Madrid, neuf heures du matin. Dans un bar de quartier, des clients qui ne se connaissent pas profitent d'un café tranquille avant de reprendre leur journée. Lorsqu'un homme sort et se fait abattre sans raison apparente, les survivants comprennent qu'ils sont désormais prisonniers de l'établissement, sous la menace d'un tireur invisible. La paranoïa s'installe rapidement et les clients terrifiés commencent à se retourner les uns contre les autres. Le compte à rebours est lancé pour comprendre pourquoi leur vie est soudainement menacée et trouver un moyen de s'échapper.
Pris au piège, connu en version originale sous le titre El Bar, est coécrit, coproduit et réalisé par le cinéaste espagnol Álex de la Iglesia, figure incontournable du cinéma de genre ibérique. L'idée originelle du film consiste à enfermer un groupe de personnages que tout oppose socialement dans un huis clos contraint, afin d'observer comment la peur et l'instinct de survie révèlent la véritable nature humaine. De la Iglesia, connu pour son regard incisif et souvent grinçant sur la société espagnole, conçoit le bar madrilène comme un microcosme représentatif de différentes classes sociales et générations. Le réalisateur s'inspire de la tradition du film choral à la espagnole, mêlant comédie noire et tension survivaliste pour interroger les limites de la solidarité humaine en situation extrême. Le scénario, construit autour d'un mystère initial jamais totalement expliqué selon les codes du genre, privilégie la tension psychologique entre les personnages plutôt que la résolution rationnelle de l'énigme. Cette genèse, ancrée dans la fascination du réalisateur pour les huis clos sous tension, explique le rythme effréné et le ton volontairement excessif du film, alternant moments comiques et séquences véritablement éprouvantes.
Résumé des critiques professionnelles : Pris au piège reçoit un accueil critique plutôt favorable, salué notamment pour son efficacité de huis clos et pour sa capacité à maintenir la tension tout en conservant des moments d'humour noir caractéristiques du style d'Álex de la Iglesia. Plusieurs critiques apprécient particulièrement la séquence de l'égout, considérée comme un sommet de tension et de malaise comique au sein du film. D'autres observateurs estiment toutefois que le scénario peine à expliquer pleinement les motivations de la menace extérieure, préférant l'efficacité immédiate à la cohérence narrative complète. La presse espagnole se montre généralement enthousiaste, saluant le retour du réalisateur à un registre plus proche de ses premiers succès après des projets plus expérimentaux. Le casting, mêlant acteurs populaires et seconds rôles habitués du cinéma de genre espagnol, est unanimement reconnu comme l'un des points forts du film.
Réception du public : Le public se montre globalement enthousiaste face à ce thriller intense, séduit par son rythme soutenu et par les nombreux rebondissements distillés au fil du récit. Les spectateurs apprécient particulièrement l'alternance entre tension extrême et touches d'humour noir, signature reconnaissable du cinéma d'Álex de la Iglesia. Certains regrettent toutefois un ton parfois trop excessif, jugeant certaines séquences exagérées au regard de la tension dramatique installée. Le film bénéficie également d'une attention particulière liée à la disparition de l'actrice Terele Pávez, décédée la même année que la sortie du film qui constitue sa dernière apparition à l'écran. Le duo formé par Mario Casas et Blanca Suárez, déjà connu du public pour ses précédentes collaborations télévisuelles, séduit une large partie des spectateurs.
Récompenses obtenues : Pris au piège a été sélectionné hors compétition à la Berlinale 2017, où il a été projeté en avant-première mondiale, confirmant la reconnaissance internationale accordée au cinéma d'Álex de la Iglesia. Le film a également été présenté en ouverture du Festival du cinéma espagnol de Malaga avant sa sortie nationale. Ces sélections prestigieuses, bien que ne donnant pas lieu à des récompenses majeures, confirment le statut établi du réalisateur dans le paysage cinématographique espagnol et européen.
Inspirations du réalisateur : Álex de la Iglesia s'inspire de sa fascination habituelle pour les huis clos sous tension et pour l'observation grinçante de la société espagnole contemporaine à travers un microcosme représentatif de différentes classes sociales. Le réalisateur cherche à démontrer comment la peur et l'instinct de survie peuvent rapidement dissoudre les apparences de civilité entre des inconnus que rien ne rapprochait initialement.
Difficultés de production : Le tournage, concentré sur le décor unique du bar madrilène, impose une gestion rigoureuse de la mise en scène pour éviter la monotonie visuelle inhérente à ce type de huis clos prolongé. La coproduction hispano-argentine nécessite une coordination logistique entre les deux industries cinématographiques pour le financement du projet. La gestion des nombreuses séquences de tension psychologique entre les personnages impose également un travail de direction d'acteurs particulièrement minutieux pour Álex de la Iglesia.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence où les personnages doivent se faufiler dans une étroite bouche d'égout pour récupérer des vaccins est devenue l'une des plus commentées du film, certains critiques la qualifiant de sommet de torture comique pour sa combinaison de claustrophobie et d'humour noir. Cette scène illustre parfaitement le mélange caractéristique du style d'Álex de la Iglesia entre horreur, comédie et observation sociale.
