Au cœur des étendues tibétaines, Drolkar et son mari élèvent des brebis tout en veillant sur leurs trois fils. Pour se conformer discrètement à la politique chinoise de l'enfant unique, elle s'initie en secret à la contraception, une pratique taboue dans cette communauté traditionnelle. Le jour où elle surprend ses enfants en train de jouer dehors avec les ballons volés sous son oreiller, son secret est menacé. Drolkar va devoir affronter les reproches des aînés, le poids de la tradition et le regard des hommes.
Balloon n'est pas tiré d'un fait réel précis, mais d'une nouvelle écrite par le réalisateur Pema Tseden lui-même, comme la plupart de ses films. L'idée lui est venue au début des années 2000, alors qu'il étudiait à l'Académie du cinéma de Pékin : un soir d'automne, son regard a croisé un ballon rouge volant dans le vent, une image qui lui a semblé receler une histoire à raconter. Il souhaitait à l'origine en faire directement un film, mais les contraintes de censure et de financement propres au cinéma tibétain en Chine l'en ont empêché. Il a donc choisi d'en faire un texte littéraire, publié quelques années plus tard, avant de pouvoir enfin réunir, en 2018, les conditions nécessaires pour porter cette histoire à l'écran. Le film s'inscrit dans le prolongement de ses œuvres précédentes, Tharlo et Jinpa, également adaptées de ses propres nouvelles, et poursuit son exploration des tiraillements entre tradition et modernité au sein de la société tibétaine contemporaine.
Balloon a été salué par la critique internationale pour la délicatesse avec laquelle Pema Tseden aborde un sujet aussi sensible que la politique de l'enfant unique et la place des femmes dans la société tibétaine traditionnelle. Les observateurs ont notamment loué la beauté plastique du film et sa manière de mêler réalisme social et embardées oniriques.
Le public occidental, encore peu familier du cinéma tibétain, a découvert avec intérêt cette œuvre rare qui offre un regard rarement montré sur le quotidien d'une famille d'éleveurs tibétains. La sortie française du film, en pleine crise sanitaire du Covid-19 en 2021, a toutefois limité son exposition en salles malgré un accueil critique très favorable.
Balloon a été primé dans plusieurs festivals internationaux avant sa sortie en salles, confirmant la reconnaissance internationale progressivement acquise par Pema Tseden au fil de sa filmographie, jusqu'à sa disparition prématurée quelques années plus tard.
Pema Tseden s'est directement inspiré de sa propre nouvelle, elle-même née d'une image aperçue par hasard, celle d'un ballon rouge volant dans le vent lors de ses études à Pékin, pour construire l'ensemble de la trame du film.
Obtenir les financements et les autorisations nécessaires pour tourner un film abordant frontalement la politique de l'enfant unique et la contraception au Tibet a représenté une difficulté de production majeure, le projet ayant dû attendre près de deux décennies entre sa conception littéraire et sa réalisation effective.
Le tournage s'est déroulé dans les steppes tibétaines avec une équipe restreinte, cherchant à capter au plus près le rythme de vie authentique d'une famille d'éleveurs de brebis, dans la continuité du style naturaliste caractéristique du cinéma de Pema Tseden.
Balloon explore la tension entre tradition religieuse et émancipation sexuelle au sein de la société tibétaine contemporaine, ainsi que les conséquences concrètes de la politique chinoise de l'enfant unique sur le quotidien d'une famille d'éleveurs. Le film aborde également la place des femmes, contraintes de porter seules le poids de la contraception, et la persistance des croyances traditionnelles face aux bouleversements de la modernité.
Le film se conclut sur un dénouement empreint d'ambiguïté, où Drolkar doit composer entre ses convictions personnelles, les attentes de sa belle-famille et le poids des croyances religieuses entourant la réincarnation, certains membres de la famille voyant dans une possible nouvelle naissance le retour du grand-père récemment disparu. Cette fin ouverte souligne l'impossibilité pour l'héroïne de trouver une résolution simple entre modernité et tradition, sans trancher définitivement en faveur de l'une ou de l'autre.
Le titre Balloon renvoie directement aux préservatifs que Drolkar dissimule sous son oreiller et que ses enfants détournent innocemment en ballons de jeu, provoquant malgré elle la révélation de son secret. Cet objet du quotidien, à la fois futile et lourd de sens, symbolise toute l'ambiguïté du film entre légèreté enfantine et gravité des enjeux qu'il recouvre pour les adultes.
Balloon reste l'une des dernières œuvres marquantes de Pema Tseden, disparu en 2023, et continue d'être régulièrement présenté dans les rétrospectives consacrées au cinéaste tibétain, reconnu comme l'une des voix majeures du cinéma tibétain contemporain. Son travail continue d'inspirer une nouvelle génération de cinéastes tibétains.
Balloon s'inscrit dans la continuité des précédents films de Pema Tseden, Tharlo et Jinpa, également centrés sur les tiraillements entre tradition tibétaine et modernité. Il peut être rapproché plus largement du cinéma d'auteur asiatique contemporain traitant des politiques démographiques et de leurs conséquences intimes sur les familles.