Née en 1965 à Rio de Janeiro dans une famille d'origine hongroise, dont les grands-parents juifs ont fui l'Europe centrale en 1937, Sandra Kogut étudie la philosophie avant de débuter sa carrière artistique par les arts plastiques, entre installations et performances. Elle se fait connaître à l'international dès 1991 avec Parabolic People, un projet tourné dans six grandes villes du monde, de Rio à Tokyo en passant par Dakar, New York, Moscou et Paris, qui dresse un portrait kaléidoscopique de l'humanité. Elle poursuit avec plusieurs courts métrages entre documentaire et fiction, dont En français en 1993, Adiu monde ou l'histoire de Pierre et Claire en 1997, puis Un passeport hongrois en 2001, consacré à l'histoire de ses propres grands-parents. En 2002, elle conçoit Passagers d'Orsay, dispositif poétique invitant les visiteurs du musée parisien à se confier devant leur œuvre préférée. Elle signe son premier long métrage de fiction, Mutum, en 2007, adaptation du roman Campo Geral de Guimarães Rosa tournée avec des acteurs amateurs, sélectionnée en clôture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes puis au Festival de Toronto. Elle poursuit avec Campo Grande en 2015, présenté en première mondiale à Toronto, puis Trois étés en 2019, fable anticapitaliste sur une famille aisée de Rio fuyant un scandale de corruption.
Sa double formation en philosophie et en arts plastiques nourrit une approche conceptuelle du cinéma, où le documentaire et la fiction se répondent constamment. Son identité hongroise et brésilienne, héritée de grands-parents réfugiés, irrigue directement des œuvres comme Un passeport hongrois et façonne un regard sensible aux questions d'exil et de frontières. Sa formation initiale de reportière et d'artiste visuelle continue de nourrir sa manière de filmer, entre observation du réel et construction narrative assumée.
Sandra Kogut développe un cinéma qui dépasse volontairement les frontières entre documentaire et fiction, s'appuyant fréquemment sur des acteurs non professionnels rencontrés au fil d'ateliers de travail, comme sur Mutum. Elle cherche à recréer sur le plateau une énergie proche de celle de la vie réelle, en laissant une large place à l'improvisation et à l'adaptation du texte au plus près de ses interprètes. Ses films les plus récents, Campo Grande et Trois étés, développent une critique sociale acérée de la société brésilienne contemporaine, entre inégalités de classe et corruption.
Mutum est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes ainsi qu'au Festival international du film de Toronto en 2007. Campo Grande obtient une aide à la production de l'Agência Nacional do Cinema brésilienne avant sa présentation en première mondiale au Festival de Toronto en 2015. Elle bénéficie en 2018 du soutien de l'Institut français dans le cadre du programme Aide aux cinémas du monde.
Elle retrouve l'actrice Carla Ribas sur Trois étés et Campo Grande, ainsi que l'acteur Luiz Carlos Vasconcelos sur Mutum. Elle travaille également de façon récurrente avec des acteurs non professionnels recrutés localement, une méthode de casting caractéristique de son cinéma.
La frontière entre documentaire et fiction, utilisée comme outil narratif à part entière, structure l'ensemble de son œuvre. Les inégalités sociales et la corruption au Brésil contemporain, traitées avec une ironie mordante, traversent notamment Trois étés et Campo Grande. L'identité et l'exil, hérités de son histoire familiale hongroise, complètent enfin sa signature de cinéaste.