Leslie Konda est un jeune footballeur français d'origine africaine talentueux qui vient de signer son tout premier contrat professionnel très lucratif avec un grand club espagnol. Son agent Didier, un homme d'affaires particulièrement cupide et sans scrupules, l'incite à accepter l'invitation du président du Botswanga, un dictateur militaire mégalomane nommé Bobo Babimbi. Ce dernier, grand passionné de football, souhaite utiliser la notoriété du jeune joueur pour légitimer son régime autoritaire et le convaincre d'intégrer l'équipe nationale des Crocodiles. Le séjour humanitaire va rapidement se transformer en un piège politique grotesque et dangereux où Didier va tenter de négocier son joueur au prix fort.
La genèse de cette comédie satirique française découle directement de la volonté du duo d'humoristes Fabrice Eboué et Thomas N'Gijol de collaborer à nouveau après le triomphe public de leur premier film ""Case départ"". L'idée originelle était de bâtir une farce politique féroce s'inspirant des dérives de la Françafrique et des dictatures africaines historiques des années soixante-dix à nos jours. L'inspiration du scénariste Fabrice Eboué est venue de figures réelles du pouvoir absolu telles que Idi Amin Dada ou Jean-Bedel Bokassa, dont il voulait parodier la folie des grandeurs et la paranoïa burlesque. Le film n'est adapté d'aucun livre mais s'appuie sur une observation aiguisée du monde moderne du football business, où les jeunes athlètes sont souvent manipulés par des intermédiaires véreux. Les cinéastes ont conçu cette œuvre comme un miroir caustique des relations diplomatiques troubles et du cynisme des dirigeants occidentaux face aux richesses de l'Afrique. L'écriture s'est attachée à pousser les situations de quiproquo à leur paroxysme pour dénoncer la corruption par le rire. L'inspiration provient également du désir de dépeindre avec ironie le décalage culturel entre un jeune de banlieue française et la réalité complexe du pays de ses ancêtres.
Au moment de sa sortie officielle dans les salles de cinéma au début de l'année 2014, le long-métrage a reçu un accueil globalement contrasté et partagé de la part des critiques professionnelles françaises. La presse a salué l'audace du film, louant le courage politique d'Eboué à s'attaquer à un sujet aussi délicat par le biais d'une satire décapante et politiquement incorrecte. La performance de Thomas N'Gijol en dictateur hilarant et terrifiant a été unanimement célébrée pour son sens du tempo comique unique. Cependant, certains critiques ont regretté une seconde moitié de film un peu plus prévisible ou des gags parfois inégaux dans leur traitement visuel. La réception du public a été en revanche un excellent succès commercial populaire, les spectateurs se ruant en nombre dans les salles obscures pour retrouver l'humour piquant du duo. Le film est parvenu à franchir la barre symbolique du million d'entrées au box-office français, s'imposant comme l'un des succès rentables de l'année. Du côté des distinctions artistiques, l'œuvre n'a pas glané de prix officiels mais a suscité de passionnants débats de société dans les médias culturels.
Le tournage s'est déroulé principalement en Afrique du Sud, notamment dans la région de Johannesbourg, pour recréer de manière grandiose les décors luxueux et les palais présidentiels du Botswanga. Une anecdote de tournage mémorable concerne les discours improvisés par Thomas N'Gijol devant des centaines de figurants locaux qui ne comprenaient pas le français mais étaient fascinés par son énergie scénique. Les difficultés de production résidaient dans la nécessité de filmer des scènes de foule et des parades militaires crédibles tout en respectant un calendrier de tournage particulièrement serré. Une anecdote sur une scène particulière concerne la séquence mémorable du crocodile sacré du président, où l'équipe technique a dû manipuler une animatronique impressionnante pour simuler la férocité de l'animal face à un Fabrice Eboué terrifié en coulisses. Pour le casting initialement prévu, le choix d'Ériq Ebouaney dans le rôle du chef des armées a apporté une formidable touche de crédibilité dramatique contrastant avec la folie des héros.
Le long-métrage explore sur le ton de la satire féroce le thème de la dictature politique, de la corruption endémique et du pillage des ressources naturelles par les élites locales et occidentales. L'œuvre dresse un portrait acide du football moderne, transformé en une marchandise cynique où le patriotisme est sacrifié sur l'autel de l'argent roi. Le concept de la quête des origines constitue l'un des axes majeurs du récit, montrant la prise de conscience identitaire tardive et salutaire du jeune athlète. De plus, le film aborde avec beaucoup d'ironie le cynisme des agents sportifs et l'hypocrisie des discours humanitaires internationaux.
La fin du film culmine lors d'un match de football décisif sous haute tension où le dictateur Bobo Babimbi menace d'exécuter l'agent Didier si l'équipe nationale ne l'emporte pas. Prenant conscience de la folie destructrice du régime et touché par la détresse du peuple du Botswanga, le jeune Leslie Konda décide d'utiliser sa notoriété pour s'opposer publiquement au tyran sur la pelouse. Un coup d'État militaire éclate alors dans le stade, mené par les forces rebelles fatiguées des excentricités ruineuses de leur dirigeant mégalomane. Bobo Babimbi est destitué dans un chaos burlesque tandis que Didier parvient à s'enfuir de justesse en sauvant sa peau mais en perdant sa précieuse commission financière. La scène finale montre Leslie acclamé par le peuple libéré, ayant choisi de jouer pour la dignité de son pays d'origine plutôt que pour l'argent, tandis que Didier cherche déjà une nouvelle combine lucrative dans un autre État.
Le titre du film, ""Le Crocodile du Botswanga"", fait référence à la fois à l'emblème officiel de l'équipe nationale de football imaginaire et à l'animal de compagnie totémique du dictateur. C'est une métaphore ironique désignant la férocité apparente du pouvoir autoritaire africain, qui cache en réalité un système grotesque et fragile déstabilisé par un simple ballon rond.
Le long-métrage reste une comédie politique marquante des années deux mille dix en France, régulièrement citée pour son sens de la dérision sans concessions et ses répliques devenues cultes sur les réseaux sociaux.