📍 Le Cap, Afrique du Sud
🌍 Sud-africaine
Stephen Segerman, surnommé Sugar en raison de la ressemblance entre son nom de famille et le titre de la chanson Sugar Man, grandit au Cap dans une Afrique du Sud encore marquée par l'apartheid. Passionné de musique dès son plus jeune âge, il se fait connaître localement comme ancien enfant prodige de jeux télévisés avant de se tourner vers le commerce du disque. Il devient copropriétaire de Mabu Vinyl, un magasin de vinyles emblématique du Cap, véritable point de ralliement pour les mélomanes de la ville. C'est dans cet univers de la musique qu'il développe une fascination durable pour le mystère entourant le chanteur américain Rodriguez. Cette quête personnelle, menée sur plusieurs décennies, finit par le conduire bien au-delà du monde du disque, jusque devant les caméras de cinéma. Son parcours illustre la manière dont une passion de fan peut, avec la ténacité, se transformer en véritable second métier créatif.
Segerman n'était pas destiné à apparaître à l'écran : c'est son enquête acharnée sur la véritable histoire de Rodriguez qui l'y a conduit. Avec le journaliste Craig Bartholomew Strydom, il mène pendant des années des recherches pour retrouver la trace du chanteur, alors présumé mort par une partie du public sud-africain. Lorsque le réalisateur suédois Malik Bendjelloul entend parler de cette incroyable histoire, il décide d'en faire un documentaire et sollicite naturellement Segerman comme témoin et narrateur de cette quête. Sa connaissance intime de l'affaire et son talent naturel pour raconter une histoire en font un personnage central du film. Il n'a suivi aucune formation d'acteur, sa présence à l'écran reposant entièrement sur son vécu et sa sincérité. Ce rôle de témoin-clé dans Searching for Sugar Man lui offre une notoriété internationale inattendue.
Son rôle le plus marquant demeure sans conteste celui qu'il tient dans Searching for Sugar Man, où il apparaît comme l'un des artisans essentiels de la redécouverte de Rodriguez. Le film, récompensé par l'Oscar du meilleur documentaire en 2013, le fait connaître bien au-delà des frontières sud-africaines. Il participe ensuite à de nombreuses conférences et interventions publiques où il raconte cette aventure devant des publics variés à travers le monde. Sa présence médiatique se prolonge avec la publication d'un livre coécrit avec Craig Bartholomew Strydom, qui détaille l'ensemble de cette enquête. Il intervient également dans plusieurs émissions et documentaires consacrés à l'histoire de la musique sud-africaine sous l'apartheid. Cette reconnaissance tardive fait de lui une figure respectée du monde de la musique et du cinéma documentaire.
Segerman a toujours été profondément marqué par la scène musicale sud-africaine des années 1970, période durant laquelle la musique de Rodriguez devient un hymne discret de la contestation contre l'apartheid. Les grandes voix de la folk américaine, dont Rodriguez fait partie, façonnent son goût musical et son approche du métier de disquaire. Son admiration pour les artistes tombés dans l'oubli le pousse à valoriser sans relâche les histoires méconnues de la musique populaire. La culture du documentaire d'investigation influence également sa manière de raconter, avec patience et minutie, l'enquête qu'il a menée pendant des décennies. Cette approche quasi journalistique transparaît clairement dans son rôle à l'écran, où il privilégie toujours les faits à l'emphase.
Devant la caméra, Segerman adopte un ton posé et chaleureux, celui d'un conteur passionné plus que d'un acteur cherchant à se mettre en scène. Sa gestuelle naturelle et son accent sud-africain reconnaissable ajoutent une touche d'authenticité précieuse au récit du documentaire. Il n'hésite pas à laisser transparaître son émotion sincère lorsqu'il évoque les retrouvailles avec Rodriguez, ce qui renforce l'impact du film. Son style repose avant tout sur la spontanéité et la conviction, loin de toute afféterie ou surjeu. Cette sincérité en fait un narrateur particulièrement crédible et attachant aux yeux du public international. Il reste, encore aujourd'hui, perçu comme le visage humain et chaleureux de cette histoire hors du commun.
Sa collaboration la plus étroite reste celle nouée avec Craig Bartholomew Strydom, avec qui il partage l'enquête, le livre et une partie de la promotion du film consacré à Rodriguez. Il travaille également en lien constant avec le réalisateur Malik Bendjelloul durant les six années de tournage du documentaire. Sa relation avec Rodriguez lui-même, devenue amicale au fil des années, l'amène à l'accompagner lors de plusieurs tournées et apparitions publiques. Il collabore aussi régulièrement avec des institutions culturelles sud-africaines désireuses de faire connaître l'histoire musicale du pays sous l'apartheid. Son magasin Mabu Vinyl demeure par ailleurs un lieu de rencontre pour de nombreux artistes et journalistes de passage au Cap. Cette vie de réseau, tissée autour de la musique, constitue le socle de toutes ses collaborations ultérieures.
Segerman s'implique de longue date dans la préservation et la transmission du patrimoine musical sud-africain, en particulier des artistes marginalisés durant l'apartheid. Son travail de mémoire autour de Rodriguez dépasse le simple cadre artistique pour devenir un témoignage sur la résistance culturelle en Afrique du Sud. Il participe à des conférences éducatives où il partage son expérience avec des étudiants en journalisme et en cinéma documentaire. Son engagement pour la culture du vinyle et des disquaires indépendants en fait également une figure respectée du commerce culturel local. Il continue de soutenir des projets liés à la redécouverte d'artistes oubliés, convaincu que chaque histoire mérite d'être racontée. Cette conviction reste le fil conducteur de son engagement public depuis maintenant plusieurs décennies.