Née le 12 octobre 1984, Ninja Thyberg est une cinéaste suédoise qui réalise dès 2009 plusieurs courts métrages articulés autour d'un même prisme thématique, la sexualité comme révélateur des passions sociales. En 2013, elle tourne un premier court métrage intitulé Pleasure, consacré au monde de la pornographie, qu'elle rêve dès lors de transposer en long métrage sans se sentir immédiatement légitime, son propre point de vue restant selon elle extérieur au sujet. Elle consacre alors six années à une recherche approfondie, menant des entretiens avec les différents acteurs de l'industrie et assistant à de nombreux tournages pour en comprendre les mécanismes intimes. Elle achève ainsi son premier long métrage, Pleasure (2021), portrait d'une jeune Suédoise partie tenter sa chance dans l'industrie pornographique de Los Angeles, révélant l'actrice Sofia Kappel. Le film est sélectionné au Festival de Cannes 2020, présenté à Sundance puis récompensé du prix du jury au Festival de Deauville 2021.
Sa longue immersion de terrain, menée pendant six années au sein de l'industrie pornographique américaine, constitue le socle documentaire de l'ensemble de son travail, lui permettant de dépasser son statut initial d'observatrice extérieure. Le contexte post-MeToo façonne directement son approche du sujet, la cinéaste affirmant vouloir donner la parole aux femmes dans une industrie encore largement pensée par et pour des hommes. Son refus assumé de représenter le regard masculin traditionnel, tout en cherchant à le montrer et à le déconstruire, nourrit une réflexion constante sur le pouvoir et le consentement.
Thyberg développe une caméra intimiste qui ne quitte que rarement le regard de son personnage principal, une proximité qui installe le spectateur au plus près de l'expérience vécue plutôt que dans la position du voyeur. Elle mise sur un casting quasi intégralement composé de personnes issues du milieu pornographique réel, renforçant l'authenticité de son propos et son ancrage documentaire. Sa mise en scène ne détourne jamais le regard face à la violence physique ou psychologique de son sujet, tout en évitant la représentation graphique et complaisante du sexe, cherchant plutôt à révéler les mécanismes de pouvoir et de domination à l'œuvre.
Pleasure remporte le prix du jury au Festival de Deauville 2021, après avoir été sélectionné au Festival de Cannes 2020 et présenté au Festival de Sundance, une reconnaissance internationale notable pour un premier long métrage.
L'actrice Sofia Kappel, révélée dans son tout premier rôle par Pleasure, constitue la collaboratrice la plus marquante de sa filmographie naissante. Thyberg travaille également en étroite collaboration avec des professionnels de l'industrie pornographique consultés durant sa longue phase de recherche, qui contribuent à l'authenticité de son casting et de son scénario.
L'industrie pornographique, envisagée comme un miroir grossissant du patriarcat et du capitalisme contemporains, constitue le sujet central et unificateur de son œuvre, du court au long métrage Pleasure. Le consentement et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes, en particulier dans des contextes professionnels intimes, occupent également une place centrale dans son cinéma. Thyberg s'intéresse enfin à l'ambivalence d'un monde à la fois méprisé socialement et omniprésent dans l'imaginaire collectif, qu'elle explore avec un regard féminin résolument affirmé.