Dans la ville frontalière de Samurai Town, un braqueur de banque impitoyable est libéré de prison par un puissant seigneur de guerre, le Gouverneur, dont la petite-fille adoptive Bernice a mystérieusement disparu. En échange de sa libération, il est équipé d'une combinaison en cuir truffée d'explosifs qui se déclencheront s'il tente de fuir, de se montrer violent envers une femme, ou s'il ne retrouve pas la disparue dans le délai imparti. Sa quête le mène jusqu'au Ghostland, une terre désolée et hantée où règnent des créatures et des lois qui échappent à toute logique. Il devra affronter ce monde chaotique pour espérer sauver Bernice et se racheter.
Prisoners of the Ghostland n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original signé par les scénaristes américains Aaron Hendry et Reza Sixo Safai, conçu au départ comme un film d'action plus classique avant d'être confié au réalisateur japonais Sion Sono pour son tout premier long métrage tourné en langue anglaise. Le projet, porté par le producteur Ko Mori qui cherchait depuis des années à réunir Sono et Nicolas Cage, a mis près d'une décennie à se concrétiser, un premier tournage prévu au Mexique ayant été annulé après que Sono eut été victime d'une crise cardiaque en 2019. C'est sur l'insistance de Nicolas Cage lui-même que le projet a finalement été relocalisé au Japon, où Sono a pu s'entourer d'une équipe technique locale tout en travaillant pour la première fois avec des scénaristes occidentaux. Sono a saisi l'occasion de ce script, initialement plus conventionnel, pour y injecter son univers visuel singulier, mêlant esthétique western, samouraï et post-apocalyptique dans un même écrin totalement démesuré. Le réalisateur a expliqué vouloir faire du temps qui s'écoule, symbolisé par une tour d'horloge arrêtée à l'heure du bombardement d'Hiroshima, l'un des thèmes centraux de cette collaboration inédite entre cinéma japonais d'auteur et star hollywoodienne excentrique.
Les critiques ont été très partagées, une partie saluant la démesure assumée du film et la performance habitée de Nicolas Cage, tandis qu'une autre partie a jugé le résultat confus et en deçà des attentes suscitées par la rencontre entre Sion Sono et l'acteur. Sur Rotten Tomatoes, le film recueille un score mitigé, les critiques évoquant un divertissement délirant et volontairement absurde, mais reconnaissant que cette accumulation de genres pouvait aussi lasser les spectateurs en quête de cohérence narrative. Plusieurs observateurs ont noté que le film, bien que produit à l'origine par des scénaristes occidentaux, conservait malgré tout une forte empreinte visuelle et thématique propre à l'univers de Sono. Le public s'est montré tout aussi divisé, certains spectateurs saluant l'expérience jouissive et totalement barrée du film comme un pur plaisir de cinéma de genre assumé, tandis que d'autres l'ont trouvé long et vain malgré des idées visuelles marquantes. La présentation du film au Festival de Sundance 2021 a généré une forte attente, en partie déçue par la sortie en salles limitée qui a suivi. De nombreux fans de Nicolas Cage ont néanmoins salué l'une de ses prestations les plus mémorables de ces dernières années. Le film n'a pas été distingué par de récompense cinématographique majeure, mais sa présentation hors compétition au Festival de Sundance 2021 a contribué à renforcer son statut culte naissant auprès des amateurs de cinéma de genre extrême.
Sion Sono a puisé son inspiration dans le cinéma américain des années 1980, notamment les œuvres de John Carpenter, pour construire l'atmosphère de son film, tout en y injectant ses propres obsessions visuelles issues de la culture pop japonaise. Le tournage, initialement prévu au Mexique, a dû être totalement relocalisé au Japon après que Sion Sono eut été victime d'une crise cardiaque en 2019, un contretemps majeur qui a nécessité un recasting partiel et un changement complet d'équipe technique. Nicolas Cage a personnellement insisté pour que le projet se poursuive malgré les problèmes de santé du réalisateur, allant jusqu'à suggérer lui-même la relocalisation du tournage au Japon afin de permettre à Sono de superviser le film dans un environnement familier tout en se rétablissant. La combinaison de cuir truffée d'explosifs portée par le personnage de Nicolas Cage a nécessité un important travail d'effets spéciaux pratiques, pensé pour rester visuellement crédible tout en garantissant la sécurité de l'acteur lors des nombreuses cascades du film.
Le film explore la rédemption d'un homme violent contraint de canaliser ses pulsions destructrices pour espérer sauver une innocente, ainsi que le passage du temps, symbolisé par la tour d'horloge arrêtée depuis le bombardement d'Hiroshima. Il aborde également le choc des cultures et des genres cinématographiques, mêlant western, film de samouraï et esthétique post-apocalyptique dans un même espace narratif chaotique et onirique.
Après avoir traversé le Ghostland et affronté ses habitants les plus étranges, le héros parvient à retrouver Bernice et à l'aider à retrouver sa voix, symboliquement perdue au contact de ce monde hanté par le passé. La confrontation finale avec le Gouverneur permet au héros de mettre fin au cycle de violence qui règne sur Samurai Town, tout en accédant lui-même à une forme de rédemption personnelle après des années d'errance criminelle. Le film se conclut sur une note ambiguë et onirique, fidèle à l'esthétique globale du long métrage, laissant le spectateur dans un état d'incertitude sur la part de rêve et de réalité de cette aventure.
Le titre Prisoners of the Ghostland désigne à la fois le héros, prisonnier de sa combinaison explosive et de son passé criminel, et les habitants du Ghostland eux-mêmes, piégés dans une zone hantée par le souvenir d'une catastrophe passée dont l'horloge arrêtée constitue le symbole central du récit.
Depuis la sortie du film, Sion Sono a continué de développer des projets en langue anglaise tout en poursuivant sa prolifique carrière au Japon, tandis que Nicolas Cage a multiplié les rôles atypiques confirmant son statut d'acteur culte du cinéma de genre contemporain.
Les amateurs du film pourront se tourner vers Mad Max : Fury Road pour son univers post-apocalyptique flamboyant, ou vers Sukiyaki Western Django de Takashi Miike, qui partage avec Prisoners of the Ghostland ce même mélange assumé entre esthétique western et imaginaire japonais.