Né en 1887 à New York, Raoul Walsh commence sa carrière comme acteur avant de devenir l'assistant puis le protégé de D.W. Griffith, pour qui il incarne notamment John Wilkes Booth dans Naissance d'une nation en 1915. Il passe rapidement à la réalisation et signe dès les années 1920 des films d'aventure ambitieux comme Le Voleur de Bagdad, porté par Douglas Fairbanks. En 1929, un accident de voiture lui fait perdre un œil, ce qui le contraint à porter un bandeau et forge son image de cinéaste bourru et aventurier. Il tourne La Piste des géants en 1930, western grand format qui révèle un jeune acteur nommé John Wayne. Durant les années 1940, il devient l'un des metteurs en scène phares de la Warner Bros., alternant films de gangsters, westerns et films de guerre avec une efficacité redoutable. Sa collaboration avec James Cagney donne naissance à des classiques comme Les Fantastiques Années 20 et L'Enfer est à lui, tandis qu'avec Errol Flynn il signe plusieurs films d'aventures et de guerre. Il continue de tourner jusqu'au milieu des années 1960, laissant une filmographie de plus de cent films qui traverse presque toute l'histoire du cinéma américain.
Formé directement auprès de D.W. Griffith, Walsh hérite de son sens du mouvement et de l'ampleur épique, qu'il applique aussi bien aux films d'aventure qu'aux westerns. Son passé d'acteur et de cascadeur nourrit une mise en scène physique, où l'action prime souvent sur le dialogue. Il puise également dans son expérience personnelle de la frontière américaine et de la vie itinérante pour construire des personnages de marginaux et d'aventuriers. Le cinéma de gangsters new-yorkais, dont il est l'un des artisans les plus prolifiques, influence en retour toute une génération de cinéastes ultérieurs.
Walsh est reconnu pour un sens du rythme et de l'action rarement égalé, privilégiant les mouvements de caméra amples et les scènes tournées en décors réels plutôt qu'en studio. Il construit ses films autour de héros virils, souvent ambigus, tiraillés entre loyauté et instinct de destruction. Sa mise en scène refuse le sentimentalisme facile, préférant une énergie brute qui a valu à ses films une réputation de modernité pour l'époque. Il sait également instaurer une tension psychologique forte dans des scènes de groupe, notamment dans ses films de guerre où la camaraderie occupe une place centrale.
Raoul Walsh n'a jamais été nommé aux Oscars ni récompensé par l'Académie durant sa carrière, une absence souvent jugée injuste au regard de son influence sur le cinéma américain. Il reçoit néanmoins une reconnaissance tardive de la profession, notamment à travers des hommages rendus par la Directors Guild of America. Son étoile sur le Hollywood Walk of Fame témoigne de la place qu'il occupe dans l'histoire du cinéma hollywoodien.
James Cagney est sans doute son acteur fétiche, la paire tournant ensemble plusieurs classiques du film de gangsters dans les années 1940. Errol Flynn collabore également à de nombreuses reprises avec lui, notamment dans des films d'aventure et de guerre produits par la Warner Bros. Le scénariste et producteur Jerry Wald participe à plusieurs de ses productions marquantes de cette période. Ida Lupino et Humphrey Bogart figurent aussi parmi les acteurs qu'il dirige à plusieurs reprises.
La virilité et ses failles traversent l'ensemble de son œuvre, incarnées par des héros courageux mais souvent rongés par l'orgueil ou la violence. La frontière, qu'elle soit géographique ou morale, occupe une place centrale, que ce soit dans ses westerns ou ses films urbains. La camaraderie masculine, forgée dans l'adversité de la guerre ou du crime, constitue un autre motif récurrent de sa filmographie. Enfin, la chute ou la rédemption de personnages ambitieux structure un grand nombre de ses récits.