Né le 18 décembre 1961 à Toyokawa, dans la préfecture d'Aichi, Sion Sono se destine d'abord à la poésie et à la performance avant de tourner, étudiant, une série de courts métrages en Super 8, dont I Am Sion Sono!, où il se filme déclamant ses propres poèmes. Il réalise ses premiers longs métrages indépendants et autoproduits dès la fin des années 1980, dans lesquels il joue également, avant de connaître une reconnaissance internationale fracassante avec Suicide Club en 2001, film d'horreur indépendant qui choque une partie du public japonais tout en révélant son nom aux festivals du monde entier. Il enchaîne les tournages à un rythme extrêmement soutenu, entre Hazard, tourné à New York, Strange Circus, où il assure lui-même la composition et la photographie, ou encore Exte: Hair Extensions, avant de signer en 2008 son film le plus acclamé, Love Exposure, épopée de quatre heures qui inaugure sa Trilogie de la haine, complétée par Cold Fish en 2010 et Guilty of Romance en 2011. En 2019, alors qu'il prépare Prisoners of the Ghostland, son premier film en langue anglaise porté par Nicolas Cage, il est victime d'une crise cardiaque et subit une opération d'urgence : le tournage, initialement prévu au Mexique, est finalement déplacé au Japon sur suggestion de son acteur principal. Il présente en 2021 à Sundance à la fois Prisoners of the Ghostland et Red Post on Escher Street, une comédie sur le monde des figurants de cinéma tournée juste avant son accident cardiaque.
Sion Sono affirme s'être toujours imaginé romancier et poète plutôt que cinéaste, tant sa timidité l'aurait naturellement destiné à l'écriture plutôt qu'à la caméra : la poésie reste pour lui la matrice de l'ensemble de son œuvre filmée. Ses premiers films, davantage marqués par la Nouvelle Vague française que par le cinéma de genre, témoignent d'une inspiration cinéphile éclectique qui évolue radicalement après Suicide Club vers un cinéma extrême assumé, dans la lignée du concept japonais d'« ero guro nansensu », l'érotique-grotesque-absurde. Sa propre expérience de mort clinique durant sa crise cardiaque de 2019, où il raconte avoir aperçu un aperçu de l'au-delà, influence directement le ton de ses films suivants, en particulier Red Post on Escher Street. Le rapport de la société japonaise contemporaine au fanatisme, à l'anonymat et au besoin de reconnaissance individuelle, déjà présent dans Suicide Club, nourrit une réflexion constante sur les mécanismes de groupe qui traverse l'ensemble de son œuvre.
Sion Sono cultive un cinéma résolument excessif et hybride, mêlant volontiers l'ultraviolence, la comédie, le mélodrame et une réflexion sociale acerbe au sein d'un même film, une signature qui lui vaut d'être qualifié de cinéaste le plus subversif du cinéma japonais contemporain. Il occupe souvent lui-même plusieurs postes techniques sur ses tournages, assurant la composition musicale ou la photographie de certains de ses films comme Strange Circus, ce qui lui confère un contrôle artistique total et singulier. Sa prolixité extraordinaire, avec plus de cinquante films réalisés en une carrière, s'accompagne d'une capacité à tourner très rapidement, parfois plusieurs films par an, sans jamais renoncer à une ambition formelle marquée, comme en témoigne le format de quatre heures de Love Exposure. Sa poésie originelle continue d'infuser ses dialogues et sa construction narrative, donnant à ses films les plus violents une dimension lyrique inattendue.
Sion Sono n'a pas encore été distingué par les grandes cérémonies occidentales comme les Oscars, mais son œuvre a été maintes fois primée en festivals internationaux, à commencer par Love Exposure, présenté au Festival international du film de Tokyo FILMeX puis distingué dans de nombreux festivals à travers le monde comme l'une des œuvres majeures du cinéma japonais des années 2000. Il reçoit également des distinctions à des festivals de genre comme Fantasia, où il obtient le prix du film révolutionnaire et le Ground-Breaker d'argent. Ses films Suicide Club, Cold Fish et Why Don't You Play in Hell? sont régulièrement cités parmi les œuvres les plus marquantes du cinéma extrême international des deux dernières décennies.
L'actrice Megumi Kagurazaka, devenue son épouse en 2011, apparaît dans plusieurs de ses films les plus personnels. Nicolas Cage, tête d'affiche de Prisoners of the Ghostland, premier long métrage tourné en langue anglaise par le cinéaste, se dit admirateur de longue date de son œuvre, en particulier d'Antiporno et de Noriko's Dinner Table. Le compositeur Tomohide Harada signe la musique de Love Exposure, tandis que le producteur Nate Bolotin, de la société XYZ Films, accompagne plusieurs de ses projets les plus internationaux, dont Prisoners of the Ghostland.
Le fanatisme et les logiques de groupe, souvent liées à une quête désespérée de sens ou de reconnaissance sociale, structurent l'ensemble de son œuvre, de Suicide Club à Love Exposure. La condition des femmes dans la société japonaise contemporaine, envisagée à travers le prisme de la sexualité, de la violence conjugale ou de la marginalisation sociale, occupe une place centrale dans des films comme Guilty of Romance ou Tag. La folie et le sectarisme religieux, déjà présents dans Love Exposure, reviennent régulièrement comme des motifs structurants de ses récits les plus ambitieux. Enfin, depuis sa crise cardiaque de 2019, la question de la survie et du sursis, envisagée avec une énergie renouvelée, irrigue directement ses films les plus récents comme Red Post on Escher Street.