Né en 1959 à Düsseldorf, Philip Gröning étudie le cinéma avant de se faire connaître par des documentaires et des fictions au ton singulier. Il obtient en 1984 l'autorisation, après de longues années de négociation, de tourner à l'intérieur du monastère de la Grande Chartreuse, ce qui donnera naissance en 2005 au Grand Silence, documentaire contemplatif sur le quotidien des moines chartreux tourné sans équipe ni lumière artificielle. Le film connaît un retentissement international inattendu pour une œuvre aussi austère, salué dans de nombreux festivals de cinéma. Il poursuit avec des fictions plus rares, dont La Femme du policier en 2013, qui explore la violence conjugale à travers une construction en chapitres, récompensée du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Son œuvre, peu prolifique mais exigeante, occupe une place à part dans le cinéma allemand contemporain.
Gröning se revendique d'un cinéma du temps long et de l'observation, à rebours des conventions narratives classiques, une approche nourrie par son intérêt pour la contemplation et le silence. Le monachisme et la vie recluse, qu'il a mis des années à pouvoir filmer, traduisent une fascination personnelle pour les formes de retrait du monde et de discipline intérieure.
Sa mise en scène privilégie la durée, le silence et l'absence de commentaire ou de musique ajoutée, laissant le spectateur seul face au rythme du réel, comme dans Le Grand Silence. Dans ses fictions, il recourt souvent à une structure fragmentée en chapitres, qui rompt la linéarité du récit pour mieux en éprouver la tension.
La Femme du policier a reçu le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise en 2013. Le Grand Silence a été distingué dans plusieurs festivals internationaux consacrés au documentaire.
Aucune collaboration technique ou artistique véritablement récurrente ne se dégage clairement de sa filmographie, marquée par des projets espacés dans le temps et des équipes renouvelées.
Le silence, la contemplation et le retrait du monde traversent son œuvre, du Grand Silence jusque dans la forme même de ses fictions. La violence contenue et ses manifestations souterraines, notamment dans les rapports familiaux ou conjugaux, occupent également une place importante dans ses films de fiction.