Né le 3 juin 1974 à Ashfield, dans le Massachusetts, Darius Marder réalise en 2008 le documentaire Loot, récompensé dans plusieurs festivals, avant de se faire remarquer comme coscénariste du film de Derek Cianfrance The Place Beyond the Pines en 2012, dont il retravaille intégralement le scénario en un temps record dix semaines avant le début du tournage. C'est Cianfrance lui-même qui, quelques années plus tard, lui confie le projet inachevé Metalhead, un docufiction sur un batteur devenant sourd, que Marder transforme en un scénario original coécrit avec son frère Abraham, musicien lui-même confronté à une période sombre de sa vie. Après plus de dix ans de développement, marqués par plusieurs abandons de financement et le remplacement du duo d'acteurs initialement prévu, Matthias Schoenaerts et Dakota Johnson, il réalise enfin Sound of Metal avec Riz Ahmed et Olivia Cooke, son premier long métrage de fiction, sorti en 2019. Le film, dédié à la mémoire de sa grand-mère Dorothy Marder, devenue sourde à l'âge de soixante ans et militante pour le sous-titrage accessible au cinéma, connaît un immense succès critique.
Sound of Metal puise directement dans l'histoire personnelle de la grand-mère de Darius Marder, Dorothy Marder, photographe et cinéphile new-yorkaise devenue sourde après la prise d'antibiotiques, qui a consacré ses dernières années à militer pour la généralisation des sous-titres sourds et malentendants au cinéma. Sa collaboration avec Derek Cianfrance, qui l'a d'abord soutenu en pleine traversée personnelle difficile en lui offrant une opportunité d'écriture, a été déterminante dans son parcours de cinéaste. L'expérience de son frère Abraham, musicien confronté à une période de rupture et d'isolement, a également nourri directement l'écriture du scénario, les deux frères ayant coécrit le texte ensemble.
Le cinéaste a fait du son et de son absence l'élément central de sa mise en scène, alternant systématiquement des perspectives sonores extérieures et intérieures pour immerger le spectateur dans l'expérience subjective de la surdité progressive de son personnage. Il a exigé un tournage en pellicule 35 millimètres et des scènes de concert filmées devant un vrai public, refusant tout compromis budgétaire qui aurait nui à l'authenticité de son film. Marder a également imposé un casting rigoureux d'acteurs et de consultants sourds, refusant plusieurs financements qui auraient pu accélérer la production au prix d'un casting moins fidèle à la culture sourde qu'il souhaitait représenter. Son montage, salué par un Oscar, alterne contemplation et immersion sensorielle, une approche qu'il revendique comme plus proche de l'expérience vécue que du simple récit linéaire.
Sound of Metal a reçu six nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film, du meilleur acteur pour Riz Ahmed et du meilleur scénario original, et a remporté les statuettes du meilleur montage et du meilleur son. Darius Marder a également reçu le prix du meilleur premier film aux Independent Spirit Awards ainsi que le prix de la meilleure réalisation pour un premier long métrage décerné par la Directors Guild of America. Le scénario du film a par ailleurs reçu le tout premier "Brass Knuckles Award" récompensant une écriture radicale et sans compromis.
Darius Marder a coécrit Sound of Metal avec son frère Abraham Marder, une collaboration familiale déterminante dans la genèse du film. Il entretient également une relation de travail durable avec Derek Cianfrance, qui l'a fait entrer dans l'industrie en tant que scénariste de The Place Beyond the Pines avant de lui transmettre le projet devenu Sound of Metal. Il a dirigé Riz Ahmed, qui s'est formé pendant sept mois à la batterie et à la langue des signes américaine pour incarner son personnage, ainsi que Paul Raci, acteur entendant de parents sourds devenu une figure centrale du casting.
La perte et la reconstruction identitaire face à un bouleversement physique irréversible constituent le cœur thématique de l'œuvre de Darius Marder. La culture sourde, sa richesse et sa dignité propre, loin d'être réduite à un simple handicap, occupe une place centrale et militante dans son cinéma. L'addiction et la rechute, qui accompagnent le parcours de son personnage principal dans Sound of Metal, traversent également son travail d'écriture. Enfin, la question de l'acceptation de soi au-delà de la performance et de la virtuosité, particulièrement sensible pour un musicien confronté à la surdité, structure l'ensemble de son propos.