent également parmi ses collaborateurs réguliers. L'acteur Ziad Bakri, qui incarne le rôle principal de The Translator, ainsi que son frère Saleh Bakri en second rôle, complètent cette équipe créative.
L'exil et la question de l'appartenance, vécus à travers des personnages syriens confrontés à un pays qu'ils ont dû quitter ou auquel ils tentent désespérément de revenir, structurent l'ensemble de son œuvre. La mémoire de la répression politique syrienne, remontant du massacre de Hama en 1982 jusqu'à la révolution de 2011, occupe une place centrale dans son travail le plus abouti. Le courage individuel face à l'oppression, et la culpabilité de ceux qui n'ont pas pu ou pas osé s'engager, complètent cette réflexion sur la responsabilité morale en temps de dictature et de guerre civile.