Né le 4 décembre 1965 à Bilbao, Alejandro de la Iglesia Mendoza, fils d'un professeur de sociologie et d'une peintre, obtient une licence de philosophie à l'université de Deusto avant de se tourner vers l'audiovisuel comme directeur artistique. Passionné de bande dessinée et de cinéma fantastique depuis l'enfance, il réalise en 1991 le court métrage Mirindas asesinas, qui attire l'attention de Pedro Almodóvar dont la société de production, El Deseo, finance son premier long métrage, Acción mutante (1993), satire de science-fiction récompensée de trois Goya techniques. Sa consécration arrive en 1995 avec El día de la bestia, comédie satanique qui devient un phénomène de société en Espagne, remportant six Goya dont celui du meilleur réalisateur. Il enchaîne avec Perdita Durango, avec Javier Bardem, puis La Comunidad (2000), 800 balas (2002) et Crimen ferpecto (2004). En 2010, Balada triste de trompeta lui vaut le Lion d'argent de la meilleure réalisation à Venise. Il poursuit avec Las brujas de Zugarramurdi (2013) et le succès populaire Perfectos desconocidos (2017), avant de créer pour HBO la série 30 monedas (2020) puis le thriller 1992 (2024) pour Netflix.
Son enfance marquée par la mort soudaine de son père alors qu'il avait douze ans, ainsi que par la violence quotidienne du Pays basque des années 1980, façonne un rapport singulier à l'évasion par la fiction, notamment via le cinéma fantastique et les comics. Sa rencontre décisive avec Pedro Almodóvar, dont la société de production porte son premier film, constitue une influence déterminante sur le début de sa carrière. Le cinéma américain de genre, dont il revendique une approche plus proche de Hollywood que celle de nombreux cinéastes espagnols de sa génération, façonne également son sens du rythme et du spectacle.
De la Iglesia développe un cinéma généreux et débridé, mêlant comédie noire, satire sociale et éléments fantastiques ou horrifiques dans une veine résolument populaire. Sa mise en scène, plus proche des codes hollywoodiens que de la tradition du cinéma d'auteur espagnol, privilégie le rythme, l'excès visuel et une critique sociale mordante dissimulée derrière l'outrance comique. Fidèle collaborateur du scénariste Jorge Guerricaechevarría, il construit une œuvre aussi variée que personnelle, oscillant entre grand spectacle et satire des institutions espagnoles.
El día de la bestia remporte six Goya, dont celui du meilleur réalisateur, sur quatorze nominations. Balada triste de trompeta obtient en 2010 le Lion d'argent de la meilleure réalisation ainsi que le prix du meilleur scénario au Festival de Venise. De la Iglesia reçoit également le Prix national de cinématographie espagnol en 2010 et la Médaille d'or au mérite des Beaux-Arts en 2020.
Le scénariste Jorge Guerricaechevarría, coauteur de la quasi-totalité de ses films depuis El día de la bestia, constitue son collaborateur le plus constant. Son épouse, l'actrice Carolina Bang, révélée dans Balada triste de trompeta, apparaît régulièrement dans ses films depuis 2010. L'acteur Santiago Segura, révélé par El día de la bestia, reste également associé à ses débuts marquants.
La satire sociale et politique, souvent dissimulée derrière l'excès comique ou fantastique, traverse l'ensemble de son œuvre, d'El día de la bestia à 1992. La marginalité et les personnages désaxés, confrontés à des situations qui les dépassent, constituent également un motif central de son cinéma. De la Iglesia s'intéresse enfin de façon récurrente à l'Espagne contemporaine et à ses fractures, entre héritage franquiste, violence urbaine et institutions corrompues.