Né à Washington D.C., fils du cinéaste éthiopien Haile Gerima, figure majeure du mouvement L.A. Rebellion, et de la scénariste et productrice Shirikiana Aina, Merawi Gerima grandit dans un environnement profondément marqué par le cinéma indépendant afro-américain engagé. Diplômé de la School of Cinematic Arts de l'université de Californie du Sud, il réalise plusieurs courts métrages remarqués entre 2011 et 2016, dont Riot et Heart, avant de signer en 2020 son premier long métrage, Residue, tourné dans son quartier d'enfance de Washington. Le film, qui suit un jeune cinéaste confronté à la gentrification radicale de son ancien quartier et à la disparition tragique de plusieurs de ses amis d'enfance, est présenté au Festival de Slamdance où il remporte le prix du public du meilleur film narratif, avant d'être sélectionné à la Mostra de Venise. Distribué par ARRAY, la société de production d'Ava DuVernay, Residue vaut à Gerima le John Cassavetes Award aux Independent Spirit Awards, récompensant le meilleur film indépendant réalisé pour moins de cinq cent mille dollars. Il poursuit depuis le développement de nouveaux projets ancrés dans sa communauté et dans une réflexion sur l'identité noire américaine contemporaine.
L'œuvre de son père, Haile Gerima, pionnier du mouvement L.A. Rebellion consacré à la représentation authentique de l'expérience noire américaine, constitue l'influence fondatrice la plus déterminante de son cinéma. Le court métrage Brick by Brick de sa mère, Shirikiana Aina, réalisé quarante ans avant Residue et consacré à des thématiques similaires, nourrit directement la conception de son premier long métrage, qu'il présente d'ailleurs souvent en programme double avec ce film. Sa propre expérience de la gentrification de Washington D.C., ville où il a grandi, alimente une colère et une mélancolie sincères qui traversent l'ensemble de son œuvre.
Gerima privilégie un casting exclusivement composé d'acteurs non professionnels issus directement de son quartier natal, refusant toute forme d'artificialité dans la représentation de l'accent et de la culture de Washington D.C. Il construit un récit fragmenté et sensoriel, mêlant plusieurs strates temporelles et émotionnelles pour traduire l'expérience de la déterritorialisation et du deuil collectif. Sa mise en scène, tournée avec des moyens très limités, privilégie l'authenticité du terrain et de la communauté filmée plutôt que la sophistication technique.
Merawi Gerima n'a pas été nommé aux Oscars, mais il remporte le prix du public du meilleur long métrage narratif ainsi que le prix d'interprétation au Festival de Slamdance en 2020 pour Residue, avant de recevoir le John Cassavetes Award aux 36e Independent Spirit Awards.
Le directeur de la photographie Mark Jeevaratnam, signé conjointement avec Gerima par l'agence WME après le succès de Residue, constitue l'un de ses collaborateurs techniques les plus proches. Sa mère, Shirikiana Aina, dont l'œuvre inspire directement Residue, demeure une référence artistique et personnelle constante. Ava DuVernay et sa société de distribution ARRAY, qui portent Residue à un public plus large, jouent également un rôle déterminant dans la diffusion de son travail.
La gentrification et l'effacement progressif des communautés noires historiques dans les grandes villes américaines constituent le cœur thématique de Residue et de l'ensemble de son œuvre naissante. L'identité noire américaine, sa transmission générationnelle et sa mémoire collective face à l'urbanisme transformateur traversent également son cinéma. Le deuil et la perte des repères familiers, qu'ils soient humains ou géographiques, structurent enfin une part essentielle de son travail le plus personnel.