Dans une petite ville raciste du Mississippi, un riche industriel blanc est retrouvé sauvagement assassiné. Le shif de la police locale, un homme pétri de préjugés, fait arrêter Virgil Tibbs, un homme noir qui attendait simplement son train à la gare. Il découvre rapidement que Tibbs est en réalité un brillant inspecteur de la brigade criminelle de Philadelphie, de passage dans la région. Contraints par les circonstances d'unir leurs forces, les deux hommes vont devoir surmonter leur hostilité mutuelle pour traquer un tueur dans une communauté au bord de l'explosion raciale.
Le projet s'inspire du roman policier éponyme de John Ball, publié en 1965, qui introduisait pour la première fois le personnage révolutionnaire de l'enquêteur noir Virgil Tibbs. Le producteur Walter Mirisch a immédiatement perçu le potentiel explosif de cette intrigue au cœur du mouvement des droits civiques américains. L'inspiration du réalisateur Norman Jewison est venue de la volonté de signer un polar tendu qui servirait de miroir sans concession au racisme systémique du Sud des États-Unis. Il souhaitait utiliser la structure classique du film d'enquête pour dynamiter les stéréotypes raciaux d'Hollywood.
À sa sortie, la critique professionnelle a acclamé le long-métrage comme un tournant majeur du cinéma policier et politique américain. Les journalistes ont encensé la confrontation psychologique d'une intensité rare entre Sidney Poitier et Rod Steiger, saluant l'intelligence d'un scénario qui évitait le manichéisme moraliste. Le grand public a réservé un accueil triomphal au film, qui entrait en résonance directe avec les bouleversements sociaux et les émeutes raciales de l'année 1967 aux États-Unis. Le succès au box-office fut immense, porté par le courage politique d'une œuvre qui osait bousculer les consciences. Lors de la cérémonie des Oscars en 1968, le film a triomphé en remportant cinq récompenses majeures, dont l'Oscar du Meilleur film et celui du Meilleur acteur pour la performance monumentale de Rod Steiger.
Norman Jewison a adopté un style visuel moite et étouffant, utilisant des éclairages crus pour faire ressentir la chaleur physique et la tension psychologique constante de cette ville du Mississippi. La caméra restait au plus près des visages pour capter chaque nuance de haine ou de respect naissant. Le tournage a été marqué par des difficultés logistiques et sécuritaires majeures car Sidney Poitier refusait catégoriquement de tourner dans le véritable Sud des États-Unis en raison de menaces de mort réelles proférées par le Ku Klux Klan. La production a donc dû recréer les décors du Mississippi dans la petite ville d'Illinois pour assurer la sécurité de l'acteur. La scène mythique où Virgil Tibbs rend immédiatement une gifle à un riche propriétaire terrien blanc raciste qui venait de le frapper a provoqué des cris de stupeur et des applaudissements historiques dans les salles de cinéma. Cette réaction instantanée, exigée par Poitier lui-même dans le script, a marqué l'histoire culturelle américaine. Pour le rôle du shérif Gillespie, Rod Steiger a été choisi par Jewison qui lui a demandé de mâcher constamment du chewing-gum pour accentuer l'aspect rustre et provincial de son personnage.
Le film explore le racisme institutionnel, les préjugés culturels profonds et l'ignorance de l'Amérique provinciale face à la modernité. Il traite de la reconnaissance de la compétence professionnelle au-delà de la couleur de peau et de la naissance d'un respect mutuel par le travail. La corruption morale et l'impunité des élites blanches y sont également dénoncées.
La fin poignante se déroule sur le quai de la gare où l'enquête est désormais résolue grâce à la perspicacité de l'inspecteur. Le shérif Gillespie raccompagne Tibbs et porte lui-même sa valise, un geste impensable au début de l'intrigue qui symbolise son évolution morale radicale. Les deux hommes se séparent sur un sourire complice et un adieu respectueux, prouvant que les barrières de la haine ont été brisées par l'intégrité.
Le titre évoque à la fois l'atmosphère climatique étouffante des nuits d'été du Mississippi et l'embrasement social lié aux tensions raciales qui menacent d'exploser à tout moment. Il symbolise la moiteur des passions, la violence tapie dans l'ombre et l'urgence dramatique d'une enquête criminelle menée sous haute tension psychologique.
La bande originale composée par Quincy Jones est un jalon de la musique de film, mêlant le blues rural, le jazz et la soul pour capturer l'identité culturelle du Sud profond. La chanson-titre mémorable, interprétée par la voix puissante de Ray Charles, apporte une mélancolie viscérale qui hante l'ouverture du film.
Le long-métrage est conservé au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour son importance culturelle, historique et esthétique indéniable. Il reste cité aujourd'hui comme le modèle absolu du cinéma d'engagement social d'Hollywood ayant contribué à faire évoluer les mentalités.