🎂 18/02/1974
📍 Baabdat, Liban
🌍 Libano-canadienne
Nadine Labaki naît à Baabdat, au Liban, dans une famille arabe chrétienne, et passe son baccalauréat à Beyrouth avant de s'installer à Montréal en 1989, où elle obtient plus tard la citoyenneté canadienne. Diplômée en études audiovisuelles à l'université Saint-Joseph de Beyrouth en 1997, elle réalise dès cette période son film d'école, 11 rue Pasteur, qui remporte le prix du meilleur court-métrage à la Biennale du cinéma arabe de l'Institut du monde arabe à Paris. Elle débute ensuite comme réalisatrice de publicités et de clips musicaux pour de célèbres chanteuses du Moyen-Orient, un travail qui lui vaut plusieurs récompenses régionales. Sa participation à la Résidence du Festival de Cannes pour l'écriture et le développement de longs-métrages, en 2004, marque une étape décisive vers le cinéma narratif de fiction. Cette formation, mêlant rigueur académique et expérience commerciale du clip et de la publicité, forge une réalisatrice à la fois technique et profondément sensible aux enjeux sociaux de son pays.
Contrairement à un parcours d'actrice classique, c'est en tant que réalisatrice qu'elle s'impose d'abord, avant de choisir elle-même de tenir le rôle principal de son premier long-métrage, Caramel, sorti en 2007. Ce choix, motivé par sa volonté de porter personnellement l'histoire de cinq femmes libanaises réunies dans un salon de beauté de Beyrouth, illustre sa double casquette d'auteure et d'interprète. Le film, présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2007, rencontre un succès commercial et critique retentissant, devenant l'un des films libanais les plus connus à l'international. Cette réussite immédiate, obtenue dès son premier long-métrage, installe durablement sa double réputation de cinéaste et d'actrice. Elle est faite chevalier des Arts et des Lettres par la France dès l'année suivante, en reconnaissance de cette percée artistique.
Après Caramel, elle réalise et interprète Et maintenant on va où? en 2011, une comédie dramatique sur la cohabitation religieuse au Liban, sélectionnée pour représenter le pays aux Oscars 2012 et récompensée du prix du public au Festival de Toronto. Elle élargit son répertoire d'actrice en participant à des productions françaises, notamment Rock the Casbah et La Rançon de la gloire, ainsi qu'au polar Mea Culpa aux côtés de Vincent Lindon. En 2018, son film Capharnaüm, qui suit le destin bouleversant d'un jeune garçon de douze ans en guerre contre ses parents, obtient le prix du jury au Festival de Cannes et une nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Elle continue de mener une double carrière d'actrice et de réalisatrice, notamment avec des apparitions dans Costa Brava, Lebanon et On se connaît... ou pas. Cette œuvre, engagée et exigeante, fait d'elle l'une des cinéastes les plus reconnues du monde arabe contemporain.
Elle affirme ne pas être personnellement familière des thématiques les plus dures qu'elle aborde dans ses films, notamment la maltraitance infantile de Capharnaüm, ce qui l'a poussée à un travail de recherche approfondi sur le terrain. Elle a ainsi visité des quartiers difficiles du Liban, rencontré des enfants en situation de rue et des organisations non gouvernementales pour nourrir l'authenticité de ses récits. Son engagement pour la représentation des femmes et la question interreligieuse au Liban structure l'ensemble de son œuvre, entre ironie légère et critique sociale profonde. Cette volonté de coller au plus près de la réalité vécue par les populations les plus vulnérables façonne une approche du cinéma résolument humaniste.
En tant qu'actrice, Nadine Labaki privilégie une présence naturelle et chaleureuse, en cohérence avec les personnages de femmes fortes et attachantes qu'elle incarne généralement dans ses propres films. Sa double compétence de réalisatrice et d'interprète lui permet de construire des personnages en pleine conscience des enjeux narratifs globaux de l'œuvre. Elle sait conjuguer légèreté apparente et gravité sous-jacente, un équilibre caractéristique de son cinéma qui mêle comédie sociale et critique politique. Cette sincérité dans l'incarnation, associée à une direction d'acteurs rigoureuse, reste la marque la plus reconnaissable de son travail artistique.
Sa collaboration la plus déterminante reste celle avec son mari, le compositeur Khaled Mouzanar, qui signe la musique de l'ensemble de ses films depuis Caramel. Elle travaille également de manière récurrente avec les scénaristes Rodney El Haddad et Jihad Hojeily, coauteurs de plusieurs de ses œuvres majeures. Sa participation, en tant qu'actrice, aux films d'autres réalisateurs comme Costa Brava, Lebanon de Monia Akl illustre également son ouverture à des collaborations extérieures à son propre travail de cinéaste. Cette fidélité à un cercle de collaborateurs proches, notamment familial, structure l'ensemble de sa filmographie.
Nadine Labaki s'est engagée politiquement en 2016 en se présentant sur la liste Beyrouth Madinati aux élections municipales de la capitale libanaise, une initiative citoyenne indépendante. Son cinéma constitue en lui-même un engagement fort en faveur de la représentation des femmes et de la dénonciation des injustices sociales au Liban, notamment à travers Capharnaüm. Elle s'implique également dans la sensibilisation aux conditions de vie des enfants en situation de précarité, thème central de son film le plus primé. Sa notoriété internationale en fait une porte-parole reconnue du cinéma libanais et arabe sur la scène mondiale.