Le film retrace la vie tumultueuse de Joan Crawford, star hollywoodienne des années 1930 à 1950, à travers le regard de sa fille adoptive Christina, qui l'a décrite dans ses mémoires comme une mère tyrannique, violente et psychologiquement abusive. Des années d'enfance traumatisante aux conflits de l'âge adulte, en passant par la déchéance professionnelle et l'alcoolisme de la star vieillissante, le film dresse un portrait implacable de l'envers du décor hollywoodien et de la face sombre d'une célébrité idolâtrée par ses fans. Faye Dunaway livre une performance obsessionnelle qui est devenue l'une des plus célèbres et des plus parodiées de l'histoire du cinéma.
Maman très chère (titre original : Mommie Dearest) est l'adaptation des mémoires éponymes de Christina Crawford, publiées en 1978, qui racontaient avec une franchise brutale et souvent horrifiante son enfance et son adolescence aux côtés de Joan Crawford, sa mère adoptive. Le livre avait immédiatement suscité une controverse intense, certains défendant la mémoire de l'actrice et contestant les révélations de Christina, d'autres reconnaissant dans ce récit une vérité douloureuse sur les effets de la célébrité sur la vie familiale. Frank Perry, réalisateur reconnu pour ses films psychologiques sur les relations familiales dysfonctionnelles, s'est emparé de ce matériau avec l'ambition de proposer un portrait nuancé d'une femme à la fois brillante et monstrueuse. Le casting de Faye Dunaway dans le rôle de Joan Crawford s'imposait par la similitude physique entre les deux femmes, mais surtout par la capacité de Dunaway à incarner à la fois le glamour hollywoodien et la détresse psychologique qui coexistaient chez Crawford.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a réservé un accueil très mitigé à Maman très chère, beaucoup de journalistes estimant que le film versait trop facilement dans la caricature et la surenchère mélodramatique, perdant ainsi la nuance psychologique qui aurait pu en faire une œuvre plus profonde. La performance de Faye Dunaway, cependant extraordinaire dans sa démesure, a elle-même été jugée excessive par certains, même si d'autres y ont vu une interprétation brillante d'un personnage lui-même excessif.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial important, le scandale entourant les mémoires de Christina Crawford ayant créé une audience massive de curieux. Il a rapidement acquis un statut de film culte camp, régulièrement projeté dans des soirées de cinéma participatif où le public reprend les répliques les plus célèbres du film avec un enthousiasme joyeusement kitsch.
Récompenses obtenues : Faye Dunaway a reçu plusieurs nominations dont un Razzie Award de la pire actrice — une récompense qui a contribué à la dimension culte du film. Maman très chère est devenu l'un des exemples les plus cités dans la catégorie des films "so bad it's good", aux côtés de The Room et de Showgirls.
Inspirations du réalisateur : Frank Perry s'est appuyé sur les mémoires de Christina Crawford et sur des entretiens avec des personnes ayant connu Joan Crawford pour construire une représentation qui soit fidèle aux témoignages disponibles, même si la sélection des épisodes les plus dramatiques contribuait inévitablement à une vision particulièrement sombre et extrême de la personnalité de l'actrice.
Difficultés de production : Faye Dunaway a demandé une préparation exceptionnellement minutieuse pour incarner Crawford, étudiant chaque geste, chaque expression et chaque manière de parler de la star sur des heures d'archives audiovisuelles. Cette préparation obsessionnelle, qui l'a rapprochée psychologiquement de son personnage peut-être plus que souhaitable, a contribué à donner à sa performance cette intensité à la limite de la folie qui a fait le caractère unique et mémorable de son interprétation.
Anecdote sur une scène particulière : La scène des cintres en fil de fer, dans laquelle Joan Crawford punit violemment sa fille pour avoir utilisé des cintres en fil de fer plutôt qu'en bois, est devenue l'une des scènes les plus célèbres et les plus parodiées de l'histoire du cinéma, la réplique "No wire hangers, ever!" étant entrée dans la culture populaire américaine comme symbole d'hystérie maternelle incontrôlée.
Maman très chère explore les ravages psychologiques de l'ambition sans limites sur la vie familiale, montrant comment Joan Crawford a sacrifié ses enfants sur l'autel de sa carrière et de ses névroses. Le film aborde la question de la célébrité hollywoodienne comme prison dorée, Crawford étant prisonnière d'une image publique qu'elle doit maintenir à tout prix y compris au détriment de toute authenticité humaine dans sa vie privée. La relation toxique mère-fille, fondée sur le contrôle, la manipulation et l'abus, est au cœur du récit et a contribué à alimenter des décennies de débats sur la nature véritable de ce personnage complexe et controversé.
La fin du film voit Joan Crawford vieillir et décliner, progressivement abandonnée par Hollywood et par ses enfants, mourant seule dans un isolement qui semble être la punition naturelle de ses abus passés. L'épilogue révèle que Crawford a finalement déshérité Christina et son autre fils adoptif dans son testament, une ultime trahison depuis la tombe qui donne à Christina la dernière motivation de publier ses mémoires et d'écrire ce film.
Le titre Maman très chère (titre original : Mommie Dearest) reprend ironiquement la formule d'appellation affectueuse que Joan Crawford imposait à ses enfants adoptifs, qui devaient l'appeler "Mommie Dearest" plutôt que simplement "Maman". Cette exigence formelle et artificielle dit tout de la relation fondamentalement faussée entre la mère et ses enfants, où les apparences d'affection masquent une réalité de contrôle et d'abus.
Maman très chère continue d'être projeté dans des soirées de cinéma culte camp à travers le monde et d'être étudié comme exemple de performance excessive devenue culte. La série Feud de Ryan Murphy a relancé l'intérêt pour Joan Crawford et la controverse autour de ce film. Il est disponible sur les plateformes de streaming.