Né le 28 juillet 1960 à Nazareth, Elia Suleiman est un cinéaste, scénariste et acteur palestinien de confession chrétienne. Il s'installe à New York en 1982, où il vit jusqu'en 1993 et réalise ses deux premiers courts métrages, Introduction à la fin d'un argument et Hommage par assassinat, qui abordent la représentation des Arabes dans les médias occidentaux et la guerre du Golfe. En 1994, il s'installe à Jérusalem, où la Commission européenne lui confie la création d'un département cinéma et médias à l'université de Birzeit. Il collabore alors avec le réalisateur israélien Amos Gitaï sur le documentaire Guerre et paix à Vesoul. Son premier long métrage, Chronique d'une disparition, sort en 1996 et obtient le prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise. Il connaît une reconnaissance internationale majeure en 2002 avec Intervention divine, tragicomédie sur le quotidien sous occupation qui reçoit le prix du jury au Festival de Cannes. Il poursuit avec Le Temps qu'il reste en 2009, présenté en compétition officielle à Cannes, puis avec It Must Be Heaven en 2019, qui obtient une mention spéciale du jury au même festival.
Souvent comparé à Jacques Tati ou à Buster Keaton pour son sens du burlesque, Elia Suleiman construit une œuvre où il se met lui-même en scène, observant avec distance et humour sa propre vie et celle de ses proches. Fils d'un résistant palestinien de 1948, il puise dans l'histoire familiale et la mémoire collective de son peuple une matière autobiographique qu'il transforme en fable universelle. Son expérience de l'exil, entre Nazareth, New York, Jérusalem et Paris, nourrit une réflexion constante sur l'identité, l'appartenance et le sentiment de ne jamais être tout à fait chez soi. Ses années new-yorkaises, marquées par de nombreuses conférences universitaires, l'exposent également à une pensée critique sur les médias et la représentation qui infuse l'ensemble de son cinéma.
Elia Suleiman développe un cinéma quasi muet, burlesque et minimaliste, où le réalisateur lui-même incarne un observateur silencieux traversant des situations absurdes ou tragiques. Il privilégie des plans fixes et une mise en scène très composée, qui laisse advenir l'humour et l'émotion par la précision du cadre plutôt que par le dialogue. Son cinéma mêle constamment le politique et l'intime, transformant des scènes de vie quotidienne sous occupation en tableaux à la fois drôles et bouleversants. Cette économie de moyens formels, associée à un sens aigu du timing comique, confère à ses films une reconnaissance immédiate au sein du cinéma d'auteur contemporain.
Chronique d'une disparition remporte le prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise en 1996. Intervention divine obtient le prix du jury au Festival de Cannes en 2002, l'une des plus hautes distinctions de la sélection officielle. It Must Be Heaven reçoit une mention spéciale du jury à Cannes en 2019. Il est par ailleurs membre du jury du Festival de Cannes en 2006, sous la présidence de Wong Kar-wai, et président du jury du Festival du film d'Abou Dabi en 2010, où il reçoit le Black Pearl Award et est désigné cinéaste du Moyen-Orient de l'année par le magazine Variety.
Yasmine Hamdan, chanteuse du groupe libanais Soapkills dont il utilise la musique dans Intervention divine, devient sa compagne puis son épouse et continue de nourrir son univers musical. Il collabore avec le réalisateur israélien Amos Gitaï sur le documentaire Guerre et paix à Vesoul en 1997, une expérience de coréalisation marquante dans son parcours. Elia Suleiman travaille avec des producteurs européens fidèles, notamment en France et en Allemagne, qui accompagnent le financement international de ses films. Il s'entoure enfin de techniciens réguliers, dont la directrice de la photographie ou le monteur, qui contribuent à la cohérence formelle de son œuvre d'un film à l'autre.
L'identité palestinienne et le quotidien sous occupation, traités avec un humour burlesque plutôt qu'un pathos frontal, constituent le cœur de toute son œuvre, de Chronique d'une disparition à It Must Be Heaven. L'exil et l'impossibilité de trouver un chez-soi, qu'il s'agisse de la Palestine ou d'un ailleurs tout aussi absurde, traversent particulièrement ses films les plus récents. La mémoire familiale, à travers les écrits intimes de ses parents dans Le Temps qu'il reste, nourrit une chronique intime mêlée à la grande Histoire. Enfin, le silence et l'observation muette comme formes de résistance et de commentaire politique reviennent comme une signature stylistique et thématique de tout son cinéma.