Romain est un homme d'affaires obnubilé par le succès qui se voit diagnostiquer un cancer du poumon avec peu de temps à vivre. Avant de mourir, il décide de tout quitter pour réaliser son rêve de devenir un grand joueur de poker. Sur son chemin, il croise la route de la belle et mystérieuse Ingrid, qui va bouleverser ses priorités. Ce qu'il ignore, c'est que la vie lui réserve bien des surprises et que la vraie chance n'est pas toujours là où on l'attend.
Le film n'est pas tiré d'une histoire vraie ni d'un roman, mais d'une idée originale du réalisateur Nicolas Cuche et de ses co-scénaristes. L'inspiration originelle est venue de l'envie d'explorer la figure du perdant qui refuse de se laisser abattre par le destin. Les auteurs se sont amusés à imaginer ce qu'un homme prêt à tout pour gagner ferait s'il apprenait qu'il va mourir. Le thème du poker est arrivé très vite, car il symbolise parfaitement le hasard, le bluff et la prise de risque. Cuche s'est fortement inspiré des films de caper pour donner un rythme enlevé à cette comédie dramatique. Il voulait traiter de la maladie avec légèreté, sans tomber dans le pathos ou le mélodrame larmoyant. Le personnage de Romain a été construit comme un anti-héros attachant, un capitaliste froid qui se réhumanise face à l'épreuve. L'écriture a bénéficié de l'expertise de vrais joueurs de poker pour rendre les scènes de jeu crédibles et palpitantes. C'est cette alchimie entre l'émotion et le suspense du jeu qui a convaincu les producteurs de se lancer.
Les critiques professionnelles ont accueilli le film avec une certaine froideur, le jugeant trop conventionnel dans sa construction narrative. Les journalistes ont regretté que le traitement de la maladie soit parfois simpliste et mis au service de gags faciles. La performance de François Cluzet a toutefois été saluée, sa capacité à jouer un homme brisé sauvant le film de la médiocrité. Le dynamisme des scènes de poker a été vu comme un point positif, même si le dénouement a été trouvé prévisible par la presse spécialisée. Du côté du public, l'accueil a été nettement plus chaleureux, les spectateurs trouvant le divertissement efficace et touchant. Les amateurs de François Cluzet se sont laissés emporter par cette histoire de rédemption humaine, facile d'accès. Le film a connu un honorable succès commercial en France, porté par un bouche-à-oreille de bon aloi. Beaucoup de spectateurs ont admis avoir versé une petite larme lors des scènes d'intimité entre les personnages principaux. Le film n'a pas reçu de récompenses majeures dans des cérémonies prestigieuses comme les Césars, ce qui ne surprit personne compte tenu de la concurrence cette année-là. Il a été sélectionné dans quelques festivals de cinéma de genre secondaires, récoltant des prix d'interprétation pour son duo principal. Ces distinctions mineures ont récompensé la chimie évidente entre les acteurs à l'écran. La véritable récompense du film reste ses excellents scores en diffusion télévisée.
