Né le 5 mars 1922 à Bologne, Pier Paolo Pasolini mène d'abord une carrière de poète et d'écrivain reconnu avant de passer à la réalisation cinématographique au début des années 1960. Il signe son premier long métrage avec Accattone en 1961, portrait cru du sous-prolétariat romain, qui affirme d'emblée un regard social sans concession. Il poursuit avec L'Évangile selon saint Matthieu en 1964, adaptation dépouillée et humaniste de la vie du Christ, saluée y compris par une partie du monde catholique. Il enchaîne avec Théorème en 1968, parabole provocatrice sur la bourgeoisie, puis Le Décaméron en 1971 et Les Contes de Canterbury en 1972, adaptations libres de classiques littéraires teintées d'érotisme et de satire sociale. Il conclut sa carrière avec Salò ou les 120 journées de Sodome en 1975, film d'une violence extrême transposant le roman du marquis de Sade dans l'Italie fasciste, sorti après sa mort brutale et non résolue le 2 novembre 1975 près de Rome.
Pasolini revendique l'influence du néoréalisme italien pour son attention portée aux classes populaires et marginalisées, en particulier dans Accattone. Il cite également l'influence de sa propre formation littéraire et poétique pour la dimension symbolique et allégorique de nombreux films, notamment Théorème. Son engagement marxiste et sa critique constante de la bourgeoisie et du consumérisme italien nourrissent l'ensemble de son œuvre, tout comme sa réflexion sur le sacré et la spiritualité populaire.
Sa mise en scène privilégie un réalisme cru et non académique, souvent tourné avec des acteurs non professionnels issus des classes populaires qu'il met en scène. Il affectionne la parabole et l'allégorie politique, transformant des récits en apparence simples en réflexions complexes sur le pouvoir, la sexualité et la société de consommation. Sa direction artistique n'hésite jamais à provoquer et à transgresser les tabous, en particulier dans sa dernière œuvre, Salò, d'une radicalité inégalée.
Pier Paolo Pasolini a reçu le Grand Prix spécial du jury au Festival de Venise pour L'Évangile selon saint Matthieu en 1964, ainsi que l'Ours d'or au Festival de Berlin pour Le Décaméron en 1971, consacrant sa reconnaissance internationale. Il demeure l'un des cinéastes italiens les plus étudiés et les plus influents du XXe siècle, malgré une œuvre restée controversée jusqu'à aujourd'hui.
Il a travaillé à plusieurs reprises avec l'actrice Anna Magnani, notamment sur Mamma Roma, ainsi qu'avec de nombreux acteurs non professionnels issus des quartiers populaires romains qu'il affectionnait particulièrement.
La marginalité sociale et le sous-prolétariat urbain, filmés avec une empathie sincère et sans misérabilisme, constituent le cœur de ses premiers films, d'Accattone à Mamma Roma. La critique de la bourgeoisie et du consumérisme italien, souvent traitée à travers la parabole ou l'allégorie, traverse également une large partie de son œuvre. Le sacré et la spiritualité populaire, en tension avec les institutions religieuses officielles, occupent enfin une place centrale dans son cinéma le plus personnel.