Dans une piscine municipale de province, une poignée d'hommes en pleine crise — dépression, chômage, divorce, deuil — rejoignent l'équipe de natation synchronisée féminine après que l'entraîneuse a décidé d'ouvrir ses portes aux hommes. Sous la coupe de deux coachs déjantées incarnées par Virginie Efira et Leïla Bekhti, ce groupe d'inadaptés attachants va devoir apprendre à se synchroniser — dans l'eau comme dans leur vie. Portée par un casting exceptionnel, cette comédie dramatique sur les fragilités masculines et la reconstruction collective est l'un des plus beaux succès du cinéma français des années 2010.
Le Grand Bain est le premier long métrage réalisé par Gilles Lellouche, acteur populaire qui s'essaie ici avec une ambition certaine à la réalisation. L'idée du film naît d'une réflexion sur les fragilités masculines — ces crises silencieuses que traversent les hommes sans savoir à qui les confier — et sur la façon dont le sport collectif peut devenir un espace de reconstruction. Lellouche s'est inspiré du documentaire «Water Boys» sur la natation synchronisée masculine, discipline qui existait déjà dans plusieurs pays et dont le caractère à la fois absurde et exigeant lui semblait porteur d'une belle matière comique et dramatique. Le scénario a été co-écrit avec Ahmed Hamidi, et le réalisateur a réuni autour du projet un casting éblouissant d'amis — Guillaume Canet, Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Jonathan Zaccaï — tous acceptant des cachets réduits pour participer à l'aventure.
Résumé des critiques professionnelles : Le Grand Bain a reçu un accueil critique extrêmement chaleureux. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2018, il a séduit presse et professionnels par son équilibre réussi entre comédie populaire et profondeur émotionnelle. Les critiques ont unanimement salué la performance du casting et la générosité du film, qualifié de «beau sans être mièvre, drôle sans être vulgaire».
Réception du public : Le film a réalisé un score exceptionnel au box-office français, réunissant plus de 4 millions de spectateurs — l'un des plus grands succès du cinéma français de 2018. Ce triomphe populaire a conforté Gilles Lellouche dans sa carrière de réalisateur et prouvé que les films à casting multiple sur des hommes vulnérables pouvaient toucher un large public.
Récompenses obtenues : Le Grand Bain a obtenu une nomination aux César 2019 dans sept catégories, dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Mathieu Amalric et meilleur acteur dans un second rôle pour Philippe Katerine. Ce dernier, révélé au cinéma par le film, a remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle — une des victoires les plus acclamées de la cérémonie.
Inspirations du réalisateur : Gilles Lellouche a voulu faire un film sur les «hommes qui tombent» — ces quarantenaires en crise que la société ne sait pas accueillir dans leur vulnérabilité. La natation synchronisée, discipline qui exige de lâcher prise, de faire confiance aux autres et d'accepter d'être ridicule, lui semblait la métaphore idéale de cette reconstruction collective.
Difficultés de production : Tous les acteurs principaux ont dû apprendre la natation synchronisée — certains étaient très mauvais nageurs au départ. L'entraînement dans l'eau a duré plusieurs mois avant le début du tournage, et les séquences aquatiques ont représenté un défi technique et physique considérable pour des comédiens non sportifs.
Anecdote sur une scène particulière : Philippe Katerine, musicien et artiste iconoclaste qui n'avait jamais eu de grand rôle au cinéma, s'est révélé être l'une des grandes surprises du film. Sa façon d'habiter le personnage de Thierry — dépressif hilarant peint en jaune dans l'une des scènes les plus mémorables — a stupéfié l'équipe et valu à l'artiste son César.
Le Grand Bain explore avec une tendresse rare la vulnérabilité masculine — ces crises de mi-vie que les hommes traversent seuls, honteux de leurs fragilités dans une société qui leur demande d'être solides. Le film célèbre la solidarité collective et la façon dont un groupe d'inadaptés peut se reconstruire ensemble dans l'épreuve partagée. La dépression est traitée sans sensationnalisme ni euphémisme, comme une réalité banale et souvent invisible. Le film aborde aussi la transmission entre femmes et hommes : ce sont deux femmes coachs qui vont apprendre à ces hommes à s'abandonner, à être guidés, à faire confiance. Enfin, Le Grand Bain est une ode à l'amitié masculine tardive — ces liens qui se nouent entre des inconnus que le hasard et la souffrance ont réunis.
La compétition finale, tournée en Norvège, est le point d'orgue émotionnel du film. L'équipe ne gagne pas la compétition — ce n'est pas le propos — mais chaque membre accomplit quelque chose d'infiniment plus important : il surmonte sa peur, son deuil, sa honte, sa dépression, pour plonger dans l'eau devant un public. Bertrand (Amalric) retrouve le goût de vivre. Marcus (Katerine) assume son être décalé. Thierry (Canet) réconcilie père et fils. La victoire du film n'est pas sportive, elle est humaine.
Le Grand Bain joue sur plusieurs niveaux de sens. Au sens littéral, c'est la piscine — cet espace aquatique où se déroule l'aventure. Mais le «grand bain» est aussi une expression française qui désigne le fait de se lancer dans quelque chose de nouveau et d'effrayant — «se jeter dans le grand bain». C'est exactement ce que font ces hommes en s'inscrivant à la natation synchronisée : ils plongent dans leur propre peur, dans leur vulnérabilité, dans une discipline qui les oblige à tout lâcher.
La bande originale de Le Grand Bain est signée par Christophe (le chanteur français au style onirique unique) et Yan Volsy. Elle accompagne le film d'une atmosphère mélancolique et poétique parfaitement accordée à son registre émotionnel. La chanson «Aline» de Christophe, utilisée dans le film dans une séquence particulièrement émouvante, a contribué à la redécouverte de l'artiste par une nouvelle génération de spectateurs.
Le Grand Bain reste le plus grand succès au box-office du cinéma français de 2018 et l'un des films les plus aimés de la décennie. Il a lancé Gilles Lellouche comme réalisateur reconnu, et confirmé Philippe Katerine comme acteur de cinéma à part entière. Le film continue d'être régulièrement diffusé à la télévision et sur les plateformes de streaming, trouvant chaque année de nouveaux spectateurs. Disponible sur Netflix et en VOD.
Le Grand Bain rappelle Full Monty (1997) de Peter Cattaneo — des hommes en crise qui se lancent dans une activité improbable pour se reconstruire — et partage sa générosité et son humanité. Water Boys (2001) de Shinobu Yaguchi, le film japonais sur la natation synchronisée masculine qui a inspiré Lellouche, est la référence directe. Intouchables (2011) partage cette même alchimie entre le rire et les larmes. En France, Le Sens de la fête (2017) de Nakache et Toledano ou La Famille Bélier (2014) jouent dans un registre populaire similaire.