Nicolas Cuche s'est inspiré des grands duos de comédie américaine des années 80 pour diriger François Cluzet et José Garcia. Il a regardé de très près "Rain Man" pour comprendre comment rythmer un road-movie entre deux personnages aux caractères opposés. Le réalisateur voulait insuffler une énergie de série B jubilatoire à son film, en assumant pleinement ses côtés populaires. Cette approche décomplexée a permis aux acteurs de se lâcher et d'improviser de nombreuses répliques croustillantes. Le tournage a nécessité de recréer l'ambiance feutrée et stressante de véritables casinos clandestins et officiels. L'équipe a dû faire face à des contraintes horaires strictes dans les lieux de jeu réels, ce qui limitait le temps de prise de vues. La logistique pour déplacer toute l'équipe entre Paris et les casinos de province s'est avérée complexe et coûteuse. Les scènes nocturnes ont posé problème en raison du bruit des machines à sous qui perturbait l'enregistrement des dialogues. La scène du grand tournoi de poker a été tournée avec de vrais joueurs professionnels en arrière-plan pour garantir l'authenticité de l'atmosphère. François Cluzet a pris des leçons intensives avec un champion de poker pour maîtriser le vocabulaire technique et les gestes des cartes. L'acteur a d'ailleurs été très impressionné par la concentration et le froid exigés par ce jeu de cartes. Une prise a même dû être coupée au montage car Cluzet avait complètement gagné la main par erreur selon le scénario. Le rôle de Romain a été écrit spécifiquement pour François Cluzet, dont le réalisateur admirait la polyvalence depuis des années. Pour le rôle d'Ingrid, plusieurs actrices françaises très connues ont été approchées avant que le choix ne se porte sur Elsa Zylberstein. José Garcia a accepté de jouer le rôle de l'ami fidèle car il trouvait le personnage à contre-emploi de son image habituelle. Le casting a été pensé pour créer des surprises et éviter les stéréotypes habituels de la comédie française.
Le film aborde la question de la mortalité et la façon dont l'annonce d'une maladie fatale modifie radicalement notre perception de la vie. Il explore la notion de chance, montrant que le vrai jackpot n'est pas l'argent, mais les relations humaines sincères. L'amitié masculine est mise en lumière à travers le personnage de l'ami dévoué, qui sacrifie sa propre vie pour aider Romain. L'œuvre interroge le capitalisme et l'obsession de la réussite matérielle, vus comme des pièges qui éloignent de l'essentiel. La quête d'identité est centrale, le héros cherchant qui il est vraiment une fois dépouillé de son statut social. Le poker est utilisé comme une métaphore de la vie, où il faut parfois savoir bluffer et prendre des risques pour gagner. L'amour et la séduction sont traités de manière détournée, la maladie offrant une liberté inattendue pour oser dire ses sentiments. Enfin, le film montre que la rédemption est toujours possible, même pour ceux qui ont été égoïstes toute leur vie.
Dans les dernières minutes, Romain apprend par son médecin que le diagnostic initial était erroné et qu'il n'a aucun cancer. Au lieu de se réjouir de cette nouvelle incroyable, il réalise avec terreur qu'il a tout gâché pour rien, y compris son mariage et sa carrière. Il court après Ingrid, qu'il a quittée en pensant mourir, pour lui avouer la vérité et lui demander une seconde chance. Cette révélation bouleverse la dynamique du film, transformant un drame poignant en une comédie de quiproquos. Ingrid est d'abord furieuse d'avoir été trompée, mais finit par lui pardonner en voyant sa détresse sincère. Le film se conclut sur une note d'espoir, Romain acceptant de recommencer sa vie sur de nouvelles bases plus humaines. Il abandonne définitivement le monde de la finance pour se consacrer à ce qui compte vraiment. Cette fin à la fois comique et émouvante prouve que l'on peut parfois avoir une seconde chance dans la vie. Le spectateur sourit en comprenant que la "chance de sa vie" n'était pas d'échapper à la mort, mais de comprendre l'amour.
Le titre "La chance de ma vie" est une expression courante qui désigne une opportunité extraordinaire ou une rencontre exceptionnelle. Dans le contexte du film, cette expression prend un sens très ironique puisque le héros croit que sa vie est finie quand elle commence réellement. Le mot "chance" renvoie à la fois à la guérison inespérée et aux gains au poker, mais surtout à la rencontre amoureuse. L'utilisation du possessif "ma vie" souligne l'intimité du propos, il ne s'agit pas d'une chance générique, mais d'une transformation personnelle profonde. Ce titre classique pour une comédie romantique promet au spectateur une histoire feel-good où tout finira bien. Il cache habilement le point de départ dramatique du scénario, créant un effet de surprise chez le public. L'expression résonne aussi avec l'univers du jeu, où l'on parle souvent de "coup de chance". Au final, c'est un titre optimiste qui résume à lui seul le parcours initiatique du protagoniste.