À neuf ans, Benni est une enfant intenable, capable de passer en un instant de la plus grande sérénité à des crises de violence incontrôlables, qui a épuisé toutes les solutions d'accueil proposées par les services sociaux allemands. Bianca, sa mère célibataire dépassée par la situation, a peur de sa propre fille et manque régulièrement leurs rendez-vous programmés. Micha, un éducateur spécialisé habitué aux garçons délinquants, est alors chargé de l'accompagner quotidiennement jusqu'à l'école pour s'assurer qu'elle ne s'enfuit pas et ne s'attaque pas à ses camarades. Il parvient progressivement à apprivoiser la fillette et propose une piste éducative qui pourrait enfin permettre de la canaliser durablement.
Benni, dont le titre original allemand est Systemsprenger, littéralement "celle qui fait éclater le système", n'est pas tiré d'un livre mais s'appuie sur cinq années de recherches minutieuses menées par la réalisatrice Nora Fingscheidt, également scénariste du film. L'idée originale est née lors du tournage d'un précédent documentaire sur un foyer pour femmes sans-abri à Stuttgart, où Fingscheidt a rencontré une adolescente de quatorze ans considérée comme un "système sprenger", terme désignant les enfants que plus aucune institution du système d'aide sociale allemand n'accepte de prendre en charge. Pour écrire son scénario, la réalisatrice a vécu et travaillé au sein de groupes résidentiels, dans une école spécialisée, un centre d'accueil d'urgence et une unité de psychiatrie infantile, accumulant une documentation extrêmement précise sur ces situations extrêmes. Fingscheidt a délibérément choisi de centrer son récit sur une fillette de neuf ans sans origine migratoire, avant l'entrée dans l'adolescence, afin d'éviter tout raccourci lié aux clichés habituellement associés au genre, à l'origine ethnique ou à la puberté. La réalisatrice a également visionné une centaine de films consacrés à l'enfance en difficulté durant les quatre années d'écriture du scénario, des Quatre Cents Coups à Mommy en passant par Rosetta, afin d'identifier ce qui avait déjà été exploré et ce qu'elle pouvait éviter de reproduire.
La critique a unanimement salué la force et l'authenticité du film, saluant particulièrement la performance stupéfiante de la jeune actrice Helena Zengel, capable de passer d'une sauvagerie démoniaque à la plus grande fragilité avec une justesse rare pour une comédienne aussi jeune. Plusieurs observateurs ont souligné le refus du sentimentalisme et de toute explication simpliste du comportement de Benni, préférant montrer les difficultés concrètes rencontrées par un système d'aide sociale débordé face à des cas aussi extrêmes. Le film a été comparé à des œuvres marquantes du cinéma consacré à l'enfance difficile telles que Mommy de Xavier Dolan. Le public s'est montré profondément bouleversé par le film, de nombreux spectateurs saluant à la fois sa radicalité et son hommage sincère aux travailleurs sociaux confrontés quotidiennement à des situations d'une extrême complexité. Le film a remporté le prix Alfred Bauer et le prix des lecteurs du Berliner Morgenpost à la Berlinale 2019, avant de dominer les Deutscher Filmpreis 2020 avec huit récompenses, dont celles du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice pour Helena Zengel.
Nora Fingscheidt s'est inspirée de sa rencontre réelle avec une adolescente de quatorze ans qualifiée de "système sprenger" lors du tournage d'un précédent documentaire, une rencontre qui a directement donné naissance au projet de ce long-métrage de fiction. La réalisatrice a mené cinq années de recherches approfondies avant l'écriture définitive du scénario, vivant et travaillant au sein de groupes résidentiels, d'écoles spécialisées, de centres d'accueil d'urgence et d'unités de psychiatrie infantile pour documenter au plus près ces situations extrêmes. Le casting de la jeune actrice principale a représenté un défi de production majeur, Fingscheidt craignant de ne jamais trouver l'interprète adéquate ou que des parents refusent de laisser leur fille incarner un rôle aussi exigeant; Helena Zengel s'est finalement imposée en étant la septième candidate auditionnée. La réalisatrice avait initialement envisagé de recruter son interprète principale directement dans la rue ou dans des clubs d'arts martiaux plutôt que par le biais d'agences de casting classiques, avant d'être convaincue du contraire par son équipe de casting.
Benni explore la défaillance des systèmes de protection de l'enfance face à des cas de traumatisme extrême, montrant comment même les institutions les plus bienveillantes peuvent échouer à accompagner durablement un enfant en grande souffrance. Le film interroge également l'amour inconditionnel qu'un enfant peut porter à un parent défaillant, Benni ne cessant de vouloir retrouver sa mère malgré l'incapacité de cette dernière à s'occuper d'elle. La violence comme langage de la détresse traverse tout le récit, les crises de la fillette étant présentées comme le symptôme d'un traumatisme profond plutôt que comme une simple méchanceté enfantine. Le long-métrage célèbre enfin l'engagement des travailleurs sociaux et éducateurs, dont la patience et le dévouement sont montrés comme la seule véritable ressource face à des situations que le système institutionnel ne parvient pas à résoudre.
Le film se conclut sur une scène ambiguë et ouverte: alors que Benni doit être envoyée au Kenya pour une prise en charge éducative éloignée, elle profite d'un moment d'inattention à l'aéroport pour échapper à la sécurité et s'enfuir en courant, dans une ultime tentative de reprendre le contrôle de son propre destin. Le dernier plan du film, montrant Benni bondir dans les airs avec un sourire, se fige puis se craquelle comme du verre brisé, une image forte qui refuse tout dénouement rassurant ou résolu. Cette conclusion volontairement inachevée souligne le propos central du film selon lequel aucune solution simple n'existe pour des enfants comme Benni, dont l'avenir demeure fondamentalement incertain. Nora Fingscheidt a ainsi choisi de ne pas offrir de résolution cathartique à son récit, restant fidèle à la réalité souvent sans issue vécue par les véritables "système sprenger" allemands.
Le titre original allemand, Systemsprenger, se traduit littéralement par "celui ou celle qui fait éclater le système", un terme utilisé par les services sociaux allemands pour désigner les enfants qu'aucune institution du dispositif de protection de l'enfance ne parvient à intégrer durablement. Le titre français, Benni, choisit à l'inverse de mettre en avant le simple surnom affectueux de l'héroïne, Bernadette, préférant l'humaniser plutôt que de la réduire à sa catégorisation administrative. Ce contraste entre les deux titres reflète bien le double regard porté par le film, à la fois clinique dans sa description du système et profondément empathique envers son personnage principal.
Le succès international de Benni a conduit le studio américain Metro-Goldwyn-Mayer à acquérir en 2022 les droits d'un remake du film, avec l'acteur Channing Tatum initialement attaché au projet en tant qu'interprète et producteur.
Les amateurs de ce type de récit pourront se tourner vers Mommy de Xavier Dolan pour son exploration similaire d'un enfant à la violence incontrôlable, ou vers Rosetta des frères Dardenne pour son approche réaliste et sans concession de la précarité sociale.