Charlotte Dauphin est une réalisatrice et scénariste française née le 15 mars 1978 à Lyon, figure discrète mais remarquée du cinéma indépendant français des années 2010 et 2020. Formée à l'école des Beaux-Arts de Lyon puis à La Fémis, elle commence sa carrière en réalisant plusieurs courts métrages primés dans les festivals, dont "Les Ombres du soir" (2008) qui remporte le prix du jury à Clermont-Ferrand. Son premier long métrage, "La Saison des pluies" (2013), drame intimiste tourné en Bretagne, impose immédiatement sa singularité et lui vaut une première reconnaissance critique. Elle poursuit avec "Ce qui nous lie" (2016), chronique familiale qui explore les relations entre frères et sœurs, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Son troisième film, "L'Été des solitudes" (2019), marque un tournant en abordant avec sensibilité les questions d'adolescence et de première fois. En 2022, elle présente "Les Invisibles de la côte" au Festival de Locarno, un film choral sur une communauté de pêcheurs en mutation. Parallèlement, elle enseigne la réalisation à l'école de cinéma de Lyon, transmettant aux jeunes cinéastes son approche sensible du métier.
Charlotte Dauphin cite parmi ses influences majeures les cinéastes français comme André Téchiné et Catherine Corsini, dont l'attention aux émotions et aux relations humaines a profondément marqué sa propre vision du cinéma. Elle reconnaît aussi l'influence du cinéma scandinave, notamment les œuvres de Lukas Moodysson et Ruben Östlund, pour leur capacité à conjuguer réalisme social et profondeur psychologique. Le cinéma de Jane Campion, en particulier "La Leçon de piano" et "Bright Star", a nourri son approche du regard féminin et de la sensualité. Elle s'inspire également de la littérature française contemporaine, en particulier les romans de Maylis de Kerangal et Marie-Hélène Lafon, pour leur exploration des paysages et des états d'âme. Le documentaire occupe une place importante dans ses références, ayant réalisé elle-même plusieurs films documentaires qui ont influencé son approche de la fiction. Son cinéma se veut ancré dans le réel, refusant le spectaculaire au profit d'une observation attentive des comportements humains.
Le cinéma de Charlotte Dauphin se caractérise par une esthétique épurée et une mise en scène discrète qui privilégie l'observation sur l'intervention. Elle travaille souvent avec des cadres fixes et des plans-séquences qui laissent respirer l'action et permettent aux acteurs de développer leur jeu dans la durée. La lumière naturelle occupe une place centrale dans son travail, qu'elle capte avec sensibilité pour créer des ambiances changeantes au fil des saisons. Le son et les silences sont traités avec une attention particulière, devenant des éléments narratifs à part entière qui renforcent l'immersion émotionnelle. Elle favorise les décors réels et les lieux habités, cherchant à capturer l'âme des espaces plutôt qu'à les sublimer artificiellement. Sa direction d'acteurs repose sur la confiance et la collaboration, laissant une large place à l'improvisation contrôlée pour obtenir des performances d'une justesse remarquable.
Charlotte Dauphin a reçu plusieurs distinctions dans le circuit du cinéma indépendant français, témoignant de la reconnaissance critique de son œuvre. "La Saison des pluies" a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2013 et a remporté le prix Louis-Delluc du premier film. "Ce qui nous lie" a reçu le prix du meilleur scénario aux Prix Lumières en 2017. En 2020, elle a été nommée au César du meilleur réalisateur pour "L'Été des solitudes". "Les Invisibles de la côte" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Locarno en 2022 et a reçu le prix spécial du jury. Elle a par ailleurs reçu le prix de la relève cinématographique lors du Festival du film français de Cabourg en 2014. Bien que moins médiatisée que certains de ses contemporains, elle jouit d'une reconnaissance solide parmi les professionnels et les critiques spécialisés.
Le directeur de la photographie Sébastien Buchmann travaille avec Charlotte Dauphin depuis ses débuts, apportant une contribution essentielle à l'identité visuelle de ses films par son travail sur la lumière naturelle. L'actrice Anaïs Demoustier, figure du cinéma français, a participé à plusieurs de ses longs métrages, devenant une interprète privilégiée de son univers cinématographique. La monteuse Tina Baz, collaboratrice de longue date, contribue à façonner le rythme particulier de ses films, fait de retenue et de patience. Le compositeur Grégoire Hetzel signe régulièrement les musiques de ses réalisations, créant des partitions minimalistes qui s'intègrent parfaitement à l'esthétique sonore de ses films. La productrice Miléna Poylo défend ses projets avec conviction depuis "La Saison des pluies", permettant la réalisation de films exigeants dans un contexte industriel souvent difficile.
Les relations familiales, dans toute leur complexité et leurs non-dits, constituent le cœur de l'œuvre de Charlotte Dauphin, qui explore les liens entre frères et sœurs, parents et enfants, avec une acuité psychologique remarquable. La question du passage à l'âge adulte et des premières fois traverse l'ensemble de sa filmographie, montrant comment les jeunes gens naviguent entre désir et incertitude. Les paysages français, qu'ils soient bretons ou méditerranéens, occupent une place essentielle dans ses récits, devenant des personnages à part entière qui portent les traces du temps. La solitude et l'isolement, particulièrement dans les zones rurales, sont des motifs récurrents abordés avec empathie et sans jugement. Les saisons et les cycles naturels jouent un rôle symbolique important dans ses films, marquant le passage du temps et les transformations intérieures des personnages. Enfin, la résilience et la capacité de reconstruction face aux épreuves de la vie constituent le fil rouge de ses personnages, toujours animés par une forme d'espoir discret mais tenace.