Terence Davies naît en 1945 en Angleterre dans une famille ouvrière de Liverpool, une enfance marquée par la pauvreté et la violence domestique qui nourrira profondément son œuvre. Il débute sa carrière avec une trilogie autobiographique tournée dans les années 1970 et 1980, avant de connaître une reconnaissance critique majeure avec Distant Voices, Still Lives en 1988, portrait intime de sa propre famille dans le Liverpool d'après-guerre. Il poursuit avec The Long Day Closes en 1992, confirmant sa maîtrise d'un cinéma de la mémoire, mêlant musique populaire et blessures intimes. Sa carrière se diversifie ensuite avec des adaptations littéraires, notamment The House of Mirth en 2000 et Sunset Song en 2015, qui démontrent sa sensibilité pour les récits de femmes contraintes par leur époque. Il réalise également A Quiet Passion, consacré à la poétesse Emily Dickinson, ainsi que Benediction, portrait du poète Siegfried Sassoon, l'un de ses derniers films avant sa mort en 2023. Son parcours témoigne d'une œuvre rare et exigeante, entretenue sur plus de quatre décennies avec une constance artistique remarquable.
Davies puise son inspiration dans sa propre enfance à Liverpool, marquée par la violence d'un père tyrannique et la tendresse protectrice de sa mère et de ses sœurs. Il s'inspire également de la musique populaire britannique et des comédies musicales hollywoodiennes, qu'il intègre de manière bouleversante à ses récits les plus personnels. La littérature, en particulier les récits de femmes contraintes par les conventions sociales, nourrit une large partie de son inspiration dans ses adaptations. Il cite par ailleurs l'importance de la religion catholique de son enfance, source à la fois de réconfort et de culpabilité dans son œuvre. Cette inspiration intime et littéraire façonne l'ensemble de son cinéma.
Son style se caractérise par une construction non linéaire de la mémoire, mêlant fragments du passé et présent avec une grande fluidité poétique. Il privilégie de longs mouvements de caméra contemplatifs, souvent accompagnés de musiques populaires qui viennent souligner l'émotion des scènes. Sa mise en scène reste toujours d'une grande retenue formelle, préférant la suggestion à la démonstration explicite. Il aime également explorer la texture du temps qui passe, à travers des ellipses délicates et des surimpressions visuelles. Cette approche poétique et mémorielle fait de lui l'un des cinéastes britanniques les plus singuliers de sa génération.
Terence Davies n'a pas reçu de récompense majeure de type Oscar au cours de sa carrière, bien que son œuvre soit unanimement saluée par la critique internationale. Distant Voices, Still Lives reçoit le prix de la critique internationale au Festival de Cannes en 1988, confirmant une reconnaissance précoce et durable. Plusieurs de ses films ont également été récompensés dans des festivals britanniques prestigieux, saluant la constance de son exigence artistique tout au long de sa carrière.
Davies a collaboré à plusieurs reprises avec la directrice de la photographie et certains techniciens britanniques partageant sa sensibilité visuelle poétique. Il a également travaillé avec plusieurs actrices remarquables sur ses adaptations littéraires, notamment Cynthia Nixon dans le rôle d'Emily Dickinson. Ces collaborations reflètent son exigence artistique constante tout au long d'une carrière marquée par la rareté et la qualité de ses films.
La mémoire et l'enfance, souvent marquées par la violence familiale et la tendresse simultanée, constituent le cœur de son œuvre. Il explore également fréquemment la condition des femmes contraintes par les conventions sociales et religieuses de leur époque. La musique populaire comme refuge émotionnel occupe aussi une place centrale dans sa filmographie la plus personnelle. Enfin, la culpabilité et la foi religieuse traversent l'ensemble de son travail autobiographique.