Wolfgang Becker, réalisateur allemand de Good Bye, Lenin!, cofondateur de la société X Filme Creative Pool et figure majeure du renouveau du cinéma allemand.
Né le 22 juin 1954 à Hemer, en Allemagne de l'Ouest, Wolfgang Becker étudie d'abord l'allemand, l'histoire et les études américaines à l'Université libre de Berlin. En 1980, il travaille dans un studio de son avant de s'inscrire à la Deutsche Film- und Fernsehakademie Berlin, dont il sort diplômé en 1986 avec son film de fin d'études Schmetterlinge, adaptation d'une nouvelle d'Ian McEwan qui remporte le Student Academy Award ainsi que le Léopard d'or à Locarno. Après un épisode remarqué de la série policière Tatort et le téléfilm Kinderspiele, il cofonde en 1994 la société de production X Filme Creative Pool avec Tom Tykwer, Dani Levy et Stefan Arndt. Son premier long métrage pour cette structure, Das Leben ist eine Baustelle, sorti en 1997, connaît un vif succès et contribue à revitaliser le cinéma allemand de la fin des années 1990. En 2003, il réalise Good Bye, Lenin!, comédie dramatique sur la réunification allemande portée par Daniel Brühl, qui devient un succès international retentissant vu par plus de six millions de spectateurs. Il poursuit avec des contributions à l'anthologie Deutschland 09 en 2009, puis Ich und Kaminski en 2015, avant d'achever peu avant sa mort son dernier film, Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße, sorti à titre posthume.
La littérature anglo-saxonne, en particulier la nouvelle d'Ian McEwan adaptée dans son film de fin d'études, imprègne durablement son goût pour des récits à la tonalité sombre et ambiguë. Sa formation universitaire en histoire et en études américaines nourrit sa capacité à traiter des bouleversements politiques allemands avec une distance à la fois intime et analytique. Il revendique volontiers l'idée qu'un film n'est jamais qu'un enchaînement de mensonges assumés, une réflexion sur la fabrication de la vérité au cinéma qui irrigue directement Good Bye, Lenin!. Sa proximité créative avec Tom Tykwer et Dani Levy, cofondateurs avec lui de X Filme, façonne également son inscription dans le renouveau du cinéma allemand des années 1990 et 2000.
Wolfgang Becker est reconnu pour sa capacité à conjuguer la comédie la plus vive avec une profondeur dramatique et politique réelle, un équilibre exigeant qu'il parvient à tenir sur la durée de Good Bye, Lenin!. Sa mise en scène soigne la reconstitution historique et sociale, notamment la vie quotidienne en RDA, avec un souci d'authenticité qui n'exclut jamais l'ironie tendre. Il privilégie une narration portée par un mensonge protecteur qui s'emballe progressivement, où les circonstances extérieures transforment des personnages honnêtes en menteurs malgré eux. Sa direction d'acteurs, en particulier sur Daniel Brühl qu'il révèle au niveau international, se distingue par une grande finesse dans le mélange des émotions contradictoires.
Good Bye, Lenin! remporte l'Ours bleu du Festival de Berlin en 2003, ainsi que le prix du public du meilleur réalisateur aux Prix du cinéma européen. Le film balaie les Lolas des Deutscher Filmpreis avec neuf récompenses, obtient six prix aux Prix du cinéma européen, dont celui du meilleur film, et reçoit également des distinctions aux César, aux Goyas espagnols et aux David di Donatello italiens, tout en étant nommé aux BAFTA et aux Golden Globes du meilleur film en langue étrangère. Son précédent film, Das Leben ist eine Baustelle, obtient une mention honorable au Festival de Berlin en 1997 ainsi que le prix de la meilleure production aux Bavarian Film Awards.
Daniel Brühl, révélé au niveau international par Good Bye, Lenin!, retrouve Wolfgang Becker en 2015 pour Ich und Kaminski. Ses partenaires de X Filme Creative Pool, Tom Tykwer, Dani Levy et Stefan Arndt, accompagnent une large partie de sa carrière de producteur et de réalisateur depuis la fondation de la société en 1994. L'actrice Katrin Sass, qui incarne la mère communiste plongée dans le coma de Good Bye, Lenin!, compte également parmi ses collaborations les plus marquantes.
La mémoire et la réécriture du passé, qu'il s'agisse d'un mensonge familial protecteur ou d'une nostalgie collective pour un régime disparu, structurent l'ensemble de son œuvre la plus célèbre. La réunification allemande et ses bouleversements intimes, vécus à travers le prisme d'une cellule familiale, occupent une place centrale dans son cinéma. Le mensonge en cascade, où chaque petite dissimulation entraîne la nécessité d'en inventer une nouvelle, demeure une mécanique narrative caractéristique de son travail d'écriture.