Harry Block, écrivain névrosé en pleine crise créative, s'apprête à recevoir un hommage universitaire malgré les nombreux ennemis qu'il s'est fait en s'inspirant sans vergogne de son entourage dans ses romans. Traversant une profonde angoisse existentielle, il entreprend un voyage vers cette cérémonie accompagné de personnages tout droit sortis de ses propres œuvres de fiction. Ses souvenirs, ses fantasmes et ses regrets se mêlent alors à la réalité dans une structure narrative éclatée. Ce voyage introspectif va le confronter à ses échecs sentimentaux et à sa propre incapacité à vivre pleinement.
Harry dans tous ses états n'est tiré ni d'un livre ni d'une histoire vraie précise, mais constitue un scénario original de Woody Allen, largement inspiré de ses propres obsessions personnelles et de sa méthode d'écriture. L'idée du film repose sur la mise en abyme d'un écrivain puisant sans scrupule dans la vie de ses proches pour nourrir sa fiction, thème cher à Allen lui-même souvent accusé de ce même procédé. Le réalisateur souhaitait explorer sa propre névrose créative à travers un personnage à peine voilé de double de lui-même. Il a voulu construire une structure narrative complexe, mêlant réalité et fiction, souvenirs et fantasmes, pour illustrer le fonctionnement de l'esprit d'un écrivain. Le film s'inscrit dans la tradition des œuvres les plus introspectives et sombres de la filmographie de Woody Allen. Le projet lui permettait aussi d'aborder frontalement des thèmes plus crus et provocateurs que dans ses précédentes comédies plus légères.
La critique a salué l'audace formelle du film ainsi que la performance habitée de Woody Allen dans un rôle particulièrement sombre et autocritique. Plusieurs journaux ont souligné la virtuosité de la structure narrative éclatée, mêlant fiction, souvenirs et réalité avec une grande fluidité. D'autres critiques ont estimé que le portrait dressé du personnage principal, particulièrement antipathique, pouvait rendre le film difficile d'accès pour certains spectateurs. Le public s'est montré plus réservé que la critique, le ton particulièrement sombre et cynique du film ayant dérouté une partie des amateurs habituels des comédies de Woody Allen. Les spectateurs plus fidèles à l'œuvre du réalisateur ont néanmoins salué l'audace et l'inventivité formelle du récit. Le film n'a pas rencontré un large succès commercial, restant davantage apprécié par un public cinéphile averti. Le film a reçu une nomination à l'Oscar du meilleur scénario original lors de la cérémonie de 1998, confirmant la reconnaissance de la profession envers l'écriture particulièrement dense du récit.
Woody Allen s'est inspiré de sa propre méthode d'écriture et de ses obsessions personnelles pour construire ce portrait à peine voilé d'un écrivain névrosé puisant dans la vie de ses proches. La production a nécessité une structure de tournage particulièrement complexe, alternant scènes réalistes et séquences de fiction imaginées par le personnage principal. Le casting réunissait de nombreuses stars hollywoodiennes dans des rôles parfois très brefs, une habitude fréquente dans les films de Woody Allen de cette période. Une scène impliquant un personnage littéralement flou à l'écran a nécessité un traitement visuel particulier pour symboliser son manque de consistance existentielle. Le film a suscité des interprétations nombreuses sur la part autobiographique réelle contenue dans le portrait de Harry Block.
Le film explore la thématique de la création littéraire comme appropriation, parfois cruelle, de la vie des proches de l'écrivain. Il aborde également la névrose existentielle et l'incapacité à trouver un bonheur stable malgré la réussite professionnelle. La culpabilité et le regret face aux échecs sentimentaux successifs occupent une place centrale dans le parcours du personnage principal. Le film traite aussi de la frontière poreuse entre réalité et fiction dans l'esprit d'un créateur obsessionnel. Enfin, il questionne la possibilité de rédemption pour un homme profondément égoïste et incapable de véritable intimité affective.
À la fin du film, Harry Block reçoit finalement l'hommage universitaire qu'il redoutait tant, entouré non pas de ses proches réels mais des personnages de fiction issus de ses propres romans, seuls capables de le comprendre véritablement. Cette conclusion souligne avec ironie l'isolement profond du personnage, incapable de nouer des liens authentiques avec les personnes réelles de sa vie. Le film se termine sur une note doux-amère, Harry restant fondamentalement inchangé malgré le voyage introspectif qu'il vient de traverser. Cette fin reflète le regard sans complaisance de Woody Allen sur son propre personnage, refusant toute rédemption facile. Cette conclusion cynique s'inscrit dans la tonalité globale sombre et autocritique du film.
Le titre original du film, Deconstructing Harry, littéralement déconstruire Harry, annonce directement la démarche du film consistant à décortiquer la psychologie complexe et névrosée du personnage principal. Le titre français, Harry dans tous ses états, insiste davantage sur l'instabilité émotionnelle et la confusion mentale du personnage tout au long du récit. Ces deux titres soulignent ainsi la structure introspective et éclatée du film, qui explore en profondeur les multiples facettes contradictoires de son protagoniste.
Harry dans tous ses états reste aujourd'hui une œuvre appréciée des amateurs les plus avertis de la filmographie de Woody Allen. Le film continue d'alimenter les discussions sur la part autobiographique présente dans l'œuvre du réalisateur. Woody Allen a depuis poursuivi une carrière particulièrement prolifique, enchaînant les films année après année. Le film reste une référence citée parmi les œuvres les plus introspectives et formellement audacieuses du cinéaste.
Les amateurs de ce film pourront apprécier Maris et femmes, autre œuvre plus sombre de Woody Allen explorant les névroses amoureuses et existentielles. Annie Hall partage avec ce film le goût du réalisateur pour l'introspection et l'autodérision. 8½ de Federico Fellini propose une autre réflexion virtuose sur la création artistique et ses tourments intérieurs. Enfin, Crimes et Délits explore avec un ton plus grave les questions morales chères à Woody Allen.