Dimanche, 12 juillet 2026
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Les Proies

Les Proies

2017 États-Unis
Synopsis

Dans la Virginie de la guerre de Sécession, un pensionnat de jeunes filles du Sud, coupé du monde par les combats, voit sa quiétude troublée par l'arrivée d'un soldat de l'Union blessé. Recueilli et soigné par la directrice et ses élèves, cet homme devient rapidement l'objet de désirs et de jalousies. Ce huis clos feutré vire peu à peu au thriller psychologique, révélant ce que ces femmes en apparence dociles sont capables de faire pour préserver leur monde.

Genèse du film

Les Proies est l'adaptation du roman éponyme de Thomas Cullinan publié en 1966, qui avait déjà inspiré Don Siegel pour son film de 1971 avec Clint Eastwood dans le rôle principal. Sofia Coppola a découvert ce matériau et a souhaité en proposer une lecture radicalement différente, en adoptant délibérément le point de vue des femmes plutôt que celui du soldat, contrairement à la version de Siegel. Cette inversion de perspective était au cœur du projet depuis le début : il s'agissait de faire des femmes les sujets de l'histoire plutôt que de simples objets du désir masculin. Coppola a été attirée par l'ambiguïté morale du récit, qui ne condamne ni n'excuse totalement aucun de ses personnages. Le tournage a eu lieu en Louisiane, dans des plantations du XIXe siècle qui ont permis de recréer l'atmosphère étouffante et hors du temps du pensionnat sudiste. La cinéaste a volontairement choisi de ne pas traiter frontalement la question de l'esclavage, ce qui lui a valu des critiques, mais elle a défendu ce choix comme une manière de rester fidèle au point de vue étroit et confiné de ces femmes blanches coupées du monde. Le film s'est construit dans une économie de moyens assumée, privilégiant la lumière naturelle et les décors d'époque pour créer une esthétique immersive.

Critiques et réception

Résumé des critiques professionnelles : La critique a globalement réservé un accueil très favorable à Les Proies, saluant la maîtrise formelle de Sofia Coppola et la direction d'acteurs impeccable. La mise en scène feutrée, la lumière naturaliste et la tension qui monte progressivement ont été particulièrement appréciées. Certains critiques ont toutefois reproché à la cinéaste d'avoir trop édulcoré le côté gothique et sulfureux du roman original, ou d'avoir esquivé les enjeux raciaux de l'époque.

Réception du public : Le film a séduit un public cinéphile et féministe, sensible à sa relecture contemporaine d'un matériau du XIXe siècle. Il a généré d'importantes discussions sur la représentation des femmes au cinéma et sur la manière dont un même récit peut raconter des histoires très différentes selon le regard choisi. Son ambiance particulière — langoureuse et menaçante à la fois — a divisé les spectateurs, entre ceux conquis par cette sophistication et ceux qui auraient souhaité plus d'action.

Récompenses obtenues : Sofia Coppola a remporté le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2017, devenant seulement la deuxième femme de l'histoire du festival à recevoir cette distinction après Yuliya Solntseva en 1961. Cette récompense a largement contribué à la visibilité internationale du film et a consacré la cinéaste comme l'une des voix les plus singulières du cinéma américain contemporain.

Anecdotes de tournage

Inspirations du réalisateur : Sofia Coppola a confié s'être nourrie de la peinture américaine du XIXe siècle et des représentations de la féminité sudiste pour construire l'esthétique visuelle du film. Elle a notamment étudié des photographies d'époque de la guerre de Sécession pour restituer avec précision les vêtements, les intérieurs et l'atmosphère de cette période.

Difficultés de production : L'une des principales contraintes a été de tourner dans des lieux historiques réels en Louisiane, où les conditions de chaleur et d'humidité ont rendu le travail des équipes techniques particulièrement éprouvant. La cinéaste a également dû composer avec les exigences de la lumière naturelle, qu'elle voulait utiliser de manière quasi exclusive pour renforcer l'authenticité de l'image.

Anecdote sur une scène particulière : La scène du dîner, véritable pivot dramatique du film, a nécessité de nombreuses répétitions et plusieurs jours de tournage pour trouver le bon équilibre entre la tension sous-jacente et la politesse de façade que maintiennent les personnages. Nicole Kidman et ses jeunes partenaires ont travaillé en étroite collaboration avec Coppola pour calibrer chaque regard, chaque intonation.

Thèmes abordés

Les Proies explore avec subtilité les rapports de pouvoir entre les sexes dans un contexte de guerre et d'enfermement. Le désir féminin réprimé est au cœur du récit : l'arrivée du soldat fait surgir des pulsions et des jalousies que la bienséance sudiste s'efforçait de maintenir sous contrôle. Le film questionne la nature de la manipulation et de la séduction, en brouillant constamment les lignes entre victime et prédateur. La solidarité féminine y est ambiguë : les femmes du pensionnat sont capables du pire entre elles avant de se retrouver unies face à la menace masculine. Le décor du pensionnat fermé fonctionne comme une métaphore de l'enfermement social des femmes du XIXe siècle, condamnées à vivre dans un monde dont elles ne choisissent pas les règles. Le film aborde également, en creux, le thème de la violence et de l'impunité, montrant que la violence des femmes, quand elle éclate enfin, peut être aussi froide et calculée que celle des hommes.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Sans tout dévoiler, la fin des Proies constitue un renversement saisissant des rapports de force entre le soldat et ses hôtesses. Ce que l'on croyait être une histoire de prédateur masculin se révèle être celle de femmes qui reprennent le contrôle de leur espace et de leur destin, au prix d'un acte radical et sans retour. La dernière image — les femmes rassemblées devant leur demeure, dans la lumière dorée du soir — est délibérément ambiguë : est-ce un tableau de quiétude retrouvée ou une nature morte où quelque chose d'irrémédiable vient d'avoir lieu ? Coppola laisse le spectateur face à cette question, refusant tout jugement moral explicite.

Signification du titre

Le titre original anglais, The Beguiled (qui peut se traduire par "les ensorcelés" ou "les séduits"), joue sur l'ambivalence entre les femmes qui semblent tomber sous le charme du soldat et le soldat lui-même, progressivement piégé par son hôtesse. Le titre français Les Proies tranche davantage, désignant les femmes comme les victimes potentielles d'un prédateur — mais le film se charge de démontrer que cette lecture est un leurre. Cette tension entre les deux titres reflète parfaitement l'ambiguïté morale qui est au cœur de l'œuvre de Sofia Coppola.

Actualités

Depuis sa Palme de la mise en scène à Cannes, Les Proies est régulièrement étudié dans les milieux académiques et féministes comme exemple de relecture genrée d'un classique. Il est disponible sur les grandes plateformes de streaming. Aucune suite ou projet dérivé n'a été annoncé.

Films Similaires

  • Les Proies (Don Siegel, 1971)
  • Virgin Suicides (Sofia Coppola, 1999)
  • Picnic at Hanging Rock (Peter Weir, 1975)
  • Madame Bovary (Sophie Barthes, 2014)
  • Emma (Autumn de Wilde, 2020)