Après la mort de son plus jeune frère Idir, décédé à la suite d'une intervention policière contestée, le lieutenant Abdel, militaire français engagé sur le front, est rappelé en urgence auprès de sa famille déchirée. Entre le désir de vengeance de son frère cadet Karim, meneur d'une révolte grandissante, et le trafic menacé de son frère aîné Moktar, dealer local, Abdel tente désespérément de ramener le calme. Mais minute après minute, la cité Athena se transforme en véritable forteresse assiégée, théâtre d'une tragédie familiale et collective annoncée. Alors que chacun croit détenir la vérité sur la mort d'Idir, la cité tout entière bascule inexorablement dans le chaos.
Athena est le troisième long métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste grec Costa-Gavras, coécrit avec Ladj Ly, réalisateur des Misérables, et Elias Belkeddar. Gavras s'est nourri des violences policières observées en marge des manifestations des Gilets jaunes ainsi que de la montée de l'extrême droite en France pour construire son récit, tout en refusant de présenter le film comme un documentaire ou une étude sociologique. Le cinéaste a délibérément conçu Athena comme une tragédie grecque intemporelle plutôt que comme un constat sur la banlieue et la police, expliquant que cette histoire aurait tout aussi bien pu se dérouler au Moyen Âge ou dans l'Antiquité. Le tournage s'est déroulé durant l'été 2021 dans le quartier du Parc aux Lièvres à Évry-Courcouronnes, vidé de ses habitants en vue de travaux de rénovation, un cadre idéal qui a permis de transformer le lieu en un véritable théâtre de guerre urbaine.
La critique internationale a très largement salué la virtuosité technique du film, notamment ses longs plans-séquences immersifs, certains observateurs le comparant favorablement à La Haine et le classant parmi les meilleurs films de l'année 2022. La critique française s'est montrée nettement plus partagée, une partie de la presse dénonçant un film jugé politiquement malhonnête, esthétisant la violence sans offrir de recul critique sur les imaginaires qu'il convoque. Le public a réservé un accueil enthousiaste au film dès sa sortie mondiale sur Netflix en septembre 2022, le hashtag Athena resurgissant sur les réseaux sociaux à l'occasion d'événements d'actualité ultérieurs faisant écho au scénario du film. Présenté en compétition pour le Lion d'or à la Mostra de Venise 2022, Athena y a remporté un prix collatéral, avant de figurer parmi les nommés à plusieurs cérémonies internationales, dont les Gotham Awards.
Romain Gavras s'est inspiré des violences policières observées lors des manifestations des Gilets jaunes ainsi que de la montée des tensions politiques en France pour construire l'intrigue du film, sans pour autant vouloir en faire un brûlot politique explicite. Le tournage s'est déroulé dans le quartier du Parc aux Lièvres à Évry-Courcouronnes, vidé de ses habitants en vue de travaux de rénovation prévus début 2023, ce qui a permis à l'équipe d'aménager le lieu en un véritable décor de guerre urbaine sans déranger de population. Le film s'ouvre sur un long plan-séquence saisissant, mêlant émeute urbaine, attaque de commissariat et mouvement de panique, une prouesse technique nécessitant une chorégraphie minutieuse de la caméra et des figurants.
Athena explore l'engrenage de la violence et de la vengeance à travers le prisme d'une fratrie déchirée par la mort injuste de son plus jeune membre, dans une tragédie qui emprunte volontairement aux codes du théâtre grec antique. Le film interroge aussi les tensions entre les institutions policières et certains quartiers populaires, ainsi que l'impossibilité, pour les personnages, d'échapper à un destin tragique dont la manipulation et le mensonge originel sont le point de départ.
Le titre Athena renvoie au nom de la cité fictive où se déroule l'intrigue, elle-même baptisée en référence à la déesse grecque de la stratégie guerrière et de la sagesse, une dichotomie que le réalisateur a voulu incarner dans son récit de guerre urbaine intime et collective.
La musique du film, composée par Gener8ion, mêle orchestrations amples et sonorités électroniques synthétiques pour donner à cette tragédie contemporaine une dimension quasi intemporelle, comme si l'on assistait à un siège antique transposé dans le vingt-et-unième siècle.
On peut rapprocher Athena d'autres films français traitant des violences urbaines et policières, comme La Haine de Mathieu Kassovitz ou Les Misérables de Ladj Ly, coscénariste d'Athena, qui abordait déjà la révolte d'une cité après une bavure policière.