Né le 14 septembre 1977 à Ystad, en Suède, d'un père algérien et d'une mère suédoise, Malik Bendjelloul est enfant-acteur dans les années 1990, notamment dans la série suédoise Ebba och Didrik. Il travaille ensuite comme journaliste pour la télévision publique suédoise SVT, avant de démissionner pour voyager à travers le monde. C'est lors d'un de ces voyages qu'il découvre l'histoire du musicien américain Sixto Rodriguez, dont les disques, ignorés aux États-Unis, sont devenus cultes en Afrique du Sud sans que l'intéressé le sache. Il consacre plus de quatre ans à la réalisation de ce qui deviendra son premier long métrage documentaire, Sugar Man, tourné avec des moyens dérisoires et achevé en partie grâce à une application de tournage pour smartphone après avoir épuisé son budget. Sorti en 2012, le film remporte l'année suivante l'Oscar du meilleur film documentaire, faisant de lui le premier cinéaste suédois primé aux Oscars depuis Ingmar Bergman en 1984. Il meurt le 13 mai 2014 à Solna, dans la banlieue de Stockholm, à l'âge de 36 ans, alors qu'il travaillait sur un nouveau projet de documentaire consacré à un homme capable de communiquer avec des éléphants.
Bendjelloul a construit son cinéma autour de récits musicaux méconnus, portés par une fascination pour les destins extraordinaires restés dans l'ombre. L'histoire de Sixto Rodriguez, découverte au fil de ses voyages, l'a durablement marqué par sa dimension quasi mythologique, comparable selon lui à celle d'une star disparue puis retrouvée vivante. Son expérience de journaliste musical à la télévision suédoise, où il a réalisé plusieurs documentaires consacrés à des artistes, a nourri sa maîtrise du portrait intime. Le contexte historique de l'apartheid sud-africain, dans lequel s'inscrit l'histoire de Rodriguez, a également profondément influencé sa manière d'articuler intime et politique.
Le cinéaste privilégiait une narration proche du récit d'enquête, construisant son film comme un mystère progressivement dévoilé plutôt que comme un documentaire linéaire classique. Contraint par un budget extrêmement limité, il a développé une esthétique hybride mêlant pellicule Super 8, animation et images tournées avec une application pour téléphone, transformant la contrainte en choix stylistique assumé. Son sens du rythme et de la révélation dramatique, hérité en partie de son expérience télévisuelle, a largement contribué au succès critique de Sugar Man. Il accordait une attention particulière à la musique elle-même, laissant les chansons de Rodriguez porter une large part de l'émotion du récit.
Sugar Man a remporté l'Oscar du meilleur film documentaire lors de la cérémonie de 2013, faisant de Bendjelloul le premier réalisateur suédois récompensé aux Oscars depuis Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman en 1984. Le film a également reçu le BAFTA du meilleur documentaire ainsi que de nombreux prix dans les festivals internationaux, dont le prix du public au festival de Sundance en 2012. Cette reconnaissance internationale est intervenue dès son tout premier long métrage, un accomplissement rare pour un cinéaste documentaire.
Le musicien Sixto Rodriguez, sujet du documentaire, est resté durablement associé à l'image de Bendjelloul, ce dernier ayant choisi de le laisser recevoir seul les hommages lors de la tournée promotionnelle du film. Les producteurs Simon Chinn et John Battsek ont accompagné le projet jusqu'à son terme malgré les difficultés de financement rencontrées en cours de tournage. N'ayant réalisé qu'un seul long métrage avant sa disparition prématurée, Bendjelloul n'a pas eu l'occasion de développer des collaborations récurrentes sur la durée.
La redécouverte d'un talent oublié ou méconnu, injustement resté dans l'ombre malgré son influence réelle, constitue le cœur de son unique long métrage. La frontière ténue entre légende populaire et vérité biographique, entretenue tout au long du récit de Sugar Man, structure sa démarche documentaire. Le contexte politique de l'apartheid et son influence sur la réception de l'œuvre d'un artiste étranger occupe également une place importante dans son film. Enfin, la question de l'anonymat et de la reconnaissance tardive, thème central de son documentaire, résonne avec sa propre trajectoire de cinéaste révélé tardivement puis disparu brutalement.