Leslie Konda est un jeune footballeur français talentueux d'origine africaine qui vient de signer son premier contrat pro dans un grand club européen. Son agent, Didier, un intermédiaire un peu rapace et sans envergure, l'accompagne au Botswanga, la patrie d'origine de ses ancêtres, pour y honorer une invitation officielle. Sur place, ils découvrent un pays dirigé d'une main de fer par Bobo Babimbi, un dictateur militaire mégalomane, imprévisible et passionné de football. Bobo propose alors un deal véreux à Didier pour convaincre Leslie de jouer pour l'équipe nationale des Crocodiles plutôt que pour l'équipe de France, plongeant le duo dans un engrenage politique absurde et dangereux.
L'idée originelle de cette satire politique est née de la volonté de Fabrice Eboué d'écrire une comédie grinçante inspirée des grandes dictatures africaines post-coloniales. Le scénario ne s'inspire pas d'un livre en particulier, mais puise largement ses racines dans une multitude d'histoires vraies, d'anecdotes historiques réelles et de profils de dirigeants extravagants comme Idi Amin Dada, Mobutu Sese Seko ou Jean-Bedel Bokassa. L'inspiration est venue à l'auteur en observant les liens parfois troubles et opportunistes qui unissent le monde du football professionnel moderne à la politique internationale. Fabrice Eboué tenait absolument à retrouver son complice de scène Thomas N'Gijol après le succès de Case Départ pour former un nouveau duo de choc à l'écran. Les deux réalisateurs ont conçu le projet comme une farce rabelaisienne moderne, cherchant à dénoncer par le rire les dérives de la Françafrique, le cynisme des agents sportifs et la naïveté de certains jeunes sportifs face à leurs racines. Le processus d'écriture a demandé de longs mois de documentation afin de trouver le parfait équilibre entre l'absurdité de la fiction et la dureté de certaines réalités géopolitiques.
La critique professionnelle s'est montrée globalement partagée mais plutôt réceptive à l'audace de cette comédie satirique lors de sa sortie en salles. De nombreux journalistes ont salué le courage politique du film, soulignant qu'il s'attaquait avec un humour féroce à des sujets souvent tabous dans le cinéma français contemporain. La performance de Thomas N'Gijol en dictateur bouffon et flippant a été particulièrement encensée par la presse spécialisée pour sa justesse et sa folie. En revanche, quelques critiques ont regretté que le scénario s'égare parfois dans des gags jugés trop faciles ou inégaux au détriment de la critique sociale. Malgré ces réserves, le film a été reconnu comme une tentative salutaire et rare de faire de la satire politique pure sous la forme d'une comédie populaire.
Le public a répondu présent dans les salles de cinéma, offrant au long-métrage un très joli succès commercial avec plus de 1,2 million d'entrées sur le territoire français. Les spectateurs ont immédiatement plébiscité l'alchimie intacte du duo Eboué-N'Gijol ainsi que la multitude de répliques mémorables et politiquement incorrectes. Le bouche-à-oreille a été excellent, notamment auprès d'une jeunesse qui a adoré le ton décalé et le dynamisme du rythme. Sur les plateformes d'évaluation, les retours des utilisateurs mettent souvent en avant le fait que le film parvient à faire rire tout en poussant à la réflexion sur des dynamiques post-coloniales réelles.
Sur le plan des distinctions et des récompenses officielles, cette production humoristique n'a pas récolté de prix majeurs dans les festivals traditionnels ou lors des cérémonies institutionnelles comme les César. Le film a toutefois été sélectionné et mis en avant lors de plusieurs festivals dédiés à la comédie et au cinéma francophone, à l'image du Festival International du Film de Comédie de l'Alpe d'Huez. L'équipe a également exprimé sa fierté d'avoir avant tout remporté l'adhésion populaire, ce qui constituait leur plus belle récompense.
Pour nourrir la composition de son personnage de dictateur excentrique, Thomas N'Gijol a passé des dizaines d'heures à visionner des archives télévisées de véritables chefs d'État autoritaires afin d'imiter leur gestuelle et leur intonation si particulières.
Le tournage n'a pas pu se dérouler en Afrique subsaharienne pour des raisons logistiques et budgétaires compliquées ; l'équipe a donc dû poser ses caméras à Cuba pour recréer les décors tropicaux du Botswanga.
La scène hilarante de la parade militaire officielle a nécessité l'embauche de dizaines de figurants locaux et a provoqué de sacrés fous rires sur le plateau en raison de l'improvisation totale de Thomas N'Gijol lors de son discours au peuple.
Au départ, le scénario prévoyait un rôle beaucoup plus secondaire pour le personnage de la Première dame, mais le talent comique dévastateur de Claudia Tagbo a poussé les réalisateurs à réécrire ses scènes pour lui donner plus d'importance.
Le long-métrage traite de façon frontale les dérives de la dictature, le néo-colonialisme économique et les réseaux d'influence complexes de la Françafrique. Il explore également les coulisses sombres et cyniques du football business, où les athlètes sont parfois traités comme des marchandises par des intermédiaires véreux. La quête d'identité et le rapport parfois fantasmé ou opportuniste des enfants de la diaspora avec leur continent d'origine constituent un autre pilier majeur du récit. Enfin, à travers la caricature, le film aborde la liberté d'expression, la corruption endémique et la manipulation des masses par la propagande d'État.
À la fin du film, la situation bascule de manière explosive lors du match décisif où Leslie Konda choisit courageusement de suivre son cœur plutôt que les menaces du pouvoir en place. La folie de Bobo Babimbi finit par causer sa propre perte, menant à un coup d'État inévitable qui le destitue de ses fonctions de président à vie. Leslie et son agent Didier parviennent à s'enfuir in extremis de la tourmente géopolitique du pays pour regagner la France sains et saufs. La conclusion montre que si Didier a légèrement gagné en moralité, le Botswanga entame quant à lui une nouvelle ère de transition politique, non sans ironie, puisque les nouveaux dirigeants semblent déjà adopter les mêmes travers folkloriques que leur prédécesseur.
Le titre "Le Crocodile du Botswanga" fait référence à l'emblème animalier officiel choisi par le dictateur Bobo Babimbi pour symboliser la puissance, la férocité et la fierté de son équipe nationale de football. Le terme "Botswanga" est un mot-valise totalement fictif inventé par Fabrice Eboué pour le scénario, né de la contraction humoristique entre le Botswana et le Congo, permettant ainsi d'évoquer un pays imaginaire sans stigmatiser une nation africaine réelle en particulier.
La bande originale du film se distingue par une sélection très soignée de morceaux de rumba congolaise et d'afrobeat qui renforcent l'immersion et apportent une authenticité culturelle indispensable au récit. Les compositions rythmiques accompagnent à merveille la folie des grandeurs du président Bobo et soulignent l'ambiance chaleureuse du continent.
Le long-métrage fait aujourd'hui l'objet de nombreuses rediffusions télévisées à succès et reste régulièrement cité dans les débats culturels sur la place de la satire politique dans le cinéma de divertissement français.
Case Départ, Le Dictateur, Tout simplement noir, Tout le monde debout, Black Snake.