À Paris, au milieu des années 1960, Paul, jeune homme idéaliste tout juste sorti du service militaire, tombe amoureux de Madeleine, aspirante chanteuse yé-yé. Autour d'eux gravitent leurs amis, tous confrontés aux bouleversements politiques, sexuels et culturels de leur époque. À travers une succession de scènes et d'interviews façon micro-trottoir, le film dresse le portrait d'une jeunesse tiraillée entre engagement politique et fascination pour la société de consommation. Godard livre ainsi une chronique éclatée de « la génération de Marx et Coca-Cola ».
Le film s'inspire librement de deux nouvelles de Guy de Maupassant, La Femme de Paul et Le Signe, dont Godard ne conserve que la trame la plus lâche pour bâtir une chronique de la jeunesse parisienne des années 1960. Godard, alors en pleine effervescence de la Nouvelle Vague, voulait capter sur le vif l'état d'esprit d'une génération façonnée par la société de consommation naissante et les prémices de la contestation politique. Le cinéaste a intégré au tournage de véritables interviews improvisées, interrogeant de jeunes Parisiens sur leurs opinions politiques et sentimentales, brouillant la frontière entre fiction et documentaire. Le choix de Jean-Pierre Léaud, déjà associé à la Nouvelle Vague depuis Les Quatre Cents Coups, et de la chanteuse yé-yé Chantal Goya répondait à cette volonté de mêler figures de cinéma d'auteur et incarnations de la culture pop de l'époque.
Le film a suscité un accueil critique contrasté à sa sortie, certains observateurs saluant l'audace formelle et la justesse du regard porté sur la jeunesse, quand d'autres jugeaient le montage éclaté et les digressions trop déroutants. Une partie du public jeune s'est reconnue dans le portrait dressé par Godard, quand d'autres spectateurs plus classiques sont restés hermétiques à la construction volontairement fragmentée du récit. Le film a néanmoins acquis avec le temps un statut d'œuvre culte de la Nouvelle Vague, régulièrement cité comme un document précieux sur l'état d'esprit de la jeunesse française avant Mai 68. Il a reçu le prix de la critique internationale à la Berlinale l'année de sa sortie.
Godard a tourné une partie des scènes d'interview en interrogeant directement de jeunes Parisiens non professionnels sur leurs opinions, certaines réponses spontanées ayant été conservées telles quelles dans le montage final. Le tournage, mené selon la méthode habituelle de Godard, privilégiait l'improvisation et la liberté des comédiens plutôt qu'un script rigide, Jean-Pierre Léaud étant encouragé à apporter sa propre spontanéité au personnage de Paul. Chantal Goya, chanteuse populaire de l'époque, a été choisie en partie pour son image de vedette yé-yé, que Godard voulait confronter au discours plus politisé du personnage de Paul.
Le film dresse le portrait d'une jeunesse déchirée entre engagement politique de gauche et fascination pour la société de consommation américanisée, incarnée par la formule godardienne des « enfants de Marx et de Coca-Cola ». Les rapports entre les sexes, la difficulté à concilier désir amoureux et divergences idéologiques, ainsi que la guerre du Vietnam en toile de fond politique, traversent également le récit. La réflexion sur le cinéma lui-même, à travers le mélange des registres documentaire et fictionnel, constitue un autre axe majeur du film.
Le film se referme sur la mort accidentelle ou suicidaire de Paul, dont les circonstances restent volontairement ambiguës, tandis que Madeleine, enceinte, doit désormais affronter seule l'avenir dans une société qui continue de tourner sans lui accorder une attention particulière. Cette fin abrupte et non résolue est caractéristique de la volonté de Godard de refuser toute conclusion morale ou sentimentale trop nette à son portrait de génération.
Le titre Masculin, féminin renvoie à l'opposition binaire entre les deux sexes explorée tout au long du film à travers le couple que forment Paul et Madeleine, mais aussi de façon plus large aux tensions entre les rôles traditionnellement associés aux hommes et aux femmes dans la société française du milieu des années 1960.
Les amateurs de ce film pourront se tourner vers d'autres œuvres de la Nouvelle Vague comme Bande à part ou La Chinoise, également signées Godard, ainsi que vers À bout de souffle pour son approche similaire de la jeunesse et de la modernité cinématographique.