Né Joël Lichtlé le 13 avril 1936 à Angers, Joël Séria quitte sa ville natale à dix-sept ans pour s'installer à Paris, où il enchaîne petits rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision durant une dizaine d'années, notamment dans la série Thierry la Fronde. Boxeur amateur, il réalise en 1969, avec l'aide financière de l'actrice américaine Jean Seberg qu'il a rencontrée à Paris, le court métrage Shadow consacré au noble art. L'année suivante, il écrit, produit et réalise son premier long métrage, Mais ne nous délivrez pas du mal, inspiré de dix années passées en institution catholique, qui règle ses comptes avec les valeurs cléricales et se voit interdit d'exploitation pendant sept mois pour ses « ferments de destruction morale et mentale » avant d'être sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 1971. Il enchaîne dans une veine paillarde et populaire avec Charlie et ses deux nénettes (1973), Marie-Poupée (1976) puis Les Galettes de Pont-Aven (1975), tourné avec Jean-Pierre Marielle, Bernard Fresson, Andréa Ferréol et Dominique Lavanant, qui devient son plus grand succès public. Après une adaptation de San-Antonio en 1981, il se consacre à la télévision, réalisant notamment plusieurs épisodes de Nestor Burma, avant de revenir au cinéma en 1987 avec Les Deux Crocodiles puis en 2009 avec Mumu, chronique inspirée de son ancienne maîtresse d'école interprétée par Sylvie Testud.
Ses dix années passées en institution catholique, marquées par une éducation rigide et répressive, constituent la matrice directe de son premier film et de son rapport provocateur aux valeurs bien-pensantes. Son expérience de marchand forain de sous-vêtements féminins et de représentant de commerce à Angers, avant sa carrière de cinéaste, nourrit directement les personnages de VRP et de commerçants itinérants qui peuplent ses comédies des années 1970. Le fait divers de l'affaire Parker-Hulme, survenu en Nouvelle-Zélande en 1954, inspire librement le scénario de son film le plus célèbre.
Séria développe un cinéma populaire, joyeux et provocateur, qui préfère aux décors parisiens en vogue les milieux populaires de province, leurs bistrots et leurs lieux d'échange. Sa mise en scène, sulfureuse et instinctive dans ses premiers films, mêle une veine paillarde assumée à une critique sous-jacente de l'hypocrisie sociale et religieuse. Il travaille fidèlement avec un noyau d'acteurs récurrents, en particulier Jean-Pierre Marielle qu'il dirige dans quatre longs métrages, pour incarner une galerie de personnages hauts en couleur et anarchisants.
Mais ne nous délivrez pas du mal est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes en 1971, une reconnaissance qui permet la levée partielle de l'interdiction totale d'exploitation dont le film fait l'objet en France. Considéré aujourd'hui comme un film culte et précurseur du genre, il est ressorti en salles en France en 2025.
Jean-Pierre Marielle, son acteur fétiche, apparaît dans quatre de ses longs métrages, dont Les Galettes de Pont-Aven et Les Deux Crocodiles. Son épouse, l'artiste-peintre et actrice Jeanne Goupil, joue dans la plupart de ses films, tandis que leur fille Prune Lichtlé, également comédienne, y apparaît aussi ponctuellement.
La révolte contre l'hypocrisie religieuse et bien-pensante, née de son expérience personnelle en institution catholique, structure l'ensemble de son œuvre la plus provocatrice. La bêtise humaine et la vulgarité du quotidien, traitées avec un humour rabelaisien, reviennent constamment dans ses comédies populaires. Séria s'intéresse enfin aux petits métiers de province, VRP et commerçants itinérants, qu'il transforme en figures pittoresques et attachantes de son cinéma.