Né le 16 avril 1889 dans le quartier pauvre de Walworth à Londres, Charlie Chaplin grandit dans une extrême précarité, sa mère Hannah étant internée pour troubles mentaux et son père alcoolique largement absent de son enfance. Il monte sur scène dès son plus jeune âge dans les music-halls londoniens, rejoint la troupe de Fred Karno et part en tournée aux États-Unis, où il est repéré par Mack Sennett pour les studios Keystone en 1913. Il crée dès 1914 le personnage du vagabond, Charlot, qui deviendra sa signature universelle, avant de passer à la réalisation et de multiplier les courts métrages pour Essanay puis Mutual. En 1919, il cofonde le studio United Artists avec Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D. W. Griffith, s'assurant ainsi un contrôle artistique total sur ses œuvres. Il enchaîne les chefs-d'œuvre du muet, dont Le Kid en 1921, La Ruée vers l'or en 1925 et Le Cirque en 1928, avant de résister à l'avènement du parlant avec Les Lumières de la ville en 1931 et Les Temps modernes en 1936, films quasiment muets bien que sonorisés. Il signe en 1940 Le Dictateur, sa première œuvre entièrement parlante, satire frontale d'Adolf Hitler, puis Monsieur Verdoux en 1947 et Les Feux de la rampe en 1952, avant d'être contraint à l'exil en Suisse en raison du climat maccarthyste et de la controverse politique qui l'entoure aux États-Unis.
Son enfance misérable dans les rues de Londres, marquée par la maladie mentale de sa mère et l'absence de son père, nourrit directement la tendresse et la mélancolie du personnage de Charlot, éternel vagabond confronté à un monde hostile. Sa formation au sein des music-halls anglais, en particulier la troupe de Fred Karno, façonne son sens aigu de la pantomime et du gag visuel, hérité d'une tradition scénique populaire britannique. Sa préoccupation croissante pour les questions sociales et politiques de son époque, de la déshumanisation industrielle dans Les Temps modernes à la montée du fascisme dans Le Dictateur, révèle un engagement artistique de plus en plus assumé au fil de sa carrière.
Charlie Chaplin développe un cinéma qui conjugue le burlesque le plus pur avec une profondeur émotionnelle rare, capable de faire rire et pleurer dans une même scène, signature devenue la marque du genre tragi-comique qu'il invente presque à lui seul. Il privilégie la pantomime et le geste au dialogue, résistant longtemps à l'avènement du parlant par fidélité à un art du mouvement universellement compréhensible. Sa mise en scène, d'une précision chorégraphique extrême, notamment dans les scènes d'action physique et de gags mécaniques, témoigne d'un perfectionnisme légendaire qui le pousse à tourner parfois des centaines de prises pour une seule scène.
Il reçoit un Oscar d'honneur dès la première cérémonie des Academy Awards en 1929 pour l'ensemble de son travail sur Le Cirque, incluant l'écriture, la réalisation, la production et l'interprétation. Le Dictateur lui vaut trois nominations aux Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur acteur, en 1941. Il remporte l'Oscar de la meilleure musique de film dramatique pour Les Feux de la rampe en 1972, vingt ans après la sortie du film, sa diffusion aux États-Unis ayant été retardée par son exil politique, année où il reçoit également un second Oscar d'honneur pour l'incalculable effet de son œuvre sur le septième art du vingtième siècle.
Il travaille étroitement avec le compositeur David Raksin sur certaines de ses musiques, tout en composant lui-même l'essentiel des partitions de ses films les plus tardifs. Il collabore également de façon récurrente avec l'actrice Paulette Goddard, sa compagne à l'écran dans Les Temps modernes et Le Dictateur, ainsi qu'avec le studio United Artists, qu'il cofonde et qui distribue l'ensemble de son œuvre majeure.
La misère sociale et la dignité du petit homme face à un monde industriel ou politique oppressant, incarnées par le personnage de Charlot, structurent l'ensemble de son œuvre, du Kid aux Temps modernes. La dénonciation des totalitarismes et de la déshumanisation, centrale dans Le Dictateur, traverse également ses films les plus tardifs. La tendresse mêlée à la mélancolie, capable de transformer la pauvreté et l'exclusion en poésie visuelle universelle, complète enfin sa signature de cinéaste.