Régis et Joël, deux demi-frères que tout oppose, sont appelés au chevet de leur père mourant aux Antilles alors qu'ils le connaissent à peine. Pour tout héritage, ils ne reçoivent que l'acte d'affranchissement ayant libéré leurs ancêtres esclaves, document qu'ils déchirent sans en mesurer la portée symbolique. Une vieille tante, furieuse de leur désinvolture, les propulse alors en 1780, en pleine période esclavagiste, sur la même plantation que leurs ancêtres. Confrontés directement à l'horreur de l'esclavage, les deux frères vont devoir revoir profondément leur rapport à leurs origines et à leur identité.
Le projet naît de la volonté des humoristes Fabrice Éboué et Thomas Ngijol, tous deux issus du Jamel Comedy Club, de porter à l'écran une comédie abordant frontalement les questions de racisme et d'identité qui traversaient déjà leurs spectacles sur scène. Les deux comédiens, associés au réalisateur Lionel Steketee, choisissent le dispositif du voyage dans le temps, à la manière des Visiteurs, pour aborder la période de l'esclavage sous un angle comique sans pour autant en minimiser la gravité historique. L'idée originelle vise à faire dialoguer les problématiques contemporaines de l'intégration et du racisme avec le poids historique de l'esclavage colonial français, un sujet encore peu traité par le cinéma populaire français. Éboué et Ngijol coécrivent le scénario avec Jérôme L'Hotsky, en s'appuyant en partie sur leurs propres expériences de la question raciale en France. Le tournage se déroule pour partie aux Antilles françaises, offrant des décors naturels authentiques pour les séquences situées sur la plantation du XVIIIe siècle. Le film marque le premier long métrage réalisé par le trio, tous habitués jusque-là à la scène ou à des formats télévisuels plus courts.
La presse française réserve un accueil globalement positif au film, saluant l'intelligence du sujet traité sous une forme comique populaire, tout en reconnaissant que l'humour l'emporte parfois sur la profondeur historique du propos. Plusieurs critiques soulignent la complicité évidente entre Fabrice Éboué et Thomas Ngijol, rodée par leurs années de scène commune. D'autres observateurs regrettent un scénario parfois convenu, jugé plus efficace dans sa satire sociale contemporaine que dans sa reconstitution historique. Le public réserve un très bon accueil au film, qui rencontre un grand succès en salles dès sa sortie, se classant directement parmi les meilleures entrées de la semaine face à une concurrence hollywoodienne pourtant importante. Le film séduit un large public populaire, séduit par le mélange de comédie familiale et de sujet de société traité avec audace. Cette réussite commerciale confirme le potentiel des humoristes issus du Jamel Comedy Club au cinéma. Le film obtient une note honorable auprès de la presse spécialisée et figure dans le palmarès de plusieurs festivals dédiés à la comédie française et francophone, sans pour autant décrocher de grande récompense nationale majeure.
Le tournage s'est en partie déroulé aux Antilles françaises, permettant à l'équipe de bénéficier de décors naturels authentiques pour les scènes situées sur la plantation coloniale du XVIIIe siècle. Les scénaristes ont pris soin de traiter le sujet sensible de l'esclavage avec précaution, en choisissant délibérément le détour du voyage dans le temps plutôt qu'un traitement frontal, afin de pouvoir aborder le sujet sans en atténuer la gravité historique tout en conservant un ton de comédie populaire. Une référence discrète au département du Val-de-Marne, où ont grandi les deux acteurs principaux à Nogent-sur-Marne et Maisons-Alfort, a également été glissée dans le film sous la forme d'un numéro marqué sur le cou de l'un des personnages.
Le film aborde frontalement la mémoire de l'esclavage colonial français et sa transmission souvent lacunaire au sein des familles antillaises et françaises. Il questionne également les mécanismes contemporains de l'intégration et du rejet de ses propres origines, à travers le personnage de Régis qui renie sa part noire pour mieux s'assimiler à la société bourgeoise. Le racisme intériorisé et les préjugés croisés entre communautés constituent un autre axe fort du récit, traité avec un humour volontairement grinçant. Enfin, le film interroge la construction de l'identité personnelle face au poids de l'histoire familiale et collective.
Après avoir vécu directement les horreurs de l'esclavage sur la plantation du XVIIIe siècle, Régis et Joël parviennent à revenir à leur époque, transformés par cette expérience traumatisante qui leur a fait comprendre la valeur du document qu'ils avaient déchiré sans réfléchir. De retour dans le présent, les deux frères assument enfin pleinement leur histoire commune et leur héritage, dépassant les préjugés qui les opposaient au début du film. Cette conclusion, typique du récit initiatique par le voyage dans le temps, souligne la nécessité de connaître son histoire pour mieux se construire dans le présent.
Le titre Case Départ fait directement référence à l'expression utilisée dans les jeux de société lorsqu'un joueur doit retourner au point de départ, en écho au voyage dans le temps qui renvoie littéralement les deux frères à l'origine de leur histoire familiale, sur la plantation où ont vécu leurs ancêtres esclaves.
Fabrice Éboué et Thomas Ngijol ont depuis poursuivi des carrières solo importantes au cinéma et à la télévision, tout en évoquant régulièrement dans la presse leur expérience de coréalisation sur ce premier long métrage. Case Départ demeure aujourd'hui une référence régulièrement citée dans les discussions sur la représentation de l'esclavage dans la comédie française.
Les amateurs du film apprécieront Les Visiteurs pour son dispositif comique de voyage dans le temps, Case départ ayant clairement puisé son inspiration formelle dans ce classique, ainsi qu'Intouchables pour sa comédie sociale française à succès, ou encore 12 Years a Slave pour un traitement plus dramatique de la même période historique.