Années 70, en pleine Guerre Froide. Bobby Fischer, jeune prodige américain des échecs, défie le champion du monde soviétique Boris Spassky. Génie paranoïaque et imprévisible, Fischer s'enferme dans sa bulle pour préparer le "match du siècle" à Reykjavik en 1972. Entre exigences folles, crises de nerfs et pressions politiques, il doit affronter ses propres démons pour battre les Russes sur l'échiquier. L'histoire vraie d'un homme qui a sacrifié sa santé mentale pour la victoire.
Le prodige, titre original Pawn Sacrifice, est tiré de l'histoire vraie de Bobby Fischer et de son match mythique contre Boris Spassky en 1972. L'idée originelle vient du scénariste Steven Knight, fasciné par la personnalité de Fischer. Edward Zwick, réalisateur de Le Dernier Samouraï, a été attiré par le projet car il voyait dans Fischer une figure shakespearienne : un génie détruit par sa propre folie. L'inspiration vient de la volonté de raconter la Guerre Froide à travers un duel d'échecs, où chaque coup avait une portée politique. Zwick voulait montrer l'envers du décor du génie, la solitude et la paranoïa, loin du biopic lisse.
Les critiques professionnelles ont été globalement positives. On salue la performance habitée de Tobey Maguire, qui retranscrit la folie de Fischer sans caricature. La mise en scène de Zwick est jugée efficace pour rendre les échecs cinématographiques. Le film obtient 72% sur Rotten Tomatoes. Certains reprochent au film de rester en surface sur la maladie mentale de Fischer. La réception du public a été confidentielle. Avec seulement 5 millions de dollars de recettes mondiales, le film a été un échec commercial. Il a surtout touché les amateurs d'échecs et les fans de Tobey Maguire. Le film n'a obtenu aucune récompense majeure. Il a été nommé aux Satellite Awards pour Tobey Maguire mais n'a rien remporté. Il a eu une belle carrière dans les festivals, notamment à Toronto où il a été présenté en avant-première.
Edward Zwick s'inspire des thrillers paranoïaques des années 70 comme Conversation secrète de Coppola pour filmer la descente aux enfers de Fischer. Il utilise des cadres serrés et une lumière anxiogène. La production a été modeste avec 19 millions de budget. Le tournage a eu lieu à Montréal et à Reykjavik. La plus grande difficulté a été de rendre les parties d'échecs passionnantes. Zwick a engagé des grands maîtres comme consultants pour que chaque coup joué à l'écran soit exact. Tobey Maguire s'est immergé totalement : il a perdu 7 kilos, a appris les ouvertures par cœur et a travaillé sa posture voûtée. Liev Schreiber a appris le russe pour jouer Spassky. Le match de Reykjavik a été reconstitué dans le même bâtiment où s'est déroulé le vrai match en 1972. Au départ, David Fincher était pressenti pour réaliser le film avec Ben Affleck dans le rôle.
Le film traite du génie et de la folie, de la frontière mince entre les deux. Il aborde la paranoïa, la solitude du génie et la pression de représenter son pays en pleine Guerre Froide. La manipulation politique est centrale : les deux joueurs sont des pions, des "sacrifices de pion" comme l'indique le titre original, utilisés par les USA et l'URSS. C'est aussi un film sur le prix de l'excellence et de la perfection. Fischer se détruit pour être le meilleur. Le film questionne la santé mentale et le coût humain de la compétition.
Le film se termine sur la victoire de Fischer qui devient champion du monde en 1972. Il a battu Spassky, battu le système soviétique. Mais la victoire est amère. Un carton final explique qu'il a refusé de défendre son titre en 1975 et a sombré dans la paranoïa et l'antisémitisme, finissant reclus. La fin montre que Fischer a gagné la guerre mais a perdu contre lui-même. Le dernier plan sur son visage vide montre qu'il n'y a pas de triomphe. Il a eu ce qu'il voulait et ça l'a détruit. Il est le roi de l'échiquier, mais seul sur un plateau vide.
Le prodige est le titre français qui insiste sur le génie de Bobby Fischer. C'est plus positif que le titre original Pawn Sacrifice, "Sacrifice de pion". Ce titre US est un terme d'échecs : sacrifier une pièce de faible valeur pour un gain stratégique. Il a un double sens : Fischer est un pion sacrifié par le gouvernement américain dans la Guerre Froide, et il sacrifie lui-même sa santé mentale comme un pion pour gagner. Le titre français gomme cet aspect tragique pour vendre le côté "génie exceptionnel".
Depuis la sortie du film, l'intérêt pour Bobby Fischer n'a cessé de grandir. La série Le Jeu de la dame en 2020 a relancé la mode des échecs et Le prodige a connu une seconde vie sur les plateformes. Tobey Maguire considère ce rôle comme le plus difficile de sa carrière. Le film est souvent utilisé par les clubs d'échecs pour expliquer la psychologie des champions. Aucun autre film sur Fischer n'est prévu, sa vie étant jugée trop controversée sur la fin.