Yaron Zilberman, réalisateur israélo-américain de A Late Quartet et Incitement, également documentariste avec Watermarks, consacré aux nageuses du club Hakoah Vienna.
Né le 2 octobre 1966 à Haïfa, en Israël, Yaron Zilberman s'installe aux États-Unis après son service militaire pour y poursuivre ses études, à l'époque où ses parents s'y établissent pour affaires. Il fait ses débuts de réalisateur avec le documentaire Watermarks en 2004, qui suit les championnes de natation du club juif viennois Hakoah alors qu'elles se retrouvent dans leur ancienne piscine soixante-cinq ans après avoir été contraintes par les nazis de fuir l'Autriche, un film récompensé de neuf prix en festival. En 2012, il réalise, coécrit et coproduit son premier long métrage de fiction, A Late Quartet, porté par Philip Seymour Hoffman, Christopher Walken, Catherine Keener et Mark Ivanir, présenté en première au Festival international du film de Toronto. Le film, structuré autour de l'Opus 131 de Beethoven, suit un quatuor à cordes new-yorkais confronté à la maladie de Parkinson de son violoncelliste. En 2019, il réalise Incitement, thriller politique retraçant l'année précédant l'assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, sélectionné comme candidat officiel d'Israël à l'Oscar du meilleur film international. Il crée par la suite la minisérie Valley of Tears, consacrée à la guerre du Kippour de 1973. Zilberman vit à New York avec son épouse, la productrice Tamar Sela, et leurs enfants.
Sa passion de longue date pour les quatuors à cordes, entretenue depuis plusieurs décennies, constitue le point de départ direct de A Late Quartet, qu'il construit autour de l'Opus 131 de Beethoven, une œuvre tardive à la structure continue qui le fascine particulièrement. Son identité israélo-américaine et son attachement à la mémoire juive, déjà perceptibles dans Watermarks consacré aux nageuses du club Hakoah Vienna, nourrissent une bonne partie de son travail de documentariste et de cinéaste engagé. Sa réflexion sur les tensions internes d'un groupe de musiciens de longue date, comparée par lui-même à l'usure progressive d'un couple, s'inspire directement d'observations personnelles sur des quatuors réels ayant traversé des crises similaires. Son intérêt pour les grands traumatismes historiques israéliens, qu'il s'agisse de l'assassinat de Rabin ou de la guerre du Kippour, structure également une large partie de ses projets les plus récents.
Yaron Zilberman est reconnu pour sa capacité à conjuguer une direction d'acteurs exigeante avec un souci constant de vérité et d'incarnation musicale ou historique. Pour A Late Quartet, il fait filmer le véritable Brentano String Quartet interprétant l'Opus 131 sous cinq angles de caméra différents, dont il tire des montages vidéo qui permettent à ses acteurs d'étudier précisément les gestes et postures à reproduire. Sa mise en scène privilégie une intensité psychologique feutrée, où les tensions professionnelles et amoureuses se dévoilent progressivement au fil du récit. Sur Incitement, il traite un sujet politique brûlant avec une rigueur documentaire et une tension quasi thriller, sans jamais sacrifier la complexité humaine de ses personnages.
Watermarks remporte neuf prix dans divers festivals de cinéma internationaux. A Late Quartet est distingué New York Times Critics' Pick lors de sa sortie en 2012. Incitement est sélectionné comme candidat officiel d'Israël à l'Oscar du meilleur film international en 2020.
Son épouse, la productrice Tamar Sela, l'accompagne sur l'ensemble de sa carrière de réalisateur. Le scénariste Seth Grossman, coauteur du script de A Late Quartet, ainsi que le directeur de la photographie Frederick Elmes et le compositeur Angelo Badalamenti, comptent parmi ses collaborateurs les plus marquants sur ce film. Il retrouve également des acteurs israéliens de renom comme Mark Ivanir sur plusieurs de ses projets.
La transmission de la mémoire et du traumatisme historique, qu'il s'agisse de la Shoah, de l'assassinat de Rabin ou de la guerre du Kippour, structure l'ensemble de son œuvre de documentariste et de cinéaste. La dynamique de groupe soumise à l'épreuve du temps et de la maladie, incarnée par le quatuor à cordes de son film le plus connu, occupe également une place centrale dans son travail de fiction. La musique classique comme structure narrative et émotionnelle, plutôt que simple accompagnement, complète cette identité de cinéaste attaché à l'exactitude et à la profondeur psychologique de ses sujets.