Casting initialement prévu : Aucune information publique majeure ne fait état de changements significatifs dans la distribution principale du film, le casting réuni autour de Blanca Suárez, Mario Casas et Carmen Machi ayant été confirmé dès les premières étapes de la production.
Pris au piège explore la fragilité de la solidarité humaine lorsqu'elle est confrontée à une menace existentielle immédiate et incomprise. Le film interroge également les fractures sociales espagnoles contemporaines, le bar réunissant des personnages issus de milieux très différents que la peur finit par opposer plus que rassembler. La paranoïa collective, alimentée par l'absence d'explication rationnelle à la menace extérieure, constitue un autre axe central du récit. Le film aborde aussi la question de l'égoïsme face au danger, montrant comment l'instinct de survie individuel prend rapidement le pas sur toute considération collective. La satire sociale, caractéristique du cinéma d'Álex de la Iglesia, transparaît à travers les portraits parfois caricaturaux des différents clients du bar. Enfin, le film prolonge une réflexion plus large sur la civilisation comme vernis fragile, susceptible de se fissurer rapidement dès que les conditions de survie basique sont menacées.
Le film se conclut sur la révélation progressive de la nature de la menace extérieure, liée à une contamination ou à une mesure de confinement sanitaire dont les personnages n'avaient initialement aucune connaissance. Les survivants finaux, après avoir traversé de nombreuses épreuves et trahisons mutuelles, doivent encore composer avec un dilemme moral lié à la répartition insuffisante des moyens de survie disponibles. Cette résolution partielle, qui ne dissipe pas entièrement le mystère initial, reflète le choix du réalisateur de privilégier la tension et l'ambiguïté plutôt qu'une explication parfaitement rationnelle. Le film insiste sur l'idée que face à une menace existentielle, les rapports de confiance entre individus se révèlent extrêmement fragiles et instables. Cette fin, mêlant noirceur et touches d'ironie caractéristiques du style d'Álex de la Iglesia, confirme la dimension de fable cynique sur la nature humaine portée par l'ensemble du récit. Le sort final réservé aux personnages survivants souligne le prix élevé payé pour leur instinct de préservation personnelle.
Le titre français Pris au piège décrit directement la situation des personnages, contraints de rester enfermés dans le bar madrilène sous la menace constante d'un tireur invisible posté à l'extérieur. Ce titre souligne l'aspect physique et immédiat de l'enfermement, central dans la construction du suspense tout au long du récit. Le titre original espagnol, El Bar, opte pour une approche plus neutre et descriptive, centrée simplement sur le lieu unique où se déroule l'intégralité de l'intrigue. Cette différence entre les deux titres reflète des stratégies commerciales distinctes : le titre français cherche à immédiatement créer une tension dramatique, tandis que le titre espagnol original privilégie la sobriété descriptive. Le titre anglophone international, The Bar, conserve quant à lui cette même approche neutre que le titre original espagnol.
Pris au piège demeure une référence appréciée du cinéma de genre espagnol contemporain, régulièrement cité parmi les thrillers les plus efficaces de la filmographie d'Álex de la Iglesia. Le film constitue la dernière apparition à l'écran de l'actrice Terele Pávez, décédée en 2017, ce qui lui confère une dimension testamentaire particulière pour les amateurs de cinéma espagnol. Álex de la Iglesia a depuis poursuivi une carrière prolifique entre cinéma et télévision, continuant d'explorer les registres du thriller et de la comédie noire. Mario Casas et Blanca Suárez, déjà unis à l'écran avant ce film, ont depuis poursuivi des carrières solides dans le cinéma et la télévision espagnols. Le film continue d'être régulièrement diffusé sur les plateformes de streaming internationales, où il conserve un public fidèle d'amateurs de huis clos tendus.
Les amateurs de Pris au piège pourront se tourner vers Les Sorcières de Zugarramurdi, autre film d'Álex de la Iglesia mêlant comédie noire et situations extrêmes dans un registre similaire. Phone Booth, autre thriller centré sur un personnage piégé par un tireur invisible, partage avec le film une construction de la tension similaire. La Plateforme propose également une réflexion sur les comportements humains extrêmes au sein d'un huis clos contraint et oppressant. Carnage de Roman Polanski, bien que dans un registre plus théâtral, explore également la manière dont la tension révèle les véritables natures des personnages enfermés ensemble. Enfin, Phénomènes de M. Night Shyamalan partage avec Pris au piège une menace extérieure invisible et anxiogène qui pousse les personnages à se réfugier dans un espace clos.