Dans une Chine des années 1940 dominée par les gangs, un jeune homme raté rêve de rejoindre la redoutable Hache Fendue mais échoue à chaque tentative. Son destin bascule lorsqu'il débarque dans la Cité de Porcs, un quartier populaire protégé sans le savoir par des maîtres d'arts martiaux retraités. Un affrontement grotesque entre gangsters et habitants va réveiller des pouvoirs insoupçonnés chez plusieurs protagonistes. Le jeune homme découvre alors sa propre vocation de héros, entre combats chorégraphiés et gags irrésistibles.
Stephen Chow a conçu Crazy Kung-Fu comme un hommage revendiqué aux films de kung-fu de la Shaw Brothers qu'il regardait enfant. Il souhaitait mélanger la comédie burlesque héritée du cinéma de Hong Kong avec une esthétique visuelle inspirée des cartoons occidentaux comme Tex Avery. L'idée du film lui est venue en repensant aux quartiers populaires de son enfance, peuplés de personnages hauts en couleur qui cachaient parfois des talents insoupçonnés. Il voulait aussi rendre hommage aux acteurs vieillissants du cinéma d'arts martiaux, en leur offrant des rôles de maîtres retraités. Le scénario s'est construit autour de l'idée d'un antihéros qui découvre son propre potentiel héroïque malgré lui. Chow a travaillé avec le chorégraphe Yuen Woo-ping, déjà connu pour Matrix, afin de donner aux combats une dimension à la fois spectaculaire et comique. Le film devait aussi permettre à Chow de repousser les limites techniques du genre en intégrant des effets numériques inédits à Hong Kong. Cette ambition de mélanger tradition et modernité a guidé toute la conception du projet.
La critique internationale a largement salué l'inventivité visuelle et le sens du rythme du film, saluant son mélange unique entre action, comédie et animation. Beaucoup de critiques ont comparé favorablement le style de Stephen Chow à celui de Buster Keaton pour son sens du gag physique. Certains ont toutefois trouvé l'humour trop référencé pour un public occidental peu familier des codes du cinéma hongkongais. Le film a néanmoins été considéré comme une œuvre marquante du renouveau du cinéma d'action asiatique au début des années 2000. Le public occidental a découvert le film grâce à une sortie internationale portée par Miramax et Sony, ce qui lui a permis de toucher un public bien plus large que les productions hongkongaises habituelles. Le bouche-à-oreille a été particulièrement fort auprès des amateurs de cinéma d'arts martiaux et de comédie déjantée. En Asie, le film a rencontré un succès commercial retentissant, devenant l'un des plus gros succès du box-office hongkongais de son époque. Il est depuis considéré comme culte par plusieurs générations de spectateurs. Le film a remporté de nombreuses récompenses aux Hong Kong Film Awards, notamment celui du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Stephen Chow. Il a également été récompensé aux Golden Horse Awards à Taïwan. Sa reconnaissance critique internationale a été confirmée par plusieurs prix décernés lors de festivals de cinéma asiatique.
Stephen Chow s'est fortement inspiré des films de la Shaw Brothers ainsi que des comédies de Charlie Chaplin pour construire l'identité visuelle du film. Il a aussi puisé dans les codes du cinéma d'animation, en particulier les cartoons de la Warner Bros, pour la gestion du rythme comique. La production a nécessité la construction d'un décor immense reproduisant la Cité de Porcs, un quartier populaire typique du vieux Hong Kong. Les techniciens ont dû combiner des cascades traditionnelles avec des effets numériques encore peu utilisés dans le cinéma hongkongais de l'époque. La scène de la course-poursuite entre le héros et les deux tueuses aveugles a nécessité plusieurs semaines de tournage tant la chorégraphie était complexe. Plusieurs acteurs vétérans du cinéma d'arts martiaux, retirés depuis des années, ont été spécialement recrutés pour incarner les maîtres cachés de la Cité de Porcs. Stephen Chow envisageait initialement un casting différent pour certains rôles secondaires avant de finalement opter pour des visages familiers du cinéma hongkongais classique.
Le film explore la thématique du potentiel caché chez les êtres les plus humbles, à travers des personnages ordinaires révélant des talents extraordinaires. Il interroge aussi la question de la rédemption et de la possibilité de changer de destin malgré un passé peu glorieux. La solidarité de quartier et l'entraide populaire face à l'oppression des puissants occupent une place centrale dans le récit. Le film aborde également la transmission du savoir entre générations, les maîtres âgés livrant leurs enseignements aux plus jeunes. La question de l'identité et de la place de chacun dans une société hiérarchisée est traitée avec beaucoup d'humour. Enfin, le triomphe de la bonté et de l'innocence sur la violence et la cupidité constitue le fil rouge moral du long-métrage.
À la fin du film, le héros autrefois raté révèle un pouvoir martial exceptionnel qui le place au niveau des plus grands maîtres. Il affronte et vainc le chef de la Hache Fendue, mettant ainsi fin à la terreur qu'exerçait le gang sur la Cité de Porcs. Sa victoire symbolise l'aboutissement de son parcours initiatique, de vaurien manipulateur à véritable héros. Le film se conclut sur une note lumineuse, avec le retour à la paix dans le quartier et la reconnaissance du personnage principal par ses anciens voisins. La scène finale, où il rouvre une boutique de bonbons avec son amour d'enfance, boucle la boucle entamée au début du récit. Cette conclusion appuie le message central du film : la transformation intérieure est toujours possible, quel que soit le point de départ.
Le titre original du film, Kung Fu Hustle, joue sur le double sens du mot anglais hustle, qui évoque à la fois l'agitation urbaine et une forme d'arnaque ou de combine. Il traduit bien l'ambiance du film, mélangeant l'agitation d'un quartier populaire avec les magouilles de son héros au début du récit. Le titre français, Crazy Kung-Fu, met davantage l'accent sur la dimension déjantée et exagérée des combats d'arts martiaux présents dans le film. Il annonce clairement au public le ton burlesque et spectaculaire de l'œuvre. Ce choix de titre reflète aussi la volonté de Stephen Chow de dépoussiérer les codes classiques du cinéma de kung-fu.
Depuis sa sortie, Crazy Kung-Fu continue d'être régulièrement cité comme une référence du cinéma d'action asiatique moderne. Le film est fréquemment programmé lors de rétrospectives consacrées au cinéma hongkongais dans les festivals internationaux. Stephen Chow, devenu producteur et réalisateur influent, continue d'être associé à ce succès qui a marqué un tournant dans sa carrière. Des rumeurs de suite ou de projets similaires ont circulé pendant plusieurs années sans jamais aboutir concrètement. Le film reste également une référence citée par de nombreux réalisateurs d'action contemporains influencés par son style visuel unique.
Les amateurs du film apprécieront également Shaolin Soccer, précédent long-métrage de Stephen Chow qui mêle déjà arts martiaux et comédie absurde. Il Était une Fois en Chine, avec Jet Li, offre une autre vision spectaculaire du cinéma d'arts martiaux hongkongais. Matrix, dont les chorégraphies ont été signées par le même Yuen Woo-ping, séduira les fans de combats stylisés. Enfin, Tigre et Dragon d'Ang Lee propose une approche plus poétique mais tout aussi virtuose des arts martiaux chinois.