Residue suit le retour de Jay, un jeune cinéaste noir qui revient dans son ancien quartier d''enfance à Washington D.C. après des années d''absence. Il découvre avec un choc immense que son coin de rue autrefois vibrant a été totalement transformé par une gentrification agressive et déshumanisante. Ses anciens amis ont presque tous disparu, emprisonnés ou chassés par la spéculation immobilière, tandis que les nouveaux résidents blancs le regardent avec méfiance. Jay commence alors à filmer les vestiges de ses souvenirs pour tenter de capturer l''âme perdue de sa communauté brisée.
La genèse de Residue est profondément autobiographique et viscérale pour le jeune réalisateur Merawi Gerima, lui-même originaire du quartier de Eckington à Washington. Fils du célèbre cinéaste éthiopien Haile Gerima, figure majeure du mouvement L.A. Rebellion, Merawi a reçu une éducation cinématographique très politique. L''idée originale est née de sa propre colère et de sa douleur de voir son histoire et sa culture effacées jour après jour par l''embourgeoisement urbain. Financé de manière totalement indépendante et grâce à un financement participatif, le film a été écrit comme un cri de résistance poétique. Gerima a choisi de tourner dans son propre quartier d''enfance en faisant appel à ses voisins réels, conférant à l''œuvre une authenticité documentaire brute.
La critique professionnelle internationale a crié au chef-d''œuvre d''auteur lors de la présentation du film au Festival de Venise, saluant une révélation formelle éclatante. Les journalistes ont encensé l''audace de la mise en scène, qui utilise un montage fragmenté, des sons hors-champ oppressants et une image texturée pour traduire le traumatisme de l''effacement culturel. La presse a comparé le talent de Gerima à celui de Barry Jenkins.
Le public des cinémas d''art et essai a été profondément secoué par la noirceur poétique et la colère légitime qui se dégagent du film. Les spectateurs issus des minorités urbaines ont massivement salué une œuvre miroir essentielle qui met enfin des mots et des images sur la violence psychologique de la gentrification. Les débats post-projections ont été particulièrement intenses.
Le long-métrage a remporté le Prix spécial du jury au Festival du film de Slamdance et a été nommé aux prestigieux Film Independent Spirit Awards. Ce parcours brillant a permis au film d''être remarqué et distribué mondialement par Array, la société de la réalisatrice Ava DuVernay.
Le réalisateur s''est inspiré du cinéma poétique et politique d''auteurs noirs américains ainsi que du néoréalisme italien pour capter la vérité brute de la rue sans artifice hollywoodien.
Le tournage s''est déroulé directement sur les trottoirs du quartier d''enfance du réalisateur, l''équipe devant parfois composer avec l''hostilité passive de nouveaux résidents embourgeoisés qui appelaient la police pour des nuisances sonores supposées.
Le film traite de la gentrification comme prolongement du colonialisme urbain, du deuil des espaces d''enfance, de la culpabilité de l''intellectuel qui a fui son quartier et de la préservation de la mémoire afro-américaine par l''image.
La fin magistrale et sensorielle montre Jay submergé par ses souvenirs alors que la réalité moderne du quartier l''exclut définitivement. L''explosion sonore et visuelle finale symbolise l''effondrement spirituel de sa quête : le passé ne peut être ressuscité par la caméra, et Jay doit accepter que son foyer n''existe plus que sous forme de résidus dans sa propre mémoire.
Le titre Residue (Résidu) désigne les traces infimes, les souvenirs fragmentés et les derniers habitants noirs qui subsistent encore dans un quartier en voie d''effacement culturel total.
Le film est aujourd''hui étudié dans les départements d''urbanisme et de sociologie des universités américaines comme le témoignage le plus juste sur les traumatismes liés à la spéculation immobilière.
On peut rapprocher ce chef-d''œuvre de The Last Black Man in San Francisco de Joe Talbot pour sa thématique identique sur la dépossession urbaine, ou de Do the Right Thing de Spike Lee pour sa tension communautaire électrique.