Né le 28 octobre 1919 à Sankt Pölten, en Autriche, Bernhard Wicki est emprisonné dans sa jeunesse dans les camps de concentration de Dachau puis de Mauthausen en raison de son engagement politique, avant d'être ultérieurement enrôlé dans la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale. Après-guerre, il entame une carrière d'acteur avant de passer à la réalisation, signant en 1959 Die Brücke, film pacifiste retraçant le destin tragique de jeunes adolescents allemands envoyés au combat dans les derniers jours du conflit. Le film lui vaut une reconnaissance internationale immédiate, couronné du Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et nommé à l'Oscar dans la même catégorie. Il participe en 1962 à la grande fresque collective Le Jour le plus long, réalisant les séquences allemandes aux côtés d'Andrew Marton, responsable des scènes américaines, et de Ken Annakin, chargé des séquences britanniques et françaises. Il poursuit sa carrière avec Morituri en 1965, film de guerre américain porté par Marlon Brando et Yul Brynner, avant de revenir à un cinéma plus personnel avec Das Spinnennetz en 1989. Il meurt le 5 janvier 2000 à Munich.
Son expérience personnelle de la répression nazie, marquée par son internement dans les camps de concentration de Dachau et de Mauthausen avant même son enrôlement forcé dans la Wehrmacht, nourrit directement l'engagement pacifiste et antimilitariste de Die Brücke. Cette expérience traumatique de la guerre, vécue à la fois comme victime et comme soldat, façonne un regard singulier et profondément humaniste sur le conflit qu'il porte à l'écran. Sa formation d'acteur, acquise dans l'immédiat après-guerre, lui confère également une direction d'acteurs particulièrement sensible, en témoigne l'intensité des jeunes interprètes non professionnels de Die Brücke.
Bernhard Wicki développe un cinéma de guerre profondément antimilitariste, refusant toute glorification du combat pour se concentrer sur l'absurdité et la tragédie humaine, comme en témoigne Die Brücke. Sa mise en scène privilégie l'authenticité et la sobriété plutôt que le spectacle, une approche qui tranche avec le grand spectacle hollywoodien auquel il participe pourtant sur Le Jour le plus long. Son regard sur la jeunesse allemande sacrifiée par une idéologie qui la dépasse, empreint d'une compassion rare pour le cinéma de guerre de son époque, constitue la marque la plus reconnaissable de son œuvre.
Die Brücke lui vaut le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère ainsi qu'une nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1960. Il participe par ailleurs à un projet collectif primé, Le Jour le plus long, qui remporte l'Oscar des meilleurs effets spéciaux et celui de la meilleure photographie en 1963.
Il collabore sur Le Jour le plus long avec les réalisateurs Andrew Marton et Ken Annakin, chacun en charge d'un segment national distinct du récit consacré au débarquement de Normandie. Il dirige également l'acteur Marlon Brando sur Morituri, l'une de ses rares incursions dans le cinéma hollywoodien de studio.
L'absurdité et la tragédie de la guerre, vécues du point de vue de très jeunes soldats sacrifiés, occupent une place centrale dans Die Brücke, son film le plus emblématique. La responsabilité individuelle et collective face au nazisme, héritée de sa propre expérience de déporté puis de soldat enrôlé de force, traverse également l'ensemble de son œuvre. L'humanisme pacifiste, opposé à toute forme de glorification martiale, complète enfin sa signature de cinéaste engagé.