En 1780, Grégoire Ponceludon de Malavoy, un jeune noble de province plein d'idéaux, se rend à la cour de Versailles de Louis XVI. Son but est d'obtenir des financements pour assécher les marécages de sa région natale qui déciment la population paysanne. Cependant, il découvre bien vite qu'à Versailles, l'esprit et le bon mot sont des armes absolues pour séduire et survivre. Pour réussir, il devra apprendre à briller dans les salons sans jamais commettre l'erreur fatale : se ridiculiser.
Le projet est né d'un scénario original de Rémi Waterhouse, qui s'est passionné pour l'art du bel esprit et des joutes verbales sous l'Ancien Régime en France. Il voulait démontrer comment la parole pouvait être un instrument de pouvoir aussi violent qu'une arme blanche. Le réalisateur Patrice Leconte a immédiatement perçu la modernité de ce sujet, y voyant un parallèle frappant avec la cruauté des cercles médiatiques et politiques contemporains. L'écriture a nécessité de nombreuses recherches historiques pour restituer l'authenticité des réparties de l'époque.
La critique professionnelle a accueilli le long-métrage avec un immense enthousiasme, louant l'intelligence de son écriture, la finesse de sa mise en scène et la performance remarquable des acteurs. Les critiques ont particulièrement apprécié la noirceur tapie sous les dorures de Versailles. Le public a lui aussi répondu présent en salles, séduit par l'ironie mordante et le rythme soutenu du récit. Le film a connu une consécration majeure en remportant quatre César, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, et a été nommé à l'Oscar du meilleur film étranger.
Pour l'inspiration esthétique, Patrice Leconte a délibérément évité le piège du film en costumes poussiéreux en optant pour une lumière naturelle et des cadrages très dynamiques. Les difficultés de production concernaient principalement les autorisations de tournage dans les décors historiques, obligeant l'équipe à recréer certaines ambiances de salons en studio. Une anecdote marquante réside dans le plaisir qu'avaient les comédiens à déclamer ces répliques ciselées, Jean Rochefort qualifiant son rôle de cadeau précieux. Pour le casting initialement prévu, le rôle principal avait fait l'objet de longues hésitations avant de s'imposer comme une évidence pour Charles Berling.
Le film traite de la superficialité du pouvoir, de l'hypocrisie sociale et de la cruauté gratuite des élites face à la misère humaine. L'esprit y est montré non pas comme une marque d'intelligence, mais comme un jeu de massacre aristocratique.
La fin du film montre Ponceludon qui, après avoir été définitivement humilié par une mauvaise plaisanterie orchestrée à la cour, quitte Versailles pour retourner à ses terres. La chute finale de la monarchie est évoquée, marquant l'effondrement de ce monde de paraître au profit de la vraie vie et de l'utilité publique.
Le titre résume l'arme suprême et la terreur absolue qui régnaient à la cour de Versailles : commettre un impair ou être l'objet d'une moquerie publique équivalait à une mort sociale définitive.
La musique originale d'Antoine Duhamel utilise de superbes arrangements baroques qui soulignent à la fois la grandeur feinte et la mélancolie profonde de cette fin de règne.
On peut penser aux Liaisons dangereuses de Stephen Frears ou au film Marie-Antoinette de Sofia Coppola pour leur peinture sans concession des coulisses aristocratiques